Lundi 9 novembre 2009


Je reviens sur l'article qui avait été mis en ligne il y a quelques mois sur le combat de Blanche Maupas, afin de réhabiliter la mémoire de son mari Théophile, fusillé en 1915 (en compagnie d'autres "poilus"), au motif d'avoir refusé de se battre.
1914-1918, les fusillés pour l'exemple: le combat de la veuve Maupas

Mercredi 11 Novembre, France 2 diffuse à 20h 35 une évocation historique relatant l'histoire de cette femme. C'est l'un de ces téléfilms coups de poing que l'on porte longtemps dans un coin de sa mémoire.

Ce qu'il nous raconte est une histoire vraie: celle d'un instituteur d'un petit village de la Manche qui fut, le 16 mars 1915, fusillé pour l'exemple. Officiellement, il aurait refusé de se battre. Mais sa veuve, Blanche (Romane Bohringer), n'y croit pas. Jamais son THéophile (Thierry Frémont) n'aurait fait çà. Alors, elle enquête et apprend qu'on lui a menti. Et jusqu'à la fin de sa vie, en 1962, elle se battra sans relâche pour obtenir sa réhabilitation.

http://www.relay.fr/indexFlash.php#familles/tvdvd/14410-blanche-maupas-avec-romane-bohringer-en-novembre-sur-france-2-le-courrier-de-la-tele

Ecrit par Alain Moreau, à qui l'on doit déjà un documentaire sur les fusillés de la Grande Guerre, et mis en scène par Patrick Jamain, ce téléfilm dénonce l'injustice, le mensonge et la bêtise.

François GERVAIS
secrétaire de l'ULAC

Par François Gervais - Publié dans : Télévision - Communauté : Passion Histoire
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Jeudi 29 octobre 2009


En 1943, le gouvernement de l'Etat français décide pour des raisons de sécurité de regrouper les détenus politiques de la zone sud, alors considérés comme plus dangereux que des criminels, dans la maison centrale d'Eysses à Villeneuve-sur-Lot.

Ces détenus de toutes origines politiques, philosophiques, religieuses, nationalités, anciens des maquis ou des brigades internationales en Espagne, militaires, simples réfractaires au STO, ont un point commun: celui de lutter pour libérer le territoire français de l'oppression fasciste. Entre eux, ils organisent une forte solidarité.

Solidarité matérielle avec le partage des colis au niveau des gourbis. Les détenus s'autogèrent, assurent l'hygiène et l'entretien des lieux, la sécurité, organisent des séances de culture physique. Solidarité intellectuelle, Eysses devient une véritable université des savoirs. Chacun donne et reçoit. Des cours sont organisés et animés par exemple en physique par Georges Charpak, futur Prix Nobel. Des spectacles de musique et de théâtre sont montés.

Un journal clandestin circule. Des nouvelles orales sont transmises chaque jour par des portes paroles après écoute des informations sur un poste émetteur-récepteur clandestin. Entre tous ces hommes, les valeurs d'égalité et de fraternité prennent tout leur sens. L'administration pénitencière débordée par cet afflux de détenus dont elle n'a pas l'habitude, laisse faire et même recule devant les exigences quotidiennes des détenus présentées sur un mode revendicatif par des délégués gaullistes et communistes; les deux courants étant réunis dans un front de libération et organisés par préau. Il ne manque plus à ses résistants enfermés derrière de hauts murs, que de vivre à nouveau pleinement la valeur de liberté.

Un premier affrontement entre prisonniers et gendarmes mobiles empêche le transfert d'une centaine d'entre eux, internés administratifs et emprisonnés sans condamnations. Ce premier succès les encourage à aller plus loin et à préparer une "sortie tous ensemble". Mais le 3 janvier 1944, l'évasion d'une cinquantaine de prisonniers conduit à un changement de direction à la tête de la prison et à la découverte pour les internés, de l'existence d'un régime politique au coeur de l'état pétainiste dans une France occupée par l'armée nazie.

Un milicien, ami personnel du secrétaire général au maintien de l'ordre et chef de la Milice, Joseph Darnand, est nommé. Il organise aussitôt un régime de terreur dans la prison. Les prisonniers politiques craignant de voir leur plan découvert et d'être inéluctablement déportés, sont alors conduits à précipiter leur projet d'évasion collective. Ils profitent de la visite d'un inspecteur général des prisons pour le prendre en otage avec le directeur, mais également soixante dix gardiens et surveillants, et ainsi se rendre maîtres de la maison d'arrêt. Mais un incident fortuit conduit à donner l'alerte.

Malgré un combat qui dure douze heures, les détenus ne parviennent pas à sortir. Face aux forces allemandes appelées en renfort, ils doivent rendrent les armes. Le gouvernement de Vichy découvre que sa centrale "modèle" est un contre-exemple! Joseph Darnand qui vient d'instaurer les Cours Martiales expéditives se déplace en personne et exige cinquantes têtes. La résistance administrative du préfet et d'un commissaire de police dépêchés sur place, conduit à freiner l'ardeur sanguinaire de la Milice. Mais, quatorze hommes sont traduits devant la Cour Martiale constituée de juges miliciens français qui ont assisté aux interrogatoires et aux divers sévices. Douze sont condamnés à être passés par les armes.

Ils meurent debout, attachés à des poteaux et encagoulés afin que les tireurs ne croisent pas leur regard. Ils chantent le << Allons enfants >> de La Marseillaise et le << pour elle, un Français doit mourir >> du Chant du Départ. Ces hommes seront fusillés par des gendarmes français. Ils avaient simplement tenté de s'évader avec leurs camarades de détention pour rejoindre les maquis et oeuvrer à la Libération du territoire national. Les mille deux cent autres prisonniers seront déportés à Dachau. Quatre cent d'entre eux y perderont la vie.

Ces morts éclairent la nature de la France en 1944: une dictature, une société de juges, de gardiens et de gendarmes capables d'assassiner sans preuve, sans aveu, sans défense, et surtout, sans aucun recours.

Face à cette pulsion de mort, à cette France mortifère, il y avait la pulsion de vie de ces résistants porteurs des valeurs de solidarité et de savoir, d'humanité et de liberté, dans ce qu'ils appelaient entre eux la République d'Eysses, et qui n'était rien d'autres que l'embryon de la société républicaine dans laquelle nous vivons et où subsistent encore de grands systèmes de solidarité et de liberté d'expression. Nous vivons aujourd'hui dans cette société là parce que ces hommes se sont battus pour ça.

Un livre leur a été consacré, fondé sur une double approche. Approche historique étayée par des témoignages et des documents d'archives, dont certains d'une grande force narrative, sont totalement inédits; approche phénoménologique à l'écoute des paroles d'amis et de parents recueillis sans jugement dans un récit simplement écrit au présent, à la vue de leurs photographies et de leurs lettres quand il a été possible d'en retrouver la trace. Dans cette approche, le lecteur est au centre de la découverte de ces existences si riches et tellement diverses, mais également de leur mort commune.

Au-delà du caractère épique de l'évènement et de la dimension sacrée de leur mort, les auteurs ont seulement voulu essayer de comprendre qui étaient ces hommes que l'appellation "martyrs" ou "héros" recouvrent souvent d'un voile d'anonymat, ces frères humains porteurs d'utopie et capables de métamorphose.

