Mardi 17 août 2010 2 17 /08 /Août /2010 07:36

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Mouilleron-en-Pareds est un village aux frontières de la plaine et du bocage, trait d'union granitique de la dualité géographique et de l'histoire du département de Vendée. Catholiques et protestants, républicains et royalistes, Vendée blanche et Vendée bleue, ont vécu et combattu ici. La mémoire du lieu est à l'image du département et de la France déchirée.

Ce village a vu naître deux hommes célèbres de l'Histoire de France. Hommes célèbres, mais également diamétralement opposés. L'un, Georges Clemenceau, dit "Le Tigre", qui assura la direction du pays durant la Première Guerre mondiale. Classé à gauche politiquement, il sut galvaniser le pays jusqu'à la victoire.

L'autre, Jean de Lattre de Tassigny, commandant la 1re Armée Française, qu'il amena du Débarquement de Provence le 15 août 1944, jusqu'au repaire d'Adolf Hitler à Berchestgaden. Il fut commandant en chef en Indochine où il eut la douleur de perdre son fils Bernard. C'était un monarchiste convaincu. Dans le bourg, face à face, les maisons natales de ces deux célébrités ont été transformées en musées.

Ces deux fils issus des deux traditions de ce département ont rêvé et oeuvré à leur manière à la réconciliation et à l'unité nationale. Naître ici y était peut-être pour quelque chose.

poilusLe vieux président et le jeune capitaine se sont rencontrés pour la première fois sur la place de Mouilleron-en-Pareds, le 9 octobre 1921, jour de l'inauguration du monument aux morts.

Ce jour là, Jean de Lattre  -blessé à cinq reprises et huit fois cité lors du conflit-  offre un bouquet au "Père la Victoire". Roger de Lattre, le maire du village, invite Clemenceau dans la maison de famille située à l'angle de la rue du Temple et de la rue Plante Choux.

Ce même jour, Clemenceau est solennellement reçu au village: la Grande Guerre était passée en estompant les antagonismes. Georges Clemenceau prononçe deux courtes allocutions improvisées, l'une face au monuments aux morts érigé sur la place, la seconde à la mairie.

Elles sont de véritables appels à l'union de tous les Français: << Nous avons des motifs supérieurs de nous aimer et de nous unir... Il n'y a rien de supérieur au sentiment de fraternité nationale de tous les Français >>.

Créé en 1959, le musée-mémorial (1) établit un parallèle entre les deux hommes célèbres en rapprochant leurs points communs: leur lieu de naissance, leur rôle dans les deux guerres mondiales, le fait qu'ils aient signé au nom de la France lors des "deux victoires" mettant fin aux deux conflits mondiaux.

vitrineLes extraits des discours de Clemenceau et de De Lattre, diffusés lors de la visite du musée, permettent de mieux comprendre ce mémorial qui est devenu en cinquante ans l'un des lieux symboliques et actifs de l'unité nationale.

Par ailleurs, géré par "l'Institut Vendéen Clemenceau-De Lattre", le centre de documentation est une bibliothèque et une médiathèque de consultation à la disposition du public. Le centre est interessé par tous documents concernant la période de 1840 à 1952, Clemenceau-De Lattre.

La maison natale du maréchal de Lattre de Tassigny est ouverte au public depuis 1975.

Au milieu du bourg de Mouilleron-en-Pareds, la maison de famille et son jardin constituent un bel exemple de maison de notable vendéen du XIXe siècle.

Jean de Lattre passa sa prime enfance dans cette solide bâtisse qui n'a guère changé depuis 1889.

Au fil de la visite, des objets et des documents témoignent de sa brillante carrière militaire, de Saint-Cyr à l'Indochine.

 

Les Chemins de la Mémoire / n° 114 / 02-02

 

(1) Page réalisée avec le concours de Jacques Perot, conservateur général du patrimoine, directeur du musée national des "deux victoires", et de son équipe.

 

Musée National des "Deux Victoires" Clemenceau-De Lattre

1 rue Plante Choux

85390 MOUILLERON-EN-PAREDS

Tél. 02.51.00.31.49

Courriel: musee-2victoires@culture.gouv.fr

Site internet: www.musee-deux-victoires.fr

 

 

 

 

 

Par François Gervais - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passion Histoire
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Lundi 9 août 2010 1 09 /08 /Août /2010 07:20

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En avril 2010, la Croix de Guerre, décoration emblématique de la Grande Guerre, a eu quatre-vingt-quinze ans. Créée au cours de l'année 1915, cette décoration honore, entre autres, les soldats français qui se sont particulièrement distingués au cours du premier conflit mondial.