Michel Lautissier
Notre Musée (Revue de l'Association du Musée de la Résistance nationale)
N° 170 / 04 04

DOUZE FUSILLES POUR LA REPUBLIQUE
Auteurs: Corinne Jaladieu et Michel Lautissier
Editeur: Conseil Général du Lot-et-Garonne
250 pages

Pour un développement plus fouillé sur les évènements de la Centrale d'Eysses, nous vous conseillons d'aller visiter le site consacré au souvenir de ces douze fusillés. Vous y trouverez des témoignages et des photos relatant l'histoire de ces hommes sacrifiés.
http://www.eysses.fr/


Un site personnel qui évoque la Centrale d'Eysses
http://monsite.orange.fr/nihainenioubli/page8.html

Par François Gervais - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passion Histoire
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Dimanche 18 octobre 2009


Le dimanche 3 septembre 1939, moins d'un an après les "Accords de Munich", l'Angleterre et la France décident de porter secours à la Pologne envahie par les troupes nazies. Entre Londres, Paris, Rome et Berlin, des coups de téléphone dramatiques s'échangent durant deux jours et deux nuits. Hitler, sommé de retirer ses troupes de Pologne, refuse. La Seconde Guerre mondiale vient de commencer...

Sur le terrain, Hitler n'a pas lésiné. Une provocation bien montée, d'abord. Le 31 août à 20 heures, à Gleiwitz, une ville proche de la fontière polonaise où se trouve une station radio, Alfred Naujocks, un officier SS qui appartient au Sicherheitdienst (SD) de Reinhard Heydrich, reçoit l'ordre d'entrer en action. Sa mission, simuler une attaque polonaise contre la station allemande. Tout a été prévu. Les morts sur le terrain sont des prisonniers des camps de concentration revêtus d'uniformes polonais et abattus sur place. Hitler tient son prétexte. A l'aube du 1er septembre, sans avertissement, les troupes allemandes franchissent la frontière sur plusieurs points. Le cuirassé "Schleswig-Holstein" ouvre le feu de toutes ses pièces sur Dantzig où vit une forte communauté germanique. Le Gauleiter nazi Forster annonce que << la ville a proclamé l'Anchluss >>. Puis il déclare que << la cité libre de Dantzig, son territoire et sa population font partie intégrante du Reich avec effet immédiat >>. En Prusse orientale, en Poznanie du Sud, en Silésie, à la frontière slovaque, de violents bombardements détruisent les noeuds de communications et les positions de résistance.

Moins de 48 heures à peine après le déclenchement de la Blitzkrieg (la guerre éclair), les armées polonaises sont déjà rompues, les divisions tournées et coupées les unes des autres. Les Panzerdivisionen poursuivent leur avance. Au nord, la IIIe Armée du généraloberst Georg von Kuchler atteint Mlawa, dont les défenseurs protègent Varsovie, et fait sa jonction avec la IVe Armée de Gunther von Kluge, prenant ainsi en tenaille le corridor de Dantzig. Au centre, la Xe Armée de Walter von Reichenau. Au sud, la XIVe Armée de Wilhelm von List qui monte de Cracovie.

En vain, l'aviation et l'armée de Terre polonaise se sacrifient en se jetant à corps perdu dans les combats. En vain, volants sur des appareils de modèle nettement inférieurs à ceux des avions allemands, les pilotes polonais multiplient les exploits allant jusqu'à foncer sur leur adversaire quand ils ont épuisé leurs munitions. En vain ont-ils abattu 32 appareils en deux jours. La Luftwaffe a balayé du ciel ou détruit au sol... 300 avions polonais!

La majeure partie du Parlement polonais s'engage. Des milliers de femmes réclament des armes pour aller combattre. Varsovie se hérisse de tranchées. Une foule immense défile devant les ambassades de France et de Grande-Bretagne, jette des bouquets de fleurs par-dessus les grilles, chante des couplets de La Marseillaise et le God Save The Queen. Les Polonais attendent sous les bombes un message clair de leurs alliés.

A Paris, la population ne croit pas à l'imminence de la guerre. Le soleil de septembre perce sous les nuages. Il fait doux. Sur les grands boulevards, il y a de longues files d'autobus et de camions réquisitionnés. Les théâtres et les cinémas ferment. Les courses de chevaux sont annulées. Les églises sont pleines jusqu'aux parvis de fidèles qui prient avec ferveur. Dans le quartier de l'Opéra, des agents de la défense passive organisent une distribution de masques à gaz. La radio conseille: << Eteignons les lumières. >> Le métro circule à circuit réduit. Les caves sont recensées. Elles serviront d'abris. La population est calme. Les terrasses de café sont bondées. Trente mille enfants ont été évacués par trains spéciaux.

Edouard Daladier, le Chef du Conseil, têtu et râblé, tient le pouvoir. Dans l'après-midi de ce samedi 2 septembre, il a obtenu un vote à main levée de 65 milliards de Francs pour ouvrir les hostilités en cas de refus du dictateur nazi de suspendre son offensive en Pologne. Le général Gamelin, chef de l'état-major général des armées, appelé en consultation, descend de son interminable Hotchkiss noire. Leggins cirées, baudrier astiqué, le visage immobile, le pas lourd, il a 67 ans.

A Daladier qui le consulte, il demande un délai de 24 heures. Les routes de France et le rail sont encombrées cette nuit-là de convois militaires qui pourraient être attaqués par la Luftwaffe. La France compte, réservistes inclus, près de cinq millions d'hommes sous les armes. Le généralissime est confiant. Il est persuadé que Hitler tombera dès que la France déclarera la guerre. Il l'a dit publiquement: << Nous entrerons en Allemagne comme dans du beurre... >>

Londres presse Paris d'adresser un ultimatum commun à Berlin. Churchill, des sanglots dans la voix, téléphone à Varsovie pour assurer les Polonais du soutien des Britanniques. La révolte gronde à la Chambre des Communes contre le gouvernement qui devrait enjoindre avec énergie à Hitler d'évacuer le territoire polonais. Le Premier ministre britannique Sir Neuville Chamberlain prévient Edouard Daladier que << quoi que fassent les Français, l'Angleterre agira >>. Le 3 septembre, à 9 heures du matin, Sir Neville Henderson, représentant la Grande-Bretagne à Berlin, lit au Dr Schmidt, l'interprète personnel d'Hitler, l'ultimatum de son gouvernement.

De son côté, quelques minutes avant midi, Robert Coulondre, ambassadeur de France en Allemagne, donne lecture à Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich, du texte de l'ultimatum français.  -Très bien, répond l'Allemand d'une voix glacée. La France sera l'agresseur.

Cette fois, une aventure terrible s'ouvre à l'Europe et peut-être au monde...