 

Au cours des premiers mois de la campagne de 1914, la France ne dispose pas d'une décoration spécifique récompensant et matérialisant les actes de bravoure individuels. Certes, l'Ordre National de la Légion d'Honneur créé en 1802, la Médaille Militaire instituée en 1852, ou bien encore les citations à l'ordre du jour des régiments suppléent à cette absence. Cependant, chacune de ces décorations est décernée avec parcimonie afin de ne pas ruiner le prestige de ces Ordres.

A l'automne de 1914, le général Boëlle, commandant alors le IVe Corps, tente de convaincre l'administration de la nécessité de la création d'une décoration spécifique. Cette proposition, relayée en novembre par Maurice Barrès, député de Paris et chantre du patriotisme, sera signifiée par la demande de << la création d'une nouvelle récompense militaire. D'une médaille de bronze pour que le chef puisse décorer ses plus braves soldats sur le champ de bataille après chaque affaire >> (1).

députés

Dès lors, en décembre 1914, un groupe de députés, à la tête duquel se trouve Georges Bonnefous, soumet à la Commission de l'armée de la Chambre des députés une proposition de loi sur la création d'une "médaille de la Valeur militaire". Constatant l'absence d'un tel insigne  -qui à l'époque existe dans les armées étrangères-  le député Emile Driant (2), rapporteur de la Commission, propose un texte visant l'adoption d'une telle décoration.

Celle-ci, qui doit porter un nom bref évoquant pour tous l'abnégation des récipiendaires, restera dans l'Histoire sous le nom de << Croix de Guerre >>.

En ces temps d'union sacrée, cette proposition ne rencontre aucun obstacle; elle suscite seulement un débat sur la hiérarchisation des citations en fonction de leur éclat ou sur l'adoption de tel ou tel modèle.

En effet, les parlementaires s'arrêtent sur la couleur du ruban. Certains le veulent vert uni, c'est-à-dire que l'on reprendrait le ruban de la médaille commémorative de 1870 sans les raies noires qui symbolisaient la perte de l'Alsace-Lorraine. D'autres le souhaitent au contraire bleu azur... Finalement, le choix des députés se porte sur un ruban vert avec liséré rouge à chaque bord et comptant cinq bandes rouges.

croix-de-guerre-14 18 aversCe ruban n'est autre que celui de la médaille de Sainte-Hélène, créée en 1857 par Napoléon III pour les derniers vétérans de la Grande Armée. De ce fait, on associe à ce nouvel insigne, << les souvenirs glorieux des grandes guerres d'autrefois à la grande guerre d'aujourd'hui >> (3).

La loi du 8 avril 1915 institue la Croix de Guerre destinée à << commémorer, depuis le début de la guerre de 1914-1915, les citations individuelles pour faits de guerre >> (4).

Cette décoration, dont l'aspect a varié au fil des débats parlementaires, mais aussi au gré des propositions d'artistes (pas loin de sept projets), se présente sous la forme d'une croix pattée en bronze du modèle de 37 mm, à quatre branches avec deux épées croisées. Le modèle retenu est celui du maître sculpteur Bartholomé.

Sur l'avers figure au centre une tête de "Marianne" coiffée du bonnet phrygien et ornée d'une couronne de laurier avec en exergue "République Française". Au revers figure l'inscription "1914-1915" qui est modifiée chaque année jusqu'à la fin de la guerre (5).

La remise officielle de la Croix de Guerre se fait au cours d'une prise d'armes. La matérialisation des citations, les conditions d'obtention, et l'aspect général de la décoration sont précisés dans le décret d'application du 23 avril 1915. A chaque citation  -reconnaissance d'un acte de bravoure individuel-  correspond un insigne spécifique et distinctif. Celui-ci s'agrafe sur le ruban qui peut en recevoir plusieurs.

Ainsi, il peut être apposé une étoile de bronze matérialisant une citation à l'ordre du régiment ou de la brigade. Une étoile d'argent représente une citation à l'ordre de la division, et une étoile en vermeil une citation à l'ordre du corps d'armée. La palme en bronze matérialise, quant à elle, une citation à l'ordre de l'armée. Concernant les citations collectives, la fourragère est instituée en avril 1916. Ce cordon en tissu tressé aux couleurs de la décoration est porté par tous les militaires pendant leur présence au sein de l'unité citée.

pa110010-copie-1.jpgLa Croix de Guerre peut aussi être décernée aux civils, à des étrangers, à des institutions, des bâtiments de la Marine nationale, des collectivités, voire même à des animaux (6).