En Pologne, la bataille se poursuit. Le 5 septembre, plusieurs faubourgs de Varsovie sont touchés par un bombardement mené par près de 80 bombardiers, dont 19 seront abattus. De la capitale on entend sans arrêt le canon. La ville est traversée par de longues files de paysans réfugiés fuyant, dans des directions opposées, l'envahisseur. Des camions, aussi vite que le permet cette affluence, emportent des troupes vers les différents fronts. Le gouvernement quitte Varsovie. Le corps diplomatique suit. A l'Est, les Russes arrivent. Le bruit court qu'un accord est intervenu entre Berlin et Moscou pour le partage du pays*.

Les troupes allemandes avancent toujours. Des divisions polonaises isolées se battent avec acharnement. D'abord proclamée "ville ouverte", Varsovie se défend. Le lendemain du repli du gouvernement polonais, la radio allemande avait annoncé que les troupes du Reich y feraient leur entrée dans la soirée. La population en a décidé autrement. Les ouvriers se sont armés, ont dressé des barricades et les avant-gardes allemandes ont été reçues à coup de mitrailleuses. Durant des jours, la ville incendiée, écrasée sous les bombes, se défend héroïquement.

Le 17 septembre, l'Armée Rouge envahit la Pologne par l'Est. Le gouvernement polonais fuit en Roumanie. Varsovie résiste désespérément. Le 27 septembre, défendue par un général polonais qui s'appelait... Rommel, la ville capitulera. Les Allemands lui accordent les honneurs de la guerre. L'URSS prend sous "sa protection" la vie et les biens de la population de l'Ukraine et de la Russie blanche occidentale. C'est la fin de la Pologne du maréchal Joszef Pisuldski.

Londres et Paris sont stupéfaits. L'état-major polonais était sûr de tenir six mois. Son armée s'était effondrée en moins de quatre semaines. Que s'était-il passé? Varsovie avait sans conteste sous-estimé la puissance, la mobilité et les qualités tactiques de la Wehrmacht. Hitler n'avait pas hésité sur les moyens. L'OKW (Oberkommando der Wehrmacht/Haut-Commandement de l'armée), avait engagé contre la Pologne la moitié de ses forces (70 divisions), la totalité de ses divisions blindées (quatre), ses divisions motorisées (cinq), et tous les avions de première ligne (2 500 appareils).

Face au "rouleau compresseur" allemand, fin prêt pour la Blitzkrieg, les Polonais avaient affirmé à leurs alliés français et anglais disposer de quatre-vingt divisions prêtes à intervenir. Peut-être le croyaient-ils eux-mêmes. En fait, ils ne pouvaient aligner que trente divisions d'infanterie, une quarantaine de régiments d'artillerie, trente-sept régiments de cavalerie prêts à tous les héroïsmes, mais de peu de poids face aux Panzer, et... une centaine de chars de divers modèles assez anciens et 320 avions. Les forces navales étaient très modestes.

Malgré les rodomontades du maréchal Ridz Smigly, Hitler était sûr de détruire cette armée en retard d'une guerre. Avec une folle présomption et un manque total du sens des réalités, l'état-major mégalomane polonais avait massé l'élite de ses troupes, soit 13 divisions, aux environs de Posen << pour marcher sur Berlin >>. Le maréchal Smigly, commandant en chef des Armées avait même déclaré à Gamelin qu'il opposerait aux blindés de Hitler << les raids de l'excellente cavalerie polonaise... >>.

Après cette campagne foudroyante, une des trois armées alliées était rayée des contrôles. Hitler, associé à Staline, était assuré de ne plus avoir à lutter sur deux fronts. Le Führer annonçait à son peuple que la Wehrmacht n'avait perdu que 10 000 hommes et avait fait 450 000 prisonniers. Staline, lui, en annonçait 200 000. La Pologne occupée, vaincue, asservie, dépecée était "finie".

Le coup d'assommoir porté aux Polonais aurait dû arracher nos politiques et notre état-major à la somnolence qui les anesthésiait. Il annonçait l'orage de fer et de feu qui allait s'abattre sur la France et la mettre à genoux. Or, durant près de huit mois sur des positions figées, la majorité des soldats français ne tira pas un seul coup de fusil, à part les bagarreurs professionnels des Corps francs. Convois militaires et trains de voyageurs circulent paisiblement de chaque côté du Rhin. Pertinax dans "L'Echo de Paris" parle << d'un armistice de fait >>. André Billy dans "L'Oeuvre" lance l'expression << la drôle de guerre >>. Les Allemands, de leur côté, disent << der Sitzkrieg >>, "la guerre assise". Le réveil sera douloureux et secouera le monde...

Pierre Darcourt
LVDC N° 1748 / 10-09

Le pacte germano-soviétique sera signé le 23 août 1939. Le 26 septembre, un décret prononce la dissolution du PCF. Les maires et conseillers communistes sont suspendus de leurs fonctions. Le gouvernement ordonne l'ouverture devant le tribunal de Paris, d'une information pour << intelligence avec l'ennemi >> contre les parlementaires communistes. Entre le 5 et le 10 octobre, trente-trois parlementaires communistes sont incarcérés. Sont en fuite: Jacques Duclos, Gabriel Péri, Charles Tillon, Gaston Monmousseau et Maurice Thorez (désertion). Le journal l'Humanité sera interdit de parution.

Par François Gervais - Publié dans : Seconde Guerre mondiale - Communauté : Passion Histoire
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Vendredi 9 octobre 2009

Le Prix 2009 Erwan Bergot* a récompensé le général de corps d'armée (2S) Dominique de La Motte, pour son ouvrage "De l'autre côté de l'eau", publié aux éditions Tallandier. Dominique de La Motte, général en retraite, a écrit pour ses petits-enfants le témoignage d'une période particulièrement intense de sa carrière militaire, alors qu'il était lieutenant en Indochine. Initialement destinée à son cercle familial, cette histoire peu banale a séduit un éditeur, Tallandier. De l'autre côté de l'eau, au style juste et attachant, a conquis le jury du Prix Erwan Bergot. Dans un récit simple et authentique, l'auteur restitue en effet avec beaucoup de finesse et d'humour, les responsabilités immenses d'un jeune officier de 26 ans immergé dans la guerre, loin de la métropole, à la tête de soldats Indochinois. L'art du commandement y apparaît sans fard, avec tout ce qu'il comporte de difficultés, de questionnement personnel, mais aussi de grandeurs et de satisfactions.

L'histoire est aussi courte qu'une vie. Un homme se penche sur son passé. Il a vingt ans, il fait sa guerre. Pour ses supplétifs indigènes aux confins de la Plaine des Joncs, il est roi. Sa mission: créer une zone interdite pour le Viêt-minh. Un jour, il traverse le fleuve, et il tue. Entre remords et nostalgie, un témoignage intemporel sur la liberté et le plaisir de la guerre, écrit à la pointe de la lame.

Surplombée de trop haut pour la grande tragédie de Dien Bien Phu, recouverte ensuite par le conflit algérien, la guerre d'Indochine est une guerre oubliée. Par la force de son récit, Dominique de La Motte nous la jette au visage.

En décembre 1950, de Lattre atterrit au Vietnam avec pour mission de restaurer sur place une situation militaire très dégradée au Nord (depuis l'année 1949 et grâce à l'aide massive de la Chine désormais communiste, le Viêt-minh a infligé au Tonkin de lourdes pertes au Corps Expéditionnaire Français). Au Sud en revanche, en Cochinchine, la situation est bien plus favorable, au point que la pacification y paraît en bonne voie. C'est là que de Lattre, lors de l'une de ses visites sur le terrain, prescrit la mise sur pied de deux commandos de partisans.

Le lieutenant de La Motte est l'un des deux volontaires. Le 23 février 1951, il prend la direction du commando 12, à Can Khoi. Il le quittera le 6 juin 1952. Can Khoi est adossé à une plantation d'hévéas de 700 hectares disposant de ses propres partisans, et dont le directeur finance le logement et les travaux de protection du poste français.

Le commando compte 130 hommes, Anamites de Cochinchine et surtout Khmers de la Plaine des Joncs ou du Cambodge. Avec eux, le jeune lieutenant de 26 ans est roi de guerre. C'est lui qui trace la ligne entre le licite et l'illicite, car toute autorité émane de sa personne. Il préside aux mariages, arbitre les conflits, assiste aux fêtes, décide des uniformes et dessine même l'insigne de son unité.

Avec ses partisans, il mène la "guerre des postes", caractéristique du conflit indochinois. Une guerre faite de longues patrouilles sans cesse recommencées, de jour comme de nuit, d'embuscades généralement manquées, de villages brûlés, de contrôles des populations, de recherche du renseignement, de saisies de butin aussi.

Cette guerre, le lieutenant l'instille dans un espace dont la base ne compte qu'une trentaine de kilomètres, mais qui vers le nord est sans limite: après la zone interdite, se présente un affluent de la rivière de Saïgon, le rach de Tay Ninh; voici l'eau, l'eau enfin traversée pour un jour atteindre l'ennemi. Pour tuer un autre roi de guerre.

Général de cavalerie à la retraite, Dominique Gourlez de La Motte est Saint-Cyrien (promotion 1945-1947).

LVDC N° 1748 / 10-2009

* Le "Prix littéraire de l'Armée de Terre Erwan Bergot", récompense un ouvrage contemporain de littérature française qui témoigne d'un engagement actif, d'une véritable culture de l'audace au service de la collectivité. En distinguant un livre grand public, le "Prix littéraire de l'Armée de Terre Erwan Bergot" affirme ainsi la reconnaissance d'un état d'esprit commun à la société et à l'armée de Terre: solidarité, dévouement, dépassement de soi, courage et adaptation.

Par François Gervais - Publié dans : Livres, DVD et Multimédia - Communauté : Anciens Combattants
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Jeudi 1 octobre 2009


5. LES EFFETS DU MARCHE NOIR.

Tout d'abord, une remarque. Après la Libération, le marché noir ne disparaîtra pas tout de suite: le rationnement demeurant, il survivra quelques temps à la défaite allemande. Le marché noir, en détournant au profit des privélégiés de la fortune une part importante de la production agricole, est un des responsables du mauvais état de santé des Français.

L'ACCROISSEMENT DE LA MORTALITE ET L'INSUFFISANCE DE LA CROISSANCE.

La mortalité qui, en 1937, était de 12 pour 1 000, atteint en 1943, 17,8 pour 1 000. 30% de tuberculeux de plus qu'en 1939. La sous-alimentation, déclare M. Gerthoffer, représentant la France au Tribunal de Nuremberg, fut la cause indirecte de milliers d'autres décès. La croissance des enfants et des adolescents est assez sérieusement compromise et l'avenir de la descendance est un motif de vive inquiétude.

Une étude d'ensemble de la population française durant les quatre années d'occupation allemande permet de tirer les conclusions suivantes:

1) Les départements agricoles sont les seuls où, durant cette période, on constate un exédent des naissances sur les décès. Ceux dans lesquels les naissances ont dépassé de beaucoup les décès sont, dans l'ordre décroissant: la Manche (192 naissances pour 10 000 habitants), la Sarthe (191), le Calvados (189), le Maine-et-Loire (188), la Haute-Savoie et le Doubs (187), l'Ille-et-Villaine, la Mayenne et le Pas-de-Calais (185).

2) Dans les départements industriels, la mortalité s'est accrue de 57% dans les Bouches-du-Rhône, de 29% dans le Rhône, et de 24% dans la Seine. Déjà, en 1943, une communication faite à l'assemblée des médecins de Toulouse, constate que le poids moyen des enfants est de cinq kilos et la taille de neuf centimètres au-dessous de la normale. Ces précisions n'ont rien de surprenant, car, en novembre 1944, dans les arrondissements les plus pauvres de Paris, les déficits de croissance atteignent 7 centimètres pour les garçons et 11 centimètres pour les filles de 14 ans.

Les médecins attachés au Laboratoire de physiologie de la Faculté de Montpellier (région de monoculture, donc particulièrement défavorisée), après une longue enquête (de 1941 à 1945) portant sur plusieurs centaines d'enfants, notent que 72% des sujets présentent une faculté rétinienne nettement inférieure à la normale, que 73 garçons sur 137 et 110 filles sur 174 souffrent de déficit de croissance.

LES CONSEQUENCES MORALES.

Ce sont, peut-être les plus graves, car certaines de ces conqéquences dureront quelque temps après la guerre.

L'existence du marché noir a causé l'effondrement de maintes valeurs morales. Pour faire vivre leur famille, nombre de Français ont été contraints d'accomplir des gestes immoraux. C'est ainsi qu'on vole de nombreux colis dans les gares, qu'on vole dans les champs  -on coupe du blé, on déterre des pommes de terre, on cueille des pommes-  qu'on vole dans les magasins d'alimentation, etc. L'ouvrier et le petit fonctionnaire, n'ayant pas les moyens d'acheter des vivres au marché noir, se... <<débrouillent>> comme ils peuvent. Tentés par les profits substantiels du marché noir, certains paysans s'enrichissent rapidement. Cet amoralisme causé par les circonstances, le besoin a crée chez certains Français le goût du gain facile, de l'entreprise risquée, immorale ou non...

Le goût de prendre, sous une forme ou sous une autre, tout ce qui paraissait leur manquer, pour tout dire un certain goût de facilité s'empara d'eux, dont ils éprouvent la plus grande peine à se désintoxiquer aujourd'hui et auquel ils ne substistuent qu'avec difficulté  -lorsqu'ils entreprennent de le faire-  le goût du travail régulier.

La France de 1945 voit errer de par son territoire de malheureux aventuriers qui ne l'eussent pas été sans les rigueurs de l'occupation, qui, instables, dévoyés, plus à plaindre qu'à blâmer, ne cherchent et ne trouvent d'aliment à leur besoin d'activité que dans le marché noir et la fraude. Ils ne saisissent pas que, la guerre terminée, un autre devoir est né pour eux, difficile, de longue haleine: celui de se mettre à la tâche, de rebâtir la France, de relever ses ruines et de peiner.

Pour conclure cet article, citons une anecdote de l'auteur, lorsque celui-ci, prisonnier de guerre en Saxe, nous raconte la dure réalité de l'après-guerre:

"En 1943, j'ai connu en Allemagne un jeune Français de vingt ans, de la région du Nord, marié et père de famille d'un enfant. Le gouvernement de Vichy l'avait réquisitionné et envoyé en Allemagne. Jusque là, ce jeune homme n'avait jamais travaillé et s'en vantait !"