En effet, près de 3 000 communes réparties dans 18 départements ont été décorées au cours du premier conflit mondial. La première fut Dunkerque en octobre 1917. Parmi les villages décorés, ceux qui ont été détruits au cours de l'offensive de Champagne en septembre 1915, tels Tahure, Perthes-Les-Hurlus ou bien encore Massiges obtiennent, en septembre 1920, la citation suivante: << Ont été réduits à l'état de ruines glorieuses au cours des combats aponiâtres qui ont immortalisé leurs noms, faisant preuve, dans l'adversité des plus belles qualités de courage et d'abnégation. Ont dignement mérité de la patrie >>.

Au 1er mars 1920, le ministère de la guerre recense 2 055 000 décorations décernées. Cependant, ce nombre est bien en deçà de la réalité puisqu'il ne comptabilise pas les attributions à titre posthume et les Croix de Guerre accompagnant d'office la Légion d'Honneur et la Médaille Militaire.

Loin d'être une médaille commémorative, cet insigne reste une décoration très symbolique puisqu'il rappelle les faits d'armes individuels des soldats et marque aussi, au travers d'objets du quotidien (médaille des écoles, assiettes, etc.) sur lesquels il figure, l'impact de la guerre sur la société française.

Le symbole de la Croix de Guerre est si fort qu'il a donné lieu à d'autres insignes analogues. Portant des noms différents, il n'en demeure pas moins que ceux-ci récompensent les actions individuelles menées au cours des autres conflits contemporains où l'armée française est engagée (Croix de Guerre 1939-1945, Croix de Guerre des T.O.E. (7), Croix de la Valeur Militaire).

 

A.N.C.G. (Association Nationale des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire)

Hôtel national des Invalides

129, rue de Grenelle

75007 PARIS

 

Les Chemins de la Mémoire N° 147 / 02-05

 

Notes:

1) "L'Echo de Paris", 27 novembre 1914.

2) Cet ancien officier, célèbre pour ses romans militaires signés sous le pseudonyme du "Capitaine Danrit", connaîtra une fin tragique à la tête des 56e et 59e Chasseurs le 21 février 1916.

3) Propos extraits du rapport sénatorial Murat.

4) Article de la loi instituant la Croix de Guerre.

5) Une Croix de Guerre du premier conflit mondial porte ainsi les inscriptions "1914-1915"; "1914-1916"; "1914-1917"; "1914-1918".

6) Le pigeon voyageur "Le Vaillant" fut le dernier oiseau lancé, le 4 juin 1916, du fort de Vaux assiégé et parvint à remplir sa mission.

7) T.O.E. (Théâtre d'opérations extérieures).

 

 

Par François Gervais - Publié dans : Décorations - Communauté : Passion Histoire
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Vendredi 30 juillet 2010 5 30 /07 /Juil /2010 07:15

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Seconde partie: "Derrière le rêve, l'ordre établi".

 

cinémaPour ne pas être en reste et faire passer sa propre idéologie, Vichy lance à son tour une politique de propagande cinématographique.

Elle se manifeste avant tout dans les documentaires diffusés dans les salles avant le film, mais aussi dans des productions comme le Péril juif, réalisé en juillet 1942 au moment de la rafle du Vel'd'Hiv, ou Forces Occultes, qui sont  distribués après le retour de Pierre Laval, lorsque le gouvernement cherche à susciter l'adhésion de l'opinion à sa politique antisémite.

Il s'agit donc moins de montrer à l'écran l'avènement d'une société nouvelle que de dénoncer les responsables de l'effondrement d'une société dévorée de l'intérieur par << l'Anti-France >>. La propagande est triple: 1. vichyste autour du Maréchal et de la Révolution nationale, 2. anti-alliée et enfin 3. pro-allemande. En outre, le contrôle de l'information est primordial pour manipuler et convaincre l'opinion.

20091130-232215-FyRwCAfin d'asseoir leur monoparole, les Allemands interdisent les prises de vues et la distribution des actualités françaises dans la zone occupée, où ils imposent la diffusion d'un journal unique d'actualités allemandes Die Deutsche Wochenschau (5).  

Dès le mois d'août 1940, ces actualités suscitent, dans les salles de cinéma, des réactions d'hostilité, relevées aussi bien par des préfets que par la propagande allemande elle-même!

En zone Sud, le gouvernement de Vichy met en place, le 10 octobre 1940, le Journal France-Actualités-Pathé.

Par la suite, de 1942 à 1944 (après l'occupation de la zone Sud et l'essor de la collaboration entre Vichy et le Reich), c'est une société mixte au capital à 60% français et 40% allemand, France-Actualités, qui détient le monopole sur toute la France.

Pour ce qui concerne les films français de fiction, contrairement au cinéma allemand et italien de la même époque, ils ne véhiculent pas les grands thèmes fascistes que diffusent la presse parisienne ou "Radio-Paris". L'ennemi est absent des scénarios, ni Juif, ni Anglais, ni franc-maçon, ni communiste. Le cinéma fournit alors la dose d'évasion nécessaire pour que les Français oublient, en se divertissant, la rigueur des temps.

Cependant, derrière le rire et le rêve, ces films reflètent une forme d'idéologie, une certaine vision de la société française qui met en exergue ses aspects les plus traditionalistes et les plus conservateurs. Ce n'est d'ailleurs pas uniquement la France de Vichy qui transparaît  -même si on y décèle les << fondements moraux >> de la Révolution nationale- .

La société qu'on y dépeint servait déjà de toile de fond à beaucoup d'oeuvres antérieures à 1940. L'étude, par Jean-Pierre Bertin-Maghit, des récits de quelques 240 films de fiction, permet de dégager les << valeurs maîtresses >> sans lesquelles l'ordre établi ne peut se perpétuer: la communauté, la lutte et le bonheur.

le-corbeauDerrière ces << valeurs >>, une morale simple: rien n'est acquis d'avance et il faut mériter son bonheur. Mais au sein de quelle société?

Une société dans laquelle la bourgeoise -catholique- est omniprésente. Couple et famille en sont les assises; le grand capital y est peu représenté. Le père est une autorité qui pense pour les autres, transmet l'héritage et incarne la morale vichyssoise (6).

La "vamp" existe toujours (Ginette Leclerc dans Le Corbeau de Henri-Georges Clouzot), la demi-mondaine apparaît encore (Mam'zelle Bonaparte de Marice Tourneur), mais la femme, généralement synonyme de << devoir >> et de << sacrifice >>, est cantonnée dans un rôle bien défini (Premier de Cordée de Louis Daquin ou La Symphonie Fantastique de Jean Faurez).

Cette société ignore les conflits de classes et connaît ainsi l'harmonie. En revanche, les allusions implicites à une attitude de résistance ou à un patriotisme de combat sont très rares, d'autant plus, que même la représentation de la Patrie est victime d'une censure allemande et française très pointilleuse.

On note cependant quelques exceptions avec Les Visiteurs du Soir (avril 1942), La main du Diable (août 1942), Adieu Léonard (janvier 1943), L'homme qui vendit son âme (février 1943), Vautrin (juin 1943), Les Dames du Bois de Boulogne (mai 1944), Pontcarral colonel d'Empire (1942) (7).

Les Allemands et le gouvernement de Vichy ont donc voulu utiliser le cinéma comme un vecteur de leur propagande politique. Cette tentative fut un échec car l'impact sur le public fut nul, malgré une fréquentation élevée des salles jusqu'à la fin de 1943. En effet, selon le témoignage des préfets, les films de pure propagande ont été rejetés par les spectateurs.

Quant aux films de fiction, ils ont été aimés, voire admirés, par le public pour leur trame dramaturgique et la part de rêve qu'ils lui apportaient. Mais le film de fiction, en raison de son temp de fabrication, ne peut intégrer l'actualité aussi vite qu'un film de pure propagande. Il relève d'une propagande implicite et << sociologique >>. L'analyse de ces films montre bien le décalage entre leur contenu et l'évolution de l'opinion, notamment à partir de 1943.

cinéma-copie-1Bien qu'ils aient appartenu à des organisations collaborationnistes (très peu), ou qu'ils aient contribué à des mouvements de résistance (plus nombreux) (8), les auteurs de cinéma français se sont abstenus d'exprimer directement dans leurs oeuvres leur choix idéologique.

On n'y voit pas le reflet de l'engagement de la profession. On ne doit pas non plus y voir le simple effet des directives de la censure ou de l'autocensure.

Les cinéastes unanimement laissent entendre que les années d'Occupation ont été un << âge d'or >> pour le cinéma français.

Mais se replier derrière des considérations esthétiques "une nouvelle école française est née"; avouer ne pas s'occuper du contexte politique dans une période d'Occupation, simplement parce qu'on est trop occupé à faire son métier, rechercher l'évasion à tout prix, réaliser << un cinéma français pour les Français >>, avoir gommé tous les aspects sombres de la vie quotidienne, n'est-ce pas avouer indirectement que l'on s'est accomodé des circonstances politiques? (Jean-Pierre Bertin-Maghit).