"Comme je lui demandais comment, il pouvait vivre et faire vivre sa toute jeune femme et son enfant, il m'expliqua que, chaque semaine, il achetait un baril de harengs saurs et revendait ces poissons en quelques heures. C'était son seul travail en sept jours. Avec ce qu'il avait gagné ainsi au marché noir, il vivait tranquillement sans rien faire".

Inutile d'ajouter que ce jeune trafiquant ne tenait nullement à travailler et était furieux de devoir le faire maintenant. Le marché noir avait donc désaxé maints Français, qui, en 1945, eurent du mal à se réhabituer à mener une vie normale.

Louis Saurel
Histoire pour tous N° 84 / 04-67

Par François Gervais - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passion Histoire
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Mardi 29 septembre 2009


4. LES TENTATIVES DE REPRESSION DU MARCHE NOIR.

Le marché noir étant devenu un besoin pour les consommateurs français, le nombre des procès-verbaux, frappant les infractions aux règles officielles du ravitaillement, ne cessera d'augmenter. C'est ainsi qu'il passera de 27 528, en 1940, à 214 016 en 1941, puis à 379 405, en 1943. Les sanctions pécuniaires atteignent 1 214 000 000 de francs en 1943. Plus de 4 000 Français en 1942, plus de 8 000 en 1944 sont condamnées à la prison pour marché noir. De 511 en 1940, le nombre de magasins fermés par autorité judiciaire passe à 1 763 en 1942 et à 4 339 en 1943...

A côté des faussaires arrêtés et justement punis, des trafiquants ou des stockeurs condamnés, il y a toute l'armée des petites gens que l'on pourchasse, au nom de lois et d'arrêtés, qui se chevauchent et qu'ils ignorent, pour un oeuf gobé, un verre d'alcool avalé. A côté de 7 440 voleurs de colis dans les gares jugés en correctionnelle en 1943, il y a cette femme de 23 ans, que la gendarmerie de Bolbec arrête pour avoir utilisé les tickets d'alimentation de son bébé mort un mois plus tôt...

A côté de ce marchand de fromages parisien qui a vendu, en mars 1941, 980 kilos de gruyère à 50 francs au lieu de 21,50 francs, 66 kilos de parmesan à 70 francs au lieu de 40 francs, et qui entreposait dans son arrière-boutique 144 meules de gruyère, une meule de parmesan, plusieurs douzaines de fromages de chèvre..., il y a cette femme qui, à Saint-Jean-Lespinasse (Lot), fabrique avec le lait de son unique chèvre, des Cabécous, petits fromages odorants, qu'elle vend 20 sous pièce à Saint-Céré. Cette fermière ignore, comment le saurait-elle, que, pour son infime commerce, il lui faut une carte d'autorisation du Comité Interprofessionnel laitier. Le Tribunal correctionnel de Figeac la condamne donc, pour vente irrégulière de fromage, à 200 francs d'amende!... c'est peu direz-vous, mais pour une fille de la campagne, une fille ignorante, éberluée, qui ne comprend rien à la justice, c'est la honte et le déshonneur.

Une condamnation aussi mesquine aboutira en 1941, à un suicide. Louis Lalande, grand mutilé de la Première Guerre mondiale, boulanger à Thenon (Dordogne), voit sa boutique fermée pour quinze jours, car, une fois, pour rendre service à un paysan qui ne peut revenir le lendemain, il lui a vendu du pain frais. Seule la vente de pain rassis est autorisée. Se jugeant déshonoré, le malheureux Lalande se donnera la mort.

LES PROCEDES HYPOCRITES DE CERTAINS CONTRÔLEURS DU RAVITAILLEMENT.

Ce qui révolte nombre de Français, c'est la façon de procéder de certains contrôleurs du ravitaillement. L'un d'eux, par exemple, entre dans une boulangerie et murmure à l'oreille de la boulangère: << Je n'ai plus de tickets, mais j'ai trois enfants à la maison. Ne pourrait-on pas s'arranger ? >>. Compatissante, la boulangère vend du pain à celui qu'elle prend pour un père de famille dans le besoin et se voit aussitôt dresser une contravention.

Ou bien dans une épicerie, un inconnu demande, sans ticket, tel ou tel produit, en disant qu'il paiera ce qu'on lui demandera. L'épicier s'exécute. Au moment de régler ses achats, le faux client présente sa carte d'agent du contrôle économique et, à son tour, annonce au commerçant qu'il sera traduit devant un tribunal. Cette escroquerie morale déplait fort, elle s'apparente aux méthodes de l'espionnage et de la Gestapo.

Certains tribunaux retiennent même la provocation comme une excuse absolutoire. Ils ont raison: la provocation des agents du contrôle économique ne dédaigne pas d'utiliser la misère et la faim des enfants, de faire appel aux bons sentiments, de donner, en somme, l'impression au commerçant qu'il gagnera tout en rendant service. Il y a là une étrange bassesse de coeur.

L'une des choses les plus recherchées par les détenus est le paquet de cigarettes. A Drancy, un paquet ne vaut pas moins de 200 francs. Parfois, le cours monte jusqu'à 500 francs. Il faut, en effet, acheter la complicité des gendarmes. La veille d'un départ pour l'Allemagne, six futurs déportés STO, se cotisèrent pour acheter en commun une cigarette. Chacun d'eux eut droit à quelques bouffées.

LES VILLES OU L'ON MANGE LE MOINS.

En 1944, le Service national des Statistiques entreprend une longue enquête portant sur trois périodes: du 24 janvier au 6 février; du 22 mai au 4 juin; et du 25 septembre au 8 octobre. Quand ce travail est achevé, on apprend que la ville où l'on a mangé le moins durant l'occupation est Toulouse; la moyenne quotidienne ne dépasse pas 1 800 calories, du 24 janvier au 6 février 1944. Il y a pire: durant cette période, certaines familles toulousaines ont subsisté avec seulement 1 270 calories! D'après l'enquête, les villes où l'on mange le moins en France, en 1944, sont Dijon, Lyon, Marseille, Montpellier, Nancy, Orléans, Reims et Toulouse.

En revanche, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Limoges, Rennes, Rouen et Lille, qui se trouvent, soit au coeur d'une région agricole, soit près de celle-ci, ont un ravitaillement en vivres bien supérieur à celui des villes précédemment citées.

Paris est une ville à part: l'importance du marché noir est telle, que la capitale est parmi les centres les mieux ravitaillés, du moins pour les consommateurs qui peuvent payer les prix réclamés par les trafiquants.

LE RAVITAILLEMENT EN FRANCE LORS DE LA LIBERATION.

Quand, après le 6 Juin 1944, la bataille de Normandie est engagée, le ravitaillement de la capitale devient très difficile: les voies ferrées sont, soit bombardées par l'aviation anglo-américaine, soit coupées par la Résistance. Reste le ravitaillement par camions... Mais l'essence manque, malgré les efforts de M. de Staël, qui détourne, au profit de la ville de Paris, une partie du carburant attribué aux Allemand.

Malgré cela, des camions, envoyés par Pierre Taittinger, président du Conseil municipal de Paris, bravent les bombardements et ravitaillent, tant bien que mal, la capitale. C'est alors qu'apparait un nouveau marché noir, alimenté par... la Wehrmacht.

Les vendeurs n'étaient autres que les soldats pillards de l'armée allemande. Ceux-ci, refluant du front, prenaient soin, en effet, de prélever un viatique dans les fermes normandes et regagnaient Paris avec leurs camions bourrés de marchandises. En certains points, telles les Portes de Paris, l'Ecole militaire, ou la Place de la Madeleine, les ménagères, chez qui la faim l'emportait sur le patriotisme, guettaient l'arrivée des convois venant de l'Ouest et cherchaient à profiter de l'aubaine: le beurre était cédé par les trafiquants en uniforme à 200 francs le kilo, le fromage, denrée précieuse dans une ville assiégée, au même prix; les volailles, volées à leurs propriétaires, s'échangeaient contre des billets.

On voyait des soldats promener des sacs grouillants d'où parfois le cou d'une oie émergeait. Pour obtenir ce précieux volatile, il fallait payer 1 500 francs. A ce taux, le patriotisme l'emportait sur la faim, et la foule regardait d'un oeil réprobateur le Parisien qui marchandait avec le "feldgrau". Seulement, une fois ces vivres achetées au nouveau marché noir, comment les faire cuire? Non seulement le gaz est souvent coupé (on en vint à ne plus accorder que deux demi-heure par jour, à l'heure des repas), mais il est si pauvre et de si mauvaise qualité, qu'il chauffe très peu. Alors on fait cuire les aliments comme on peut avec des combustibles de fortune. On va même jusqu'à utiliser des boules de papier au préalable mouillées, comprimées et séchées, dont cette experte préparation ralentit la combustion.

Quand commence la semaine de la Libération de Paris, le pain vient souvent à manquer. On verra alors cette scène irréelle: rue Soufflot, trois hommes commencent à dépaver la chaussée pour faire une barricade: au carrefour Médicis, les Allemands qui tiennent un bastion avec des tanks, les regardent sans intervenir. Et au centre, sur le trottoir, une longue queue à la porte d'une boulangerie, et plus loin, rue Saint-Jacques, on entend crier: << Plus de pain ! >>. Quand sévit une pareille détresse, le trafiquant du marché noir est roi. A Paris, au mois d'août 1944, le kilo de beurre vaut 1 000 franc, alors qu'il ne "coûte" que 30 francs au Mans et que, dans le Cantal, on est contraint de le stocker, faute d'acheteurs.

Louis Saurel
Histoire pour tous N° 84 / 04-67

Fin de la quatrième partie. A suivre: Les effets du marché noir

Par François Gervais - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passion Histoire
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Dimanche 20 septembre 2009


3. LE "MARCHE NOIR" ETABLI.

LE MARCHE NOIR FRANCO-ALLEMAND ou "GROSS-MARCHE NOIR".

Le seul marché noir qui jouisse d'une totale impunité est celui organisé par les Allemands eux-mêmes. Le "gross-marché noir", qui englobe non seulement les denrées alimentaires y compris les plus rares: café, conserves, sucre, chocolat, liqueurs, mais aussi toutes les matières contingentées: textiles, cuirs, carburants, alcools industriels, métaux ferreux et non ferreux, est fondé sur une association, tacite ou explicite, entre des Parisiens qui sont les capitalistes de l'affaire et des Allemands, souvent haut placés, qui font figure de grossistes non spécialisés.

Eux seuls sont capables de dérouter un wagon, d'introduire dans la capitale un camion que son immatriculation allemande et ses conducteurs en uniforme mettent à l'abri de tout contrôle, de puiser dans des stocks réquisitionnés, et de livrer la marchandise, munie de tous les papiers nécessaires. Naturellement, ils n'agissent point par philantropie et dans l'intention de restituer aux Français une faible partie de ce qu'ils prennent.

L'avidité est, ordinairement, le ressort de leur activité commerciale; un coup de téléphone, une signature leur font gagner des millions de francs, mais les acheteurs ont encore une marge telle qu'ils deviennent rapidement millionnaires; certains se vantent, entre deux vins, d'encaisser un million de bénéfices nets par jour.

Si les Allemands permettent à certains grands patrons français du marché noir de s'enrichir rapidement, ils les tiennent à leur merci. Ils peuvent, quand ils le veulent, les dénoncer aux autorités françaises ou allemandes. En échange de leur aide et de leur bienveillance, les Allemands exigent de leurs complices français des renseignements économiques et politiques, dont la Gestapo ou le grand état-major de la Wehrmacht tireront parti. Quand les patrons français du "gross-marché noir" ont gagné un nombre respectable de millions, une question se pose pour eux: que faire de cet argent? En quelles valeurs investir ces capitaux?

Les achats d'immeubles sont dangereux, car le fisc surveille ces transactions. Ils pourraient acquérir des bons du Trésor, qui permettent aux acheteurs de demeurer anonymes. Mais ils préfèrent acheter des objets d'art, notamment des tableaux, des fourrures, et surtout, des devises étrangères (livres sterling, dollars, etc.), ainsi que de l'or et des diamants. Devant les nombreuses demandes, les cours de ces valeurs montent très rapidement. C'est ainsi qu'à l'Hôtel Drouot, de beaux tapis d'Orient sont vendus 100 000 francs pièce, des dessins de Fragonard 200 000 francs; en 1943, la zibeline atteindra un demi-million et même plus...!

LES RESTAURATEURS ALIMENTES PAR LE MARCHE NOIR.

Les profiteurs du marché noir ou les gens ayant des gros revenus peuvent manger tout ce qu'ils veulent dans certains restaurants ravitaillés par le marché noir. Là, on n'exige aucun ticket. En revanche, le prix des repas ferait frémir un ouvrier, qui, pour huit ou dix francs mange dans un "Resco" (restaurant communautaire). Par exemple, au "Restaurant des Artistes" rue Lepic, le 25 décembre 1940 pour une table de 4 personnes, 400 francs sont demandés. Pour ce prix là, vous mangez des huitres, un boeuf mode et un fromage, le tout arrosé d'un vin de Crépy. 

LES NOUVEAUX RICHES.

Simple calcul: la serveuse d'un petit bistrot de 4e catégorie (D) qui pratique le marché noir, sert vingt-cinq clients à midi et vingt-cinq clients le soir. Le prix moyen du repas étant de 400 francs, sur lequel elle touche 10%, cette serveuse emporte chaque soir à la fin de son service 2000 francs de salaire, auquel il faut ajouter les pourboires. Et bien entendu, elle est nourrie. En 1943, une enquête effectuée du 1er juin au 5 juillet, par l'Institut Dourdin (les premiers sondages), auprès de 2 600 foyers d'assurés sociaux de Paris et de la banlieue parisienne, sur ce que gagne en moyenne, par mois, un foyer: 2 266 francs, soit 876 francs par personne. Or, 876 francs, cela représente en 1943, le prix de deux kilos de beurre au marché noir!...