 

Antoine Germa

Historien, intervenant au "Forum des Images de Paris".

Les Chemins de la Mémoire / n° 141 / 07-08 04

 

Notes:

(5). L'une des 17 éditions spéciales des Actualités mondiales que la Deutsche Wochenschau (GMBH) diffuse dans 35 pays.

(6). Fièvres de Jean Delannoy, Premier de Cordée de Louis Daquin, Andorra ou les hommes d'Airaim d'Emile Couzinet...

(7). L'esprit frondeur des Visiteurs du Soir est connu: le film montre que la résistance morale peut vaincre en s'appuyant sur les dissensions internes de l'occupant. La fibre nationaliste du film Pontcarral, colonel d'Empire, repérée par la censure allemande, et par le public qui ne manque pas d'applaudir, est manifeste à la fin dans le défilé de l'armée française qui part pour l'Afrique du Nord.

(8). Notamment autour du << réseau de résistance du cinéma français >>, qui deviendra une section de la CGT et du Front National, avec des réalisateurs comme Jean Grémillon, Jean Delannoy, Jacques Becker, Claude Autant-Lara...

 

Par François Gervais - Publié dans : Culture - Communauté : Passion Histoire
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Vendredi 23 juillet 2010 5 23 /07 /Juil /2010 07:06

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Pendant l'occupation, le cinéma français donna naissance à des chefs d'oeuvre. Aux heures sombres de la répression et de l'exclusion, la profession se préserva en effet un espace de création artistique. Mais ce fut au prix de l'acceptation des interdits imposés par la censure, et en s'accommodant des drames qui se jouaient.

 

cinémaIl y a un étrange paradoxe à parler du cinéma français sous l'Occupation. D'un côté, les professionnels voient dans cette période une sorte d'âge d'or du cinéma français. Il suffit pour s'en convaincre d'évoquer la longue liste de films, tournés entre 1940 et 1944, considérés comme des chefs-d'oeuvre: Les Enfants du paradis; Les Visiteurs du soir; La Main du Diable; L'Eternel retour; Pontcarral colonel d'empire; Le Corbeau...

De l'autre, la profession est réorganisée et le 7e Art est soumis à la volonté du gouvernement de Vichy et des Allemands  -non sans conflits entre eux-  de s'emparer de cet instrument de propagande et d'exercer sur lui un pouvoir de contrôle et de censure. Ainsi, mise sous tutelle du cinéma et préservation d'un certain espace de création ont coexisté.

Au tout début de l'Occupation, l'industrie cinématographique est paralysée aux trois quarts. Si les salles ne ferment qu'une dizaine de jours, l'absence de techniciens, pour la plupart mobilisés, handicape sérieusement le fonctionnement des studios. Paris occupé, c'est l'immense majorité de la profession qui se retrouve sous le contrôle allemand avant d'être, comme les autres, frappée par les lois anti-juives.

Certains font rapidement le choix de s'exiler aux Etats-Unis et plus particulièrement à Hollywood (1). Seuls les studios de Marseille et de Nice, en zone Sud, donc sous le contrôle de Vichy, échappent aux contraintes que connaissent les studios parisiens.

En effet, les autorités allemandes se dotent d'organes de contrôle. La Propaganda Abteilung de France est créée le 18 juillet 1940. Elle s'occupe notamment de la censure en zone occupée. Relevant du ministère de l'Information et de la Propagande du Reich, elle reçoit ses directives de Goebbels.

macao-Elle attache la plus grande importance aux questions de morale et d'esthétique. En matière d'idéologie, elle est particulièrement attentive à interdire toutes les références anglo-saxonnes et les références nationalistes trop explicites (2). Les films tournés avec des acteurs ou/et des techniciens juifs sont interdits (3). Méfiants envers les films produits avant l'Armistice, les Allemands interdisent, en mai 1941, tout ce qui a été tourné avant le 1er octobre 1937.

La reprise de l'activité cinématographique est donc assujettie aux volontés de l'occupant. Dans cette "Nouvelle Europe", la France devient un partenaire de l'Allemagne, car elle seule est capable de concurrencer la production anglo-saxonne.

La production française est le cheval de Troie de l'industrie cinématographique allemande dans l'Europe nazie: pour un film français produit, trois ou quatre films allemands sont imposés aux distributeurs.