Jusqu'en 1943, les autorités allemandes et françaises se montrent bienveillantes envers cinq restaurants de grand luxe: "Maxim's", "La Tour d'Argent", "Lapérouse", "Drouant" et "Carton". Là, plus de limitation au nombre de plats servis et à la composition des menus. Il suffit de payer une taxe de 10% sur l'addition (dont le produit va au Secours National), pour avoir le droit de faire ouvertement ripaille. Ce privilège, quel qu'en soit le prix, finira cependant par apparaître scandaleux, et l'arrêté instituant la libre bombance sera rapporté. Quelle ambiance règne dans ces restaurants destinés aux profiteurs du Régime ou du marché noir? Aucune restriction pour cette clientèle de nouveaux riches. On traite entre amis uniquement au champagne, les vins les plus fins coulent à flot. Le "richard" triomphe dans l'Ordre Nouveau. Avec de l'argent, beaucoup d'argent, on peut toujours s'en fourrer jusque là, pendant que des ménagères font des heures de queue sous la neige pour décrocher un tronçon de rutabaga. On se donne bonne conscience en disant humblement: << Je suis écoeuré, mais je m'empiffre tout de même, ce sera pour les jours "sans" >>.

LE MARCHE NOIR DES PAUVRES.

Les travailleurs, qui gagnent mille à deux mille francs par mois, ne peuvent évidemment pas se payer des repas à 400 francs. Selon l'enquête Dourdin, ces pauvres gens, qui, en France, représente l'énorme majorité de la population, consacrent 71% de leur budget (contre 62% en 1940) à l'achat des vivres. Ils diminuent leurs dépenses habituelles réservées à l'habillement, à l'éclairage et au chauffage pour pouvoir manger, c'est-à-dire pour continuer à subsister.

Dans cette masse de consommateurs insuffisamment payés pour pouvoir acquérir les vivres indispensables pour exister, 71% n'achètent jamais au marché noir. Ce qui leur manque, ils se le procurent par le moyen des colis familiaux. Ceux-ci sont autorisés par le ravitaillement. En théorie, ce sont des paysans qui envoient des produits alimentaires à des parents citadins. Souvent, ce sont seulement des amis des cultivateurs qui reçoivent cette manne indispensable. Mais, bien vite, la décision gouvernementale, en date du 25 août 1941, est détournée de son but...

De véritables agences commerciales se constituent un peu partout. De braves paysans se retrouvent parents de citadins, qui leurs étaient hier, totalement inconnus! Les colis familiaux ne sont plus que l'antichambre du marché noir, et l'on estime à 300 000 le nombre de Parisiens qui en auront été, quotidiennement les bénéficiaires. Aussi, le 13 octobre 1941, le gouvernement réglemente-t-il le poids (pas plus de 50 kilos), et la composition de ces colis qui ne devront comporter ni farine, ni pommes de terre, ni légumes secs, ni matières grasses. Sont autorisées les fruits frais, les légumes, le poisson, le gibier (5 kilos), les volailles ou lapins (3 kilos), et les oeufs à concurrence de deux douzaines.

Jusqu'à la fin de l'année 1943, les pauvres gens voient leurs repas améliorés grâce aux colis familiaux, mais, en 1944, les communications entre Paris et la Province deviennent de plus en plus difficiles, ce qui a pour effet de raréfier l'arrivée de ces colis dans la capitale. Ce que les ouvriers et les petits bourgeois achètent au marché noir, ce sont, avant tout, des cartes de pain, et, en second lieu, des pommes de terre. C'est surtout en 1944, que le commerce clandestin des cartes de pain se développe, et acquiert une formidable ampleur. On distinguait deux sortes de cartes, les fausses, qui avaient été imprimées dans quelques ateliers clandestins et dont le prix ne dépassait pas 150 francs, car elles étaient fréquemment refusées par les boulangers, et les "volées", dont l'authenticité n'était point contestable, puisqu'elles avaient été dérobées aux services du ravitaillement. Celles-ci montèrent jusqu'à 400 francs, mais leur prix moyen fut de 300 francs.

Louis Saurel
Histoire pour tous N° 84 / 04-67

Fin de la troisième partie. A suivre: Les tentatives de répression du marché noir.

Par François Gervais - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passion Histoire
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Samedi 19 septembre 2009


Comme conséquences de la diminution des vivres en France, la faim se fait sentir dans notre pays dès le mois d'octobre 1940. Les queues pour le ravitaillement finissent par absorber le plus clair du temps des ménagères françaises. Elles apparaissent à l'état encore embryonnaire dans l'été 1940. Au cours de l'hiver, sous le froid, les files s'allongent. C'est là, dans les réflexions moroses que provoque cette corvée, que l'on peut apprécier le degré de désespoir et de fatigue de la population.

2. LE RATIONNEMENT.

Dans l'intention d'aboutir à une répartition équitable des vivres, le gouvernement de Vichy établit donc le rationnement suivant dès 1940:
- Pain: 250 grammes par jour.
- Viande: 180 grammes par semaine.
- Matières grasses: 15 grammes par joiur.
- Fromage: 40 grammes par semaine.
- Sucre: 500 grammes par mois.
Si l'on étudie ces chiffres, tout de suite une remarque s'impose. Dès le mois de septembre 1940, la ration quotidienne ne représente que 1 800 calories. Or, 3 000 à 3 500 calories sont nécessaires pour un homme menant une vie sédentaire; 4 000 à 5 000 calories pour un travailleur de force. De l'avis même des Allemands, 1 700 calories constituent << un régime de famine lente conduisant à la mort >>. Il est à noter que ce sont les Allemands qui, les premiers, ont commencé à établir en France le rationnement dès le mois de juin 1940.

Dans l'ensemble, les rations, surtout celles de viande, auront tendance à diminuer fortement au cours des années d'occupation. C'est ainsi que la consommation quotidienne de viande, à Paris, tombera à 20 grammes en 1942! Ajoutons, en outre, que certaines rations sont parfois théoriques; car en fait, il arrivera souvent que certains tickets de viande ou d'autres produits ne pourront pas être "honorés", par suite d'un ravitaillement insuffisant.

On institue, pour commencer, des jours sans viande: les mercredi, jeudi et vendredi, mais c'est le 25 novembre 1940 que les boucheries bordelaises affichent, pour la première fois, le fatidique: << Fermé faute de viande >>. Bientôt, il faut s'inscrire chez un boucher, ce qui a pour but de décourager les clients qui battent le pavé et vont de boutique en boutique. Un jour, on sert vingt-cinq personnes, un autre jour cinquante...

LE RATIONNEMENT DANS LES RESTAURANTS.

Les restaurants ont été divisés en quatre catégories:
- A) de 35,10 francs à 50 francs
- B) de 25,10 francs à 35 francs
- C) de 18,10 francs à 25 francs
- D) de 18 francs ou d'un prix inférieur à 18 francs
Le service à la carte est supprimé. Les clients n'ont plus le choix qu'entre quatre sortes de repas. Les hors-d'oeuvres doivent être servis froids et ne peuvent comprendre ni poissons, ni oeufs. Le beurre et le sucre ne sont plus laissés à la libre disposition des consommateurs. Enfin, chaque client ne peut boire que 20 cl de vin. Les restaurateurs et les consommateurs qui ne respectent pas les règlements en vigueur peuvent être frappés de peines allant de six jours à deux mois de prison, et de 16 francs à 2 000 francs d'amende.