Alfred Greven, le délégué responsable pour le Reich des affaires de cinéma en France, crée, le 3 octobre 1940, une mission de production, la Continental-Film, disposant d'un énorme capital grâce aux moyens financiers prélevés sur le montant des indemnités d'occupation. Il complète son empire en s'assurant un vaste réseau de salles pour favoriser l'industrie allemande. Nécessité politique et réalités économiques marchent ainsi main dans la main.

De son côté, le gouvernement de Vichy, comprenant l'intérêt de contrôler cet outil de propagande, va centraliser les décisions: le Service du cinéma, qui dépend du Secrétariat général à l'Information, regroupe toutes les fonctions jadis dévolues à pas moins de sept ministères différents.

Dans le même temps, la création du Comité d'organisation des industries cinématographiques (C.O.I.C.) en décembre 1940, s'accompagne d'une volonté d'organiser la profession. Ces projets poursuivent un double but: << épurer >> un milieu dans lequel Vichy redoute << l'influence juive >>, et éviter l'entrée trop massive du capital allemand dans les entreprises du secteur.

kreutzerA Vichy, le Secrétaire général à l'Information et à la Propagande, Philippe Henriot, est responsable du contrôle des films, des projections et des visas d'exploitation. Pour le contrôle et la censure, il est assisté d'une Commission de Consultation (4) qui s'intéresse avant tout à la << moralité publique >>, au respect de l'idéologie du régime - Travail, Famille, Patrie - et à la << défense >> de la jeunesse. Se manifeste ainsi la volonté de gommer la << période sombre >> de la IIIe République et ses valeurs << décadentes >>.

La censure est le corollaire d'un travail de propagande que le cinéma est chargé d'assurer. Pour faire face à la pénurie de films nouveaux, le spectacle cinématographique change: le double programme disparaît au profit du programme unique (une bande d'actualités allemande en zone occupée, suivie d'un court-métrage et d'un seul long-métrage), sur l'ensemble du territoire à partir d'octobre 1940.

Cette situation est propice à la diffusion de films allemands véhiculant l'idéologie nazie comme La Sonate à Kreutzer de Veit Harlan (1937) ou Bel Ami de Willi Forst (1939). Ces films remportent un très large succès public à l'image du Juif Süss, également de Veit Harlan, film antisémite qui, malgré un accueil mitigé, a attiré plusieurs millions de spectateurs entre 1940 et 1944.

 

J-P Bertin-Maghit

"Les Chemins de la Mémoire" N° 141 / 07-08 04

 

Notes:

1) Comme Michèle Morgan, Jean Gabin, Charles Boyer, Jean Renoir, Julien Duvivier, René Clair...

2) Telle cette réplique de "Pontcarral, colonel d'Empire": << Il est temps de sortir la France de ses humiliations, lui rendre son drapeau et un peu de gloire. Je compte sur vous colonel Pontcarral >>.

3) Par exemple, "Macao" de Jean Delannoy, avec Erich von Stroheim (1939).

4) Composée de 9 membres, elle siège à Vichy jusqu'en 1942 avant de rejoindre Paris.

 

Fin de la première partie. A suivre: << Derrière le rêve, l'ordre étabi >>.

 

 

Par François Gervais - Publié dans : Culture - Communauté : Passion Histoire
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Dimanche 11 juillet 2010 7 11 /07 /Juil /2010 11:34

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20 heures, 6 Juin 1944: Le "Mur de l'Atlantique" est percé. Engagé six mois plus tôt par l'agence Reuter, Charles Burchill Lynch, 24 ans, débarqué le matin même à Juno Beach, est le plus jeune correspondant de guerre présent. Dans une ferme normande, alors que la nuit tombe, il rédige son premier article. Revenu une dernière fois en Normandie, le 6 juin 1994, il nous narre ses souvenirs d'une << très très longue journée >>. Il décèdera un mois et demi plus tard.

 

LynchVoyons... La première phrase, c'était quelque chose du genre << Eh bien ça y est! Mon Dieu, j'y suis! >> ou un truc comme << La France! Enfin! >> Je ne m'étais pas cassé la tête pour trouver une phrase d'accroche et chercher à tout prix à être original.

Le seul fait que cet article soit écrit de France était déjà inouï! C'était cela, la nouvelle! Quelque chose que n'aurait aucun des journalistes londoniens qui n'avaient d'ailleurs pas attendu ma dépêche pour annoncer le débarquement! Ils devaient tout savoir, à cette heure-là, sur le déroulement de la journée côté militaire et diplomatique. Sans même avoit quitté leur bureau! Moi, je ne savais rien, ou presque. Mais voilà, j'étais en France! Et c'était ça le miracle!

Sur la petite table de ma chambre  -oui, parce que j'avais une chambre!-  était posée ma Smith-Corona, ma bonne et lourde machine à écrire, qui avait bien supporté le voyage dans sa housse imperméable et son coffret en bois. A côté, une pile de feuilles blanches, elles aussi protégées et intactes. Et près du lit, la cage... une cage aux bruits de volière. La cage aux pigeons voyageurs.

Je les regardais parfois du coin de l'oeil... Ces bestioles, ça mangeait?, ça buvait? ça buvait quoi? Il y en avait bien une quinzaine, puisque je me souviens que les quarante-huit volatiles prévus par les Canadiens avaient été répartis en trois cages, et qu'on estimait que ce serait suffisant pour pallier, pendant deux jours, l'absence de télégraphe.

J'étais un peu perplexe, mais enfin, toute cette histoire n'était-elle pas stupéfiante? Le débarquement entier était stupéfiant! Cette foule en mer, cette folie sur le sable, les blockhaus sur les côtes, l'audace d'Eisenhower...

junoIl y a soixante-douze heures, j'étais encore à Londres, jeune recrue canadienne pour la vieille agence Reuters, attendant un jour ou l'autre d'être appelé pour le grand départ. Où? Je n'en avais aucune idée. France, Norvège, Hollande... Il y avait déjà eu un faux départ, un mois avant, pour tromper les espions qui pullulaient dans le milieu des correspondants de guerre.

On nous avait donné rendez-vous à la gare où un train nous avait conduits vers l'Ecosse et un centre d'entraînement des commandos. On y avait passé une semaine agréable, visité une distillerie "Johnnie Walker", et on était revenu à Londres, guère plus avancé, et toujours sur le qui-vive.

Et puis voilà qu'il y a quarante-huit heures on nous avait rappelés, conduits cette fois à l'Île de Wight où, sur une carte immense, on nous avait présenté l'objectif: la Normandie. Le lendemain soir, on embarquait dans un vieux ferry-boat irlandais qui transportait la 9e brigade et qui comportait un piano sur lequel j'ai tapé toute la nuit. D'autres reporters m'entouraient, essayant de se rappeler des chansons françaises. Et on ne s'est arrêté qu'en entendant le bruit du canon. Et quels canons!

Alors on est entré dans la guerre. En un rien de temps, nous descendions dans de petites embarcations à fond plat qui nous amenaient vers le rivage. Puis nous avons sauté dans l'eau. Je portais à bouts de bras au-dessus de ma tête la Smith-Corona et ma cage de pigeons complètement effarouchés. Enfin, épuisés nous arrivions en France, sur la plage entre Bernières-sur-Mer et Graye-sur-Mer.

Des morts jonchaient la plage, avec des débris de toutes sortes, mais il n'y avait déjà plus de combat. Un énorme bunker allemand avait été neutralisé et les unités d'assaut qui nous avaient précédé une heure trente plus tôt, s'étaient déjà enfoncées dans les terres. Des chalands continuaient à débarquer, des hommes s'engouffraient vers la sortie toute proche et moi je ne savais trop que faire. On partait déjà? On quittait la plage?

Je me retournais vers le rivage. Le débarquement, cette opération déjà mythique, ne méritait-il pas qu'on s'y arrête un peu?... Non. Bon. Les autres, visiblement, filaient. Mieux valait faire pareil. "Juno Beach" ne se portait pas trop mal.

bernièresJ'ai donc suivi Placide Labelle, le soldat québécois qu'on nous avait adjoint presque comme ordonnance. Je m'étais dégoté un casque américain, plus seyant, plus léger que les casques canadiens, et pouvant me servir de calebasse pour la toilette; j'avais un duffle-coat de la marine britannique et des bottes russes que j'avais achetées chez "Moss Brothers" à Londres. Tous les journalistes, de toute façon, devaient porter l'uniforme. Aucune arme, une simple machine à écrire et une licence conforme à la convention de Genève pour prouver à l'ennemi notre qualité de journalistes et non d'espion. 

A 200 mètres de la plage, et devant une ferme intacte, un paysan pissait tranquillement en regardant passer les troupes. Les Français m'ont toujours surpris par leur décontraction. << Bonjour les gars! Venez donc à la maison! >> nous a-t-il crié. Sympa. Rien ne pressait. On lui a obéi. Il nous a assis sur un long banc de cuisine tout en nous offrant une soupe chaude dans une lourde assiette.