Pour tout l'ensemble de ces restrictions, les Français ne peuvent donc subsister qu'en se procurant des vivres supplémentaires. Mais où les trouver? Comment les acquérir? La préoccupation de manger devient une obsession. Les appartements particuliers se transforment en poulaillers et en clapiers; on élève des lapins sur son balcon, des poules errent dans les cuisines et, le Parisien fait de la culture maraîchère dans des pots ou dans des caisses. Les grandes administrations font de même. Au Bois de Boulogne, au Bois de Vincennes, au Luxembourg, les pelouses sont défoncées, et l'horticulture fait place à la culture potagère. Mais ces solutions de fortune ne donnent pas de grands résultats. Coûte que coûte, les Français sont contraints pour survivre de s'adresser au marché noir...

LES PETITS PELERINS DU MARCHE NOIR.

A cette époque, il n'y a presque pas d'automobiles sur les routes. Les vivres que l'on vend au marché noir ne peuvent donc pas venir en camions dans les villes. C'est principalement par le train et au moyen de bicyclettes que les produits alimentaires sont transportés de la campagne dans les centres, où sont les traficants du marché noir. Chaque jour, par centaines, ils quittent Paris avec des valises assez légères qui ne contiennent que des objets, tissus, ustensiles, clous, etc.à troquer, et qu'ils rapportent deux ou trois jours plus tard pleines de denrées substantielles: beurre, viande, salaisons.

Leur voyage ne vas pas sans aventures, incidents, ou accidents. Le retour, surtout, est dangereux. Les gares et les routes provinciales sont surveillées par la maréchaussée. Les gendarmes français ne sont pas toujours bons enfants, il s'en faut, d'autant plus qu'en province ils ont conscience de défendre leurs nourritures locales contre les écumeurs parisiens, et les autorités allemandes se mêlent parfois de leur prêter main forte. Sur les quais, dans les trains en marche, pandores et uniformes verts interviennent brusquement, et font ouvrir les valises trop gonflées. Les pèlerins du marché noir, quand ils le peuvent, préfèrent nier qu'elles leur appartiennent; abandonnées par leur possesseurs, le contenu de ces trafics vont alors réjouir les corps de garde.

Une fois hors de la gare, le petit démarcheur du marché noir n'est pas encore certain de sortir sain et sauf de cette aventure quotidienne. Les abords des gares constituent une zone internationale où employés de l'octroi, contrôleurs du ravitaillement, gendarmes, policiers français, allemands, en civil, en uniforme, se sont donnés rendez-vous. Son franchissement est hasardeeux et mille ruses sont employées. La plus subtile ne manque pas de saveur: elle consiste à obtenir d'un soldat de la Wehrmacht qu'il porte le bagage suspect pendant la traversée de la gare, le dédouanant ainsi, par sa seule présence, auprès des surveillants de toutes espèce. Les dames âgées, les jolies femmes, les hommes même qui savent parler le langage, parfois chiffré, qu'il convient de parler aux "Fridolins", réussissent souvent cette manoeuvre audacieuse. Mais quand ils ont repris leur valise, il ne l'on pas encore sauvée; un barrage dans une rue, un contrôle dans le métro, peuvent la perdre et leur porteur avec elle.

Les nombreuses arrestations découragent les petits démarcheurs du marché noir. Alors les trafiquants organisés embauchent des chômeurs ou des gens sur le point de le devenir. L'écrivain Maurice Sachs, qui a participé à ses dangereuses expéditions, à fait, dans son livre "La Chasse à courre", le récit de ses aventures.

Un jour, il se rend de Paris à Vendôme en compagnie d'un ami. Porteurs de valises vides, il ne descendent pas dans la gare de Vendôme, mais dans la station précédente pour échapper à la curiosité des contrôleurs du ravitaillement. A pied, les deux hommes gagnent la ville, puis vont frapper à une certaine porte... Celle-ci s'ouvre. C'est l'arrière-boutique d'un boucher qui nous remet nos valises pleines en échange de nos vides, et reçoit son dû à raison de 70 francs par kilo. Nous sortons à pas feutrés, la marchandise bien lourde aux bras; nous atteignons une maison particulière où l'on nous ouvre. Nous y passons la nuit. Les deux amis ouvrent alors les valises, afin que << la viande prenne l'air >>; puis ils dorment quelques heures. Dès l'aube, ils repartent, achètent la complicité d'un porteur à domicile, afin d'éviter l'octroi de Paris. Sauvés! Mais pour combien de temps?

LES REGIONS D'ACHATS CLANDESTINS ET LES BENEFICES DES TRAFIQUANTS.

Les professionnels du marché noir ne vont pas, au hasard dans la campagne, chercher les vivres dont ils ont besoin. Certaines régions leur fournissent régulièrement tel ou tel produit; les prix d'achat permettent aux trafiquants de très substantiels bénéfices.

Ils vont acheter les pommes de terre à 3 francs le kilo dans la Vienne, 4 ou 5 francs dans la région liloise, et les revendent de 12 à 15 francs à Bordeaux ou à Paris.

Ils vont acheter le jambon dans l'Aube, le payent 180 ou 200 francs le kilo, et le revendent 1 000 francs à Lyon.

Les oeufs, qui viennent au deuxième rang pour la fréquence des contraventions, sont payés de 20 à 35 francs la douzaine dans les régions de productions, et revendus de 96 à 120 francs aux Lillois, 180 francs aux soldats allemands, et 240 francs aux Belges.

LES REVENDEURS DU MARCHE NOIR.

Quand les produits alimentaires sont arrivés dans les grands centres villes, il faut les revendre au détail. Ce sont principalement des concierges, des garçons de café, des coiffeurs et des coiffeuses, qui écoulent les vivres vendues au marché noir.

Comme le raconte avec humour Pierre Audiat... ce n'est pas chez le charcutier que vous vous procurez le jambon, mais chez le coiffeur. Ce beurre clandestin (qu'il ne faut pas confondre avec le beurre vendu en dessous, ou plus exactement en arrière de la boutique, qui provient de la "gratte" faite sur les contingents alloués par le ravitaillement), votre crémier l'ignore, mais la concierge de telle rue, tel numéro, mais le marchand de couleurs du coin, vous en céderont peut-être, s'ils vous connaissent ou si vous venez de la part d'un d'un ami dont on vous a murmuré le nom mystérieux.

Il y a même des revendeurs du marché noir qui pratiquent presque ouvertement leur métier. C'est ainsi qu'en 1944, on vend "à la sauvette", dans les couloirs du métro, des harangs saurs à 10 ou 12 francs pièce, ainsi que des champignons blancs à 80 ou 100 francs le kilo. Et les acheteurs se disputent ces vivres...

Louis Sa
urel
Histoire pour tous N° 84 / 04-67

Fin de la seconde partie. A suivre: Le marché noir établi.

Par François Gervais - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passion Histoire
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