Il nous a proposé de revenir dormir chez lui, à la nuit. C'était tentant; je lui ai confié mes pigeons et puis nous sommes partis chercher la guerre. En fait, je ne savais pas quoi chercher. Quest-ce que c'est qu'un champ de bataille? Quand sait-on qu'on est au coeur de l'action. Y a-t-il, d'ailleurs, un centre de l'action ou bien une multitude d'éclats, d'opérations dispersées, d'avancées décisives mais peu spectaculaires? Où est-on le mieux placé? C'est quoi, d'écrire la guerre? Parler de ce ciel rempli d'avions? Des salves puissantes entendues dans le lointain? Des blessés et des morts croisés au bord des chemins?

swordOn a marché beaucoup et je prenais des notes sur un carnet. Désespérant de trouver ce qui donnerait un sens à ces corps de Canadiens étendus sur la route, je suis renté à la ferme.

Resterait, le lendemain, à transmettre mes articles. Prendre d'abord congé de notre papy sympa; retrouver à Courseulles l'ensemble du "pool" de presse et des confrères qui avaient dormi dehors; retaper mon texte sur le papier extra-fin; le plier délicatement pour le glisser dans la capsule attachée à la patte d'un pigeon; et lancer solennellement l'oiseau, d'un geste ample et plein d'espoir, sur la plage ventée.

Ne vous fiez jamais à un pigeon. Jamais, entendez-vous? Les nôtres étaient des traîtres. Lancés en direction de l'Angleterre, pftt... ils fonçaient directement vers les lignes allemandes. Je les insultais en bondissant sur la plage, le poing brandi dans leur direction. Cela n'y fit rien. Quarante-sept me trahirent. Un seul arriva à bon port... sans message!

Propos recueillis par Annick Cojean.

Le Monde2 / Spécial 6 Juin 1944 / 06-2004

Petit film muet tourné par un correspondant de guerre, à bord d'une barge au matin du 6 Juin 1944 sur Bernières-sur-Mer. A la fin de la vidéo, on reconnaît la villa témoin présentée dans cet article.

 

Par François Gervais - Publié dans : Témoignages - Communauté : Passion Histoire
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Mercredi 7 juillet 2010 3 07 /07 /Juil /2010 07:08

lecnrlalibration

Malgré les journées sombres de 1943 et les nombreuses arrestations, malgré les déportations vers l'Allemagne et les exécutions de plus en plus sauvages, la Résistance aborde le printemps 1944 avec espoir. Les initiatives individuelles sont devenues mouvements organisés. Reste à s'entendre pour l'épilogue.

 

cnr2La lutte armée est au centre des discussions et, dans la pratique, prend désormais autant de place que les activités de renseignements et de propagande. Plusieurs grands maquis se sont constitués dans l'ancienne << zone Sud >> et en Bretagne. Les réfractaires au travail obligatoire en Allemagne (S.T.O.) y affluent. Si les recrues sont nombreuses, les armes manquent, cependant.

Des plans de sabotage et d'obstruction ainsi que des moyens de communication et de transport ont été préparés. Des actions ponctuelles, prises souvent à l'initiative de chefs locaux ou régionaux, en ont déjà donné un avant-gout.

Un "Comi.Dac.", devenu bientôt un "Com.Dac." (Comité d'action), tente de coordonner les entreprises. Son influence réelle est à la mesure de la réalité des liens qui existent entre les organisations locales ou régionales de résistance, et l'embryon de pouvoir qu'exercent, à Londres comme à Alger, les instances supérieures du C.F.L.N. (Comité Français de Libération Nationale).

Si les bombes tombent du ciel, les avions alliés intensifient également les parachutages d'objets et de papillons qui renversent les rôles et mettent souvent les rieurs du côté des Alliés. L'écoute de la radio de Londres est devenue une sorte de bravade dans la plupart des foyers, où on n'oublie guère l'heure des messages, en prenant bien soin, avant d'éteindre le poste, de remettre le curseur sur Radio-Paris. Tout le monde chantonne le célèbre << Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand!>> ... tout en écoutant, les chroniques que Philippe Henriot débite d'une voix d'airin.

Un grand mouvement s'est produit dans l'opinion publique. De l'avis général, les Allemands ont perdu. La seule question est de connaître l'échéance finale. Cependant, cela ne veut pas dire que la cause de la Résistance soit adoptée unanimement. Certaines exactions vraies ou supposées des maquisards, les risques de représailles, les prises d'otages, les exécutions brutales, par les Allemands et la Milice, entretiennent un climat de méfiance et de crainte que l'aura du << vieux maréchal >> à de plus en plus de mal à détendre.

L'idée que Pétain est un "bouclier" devant les Allemands s'estompe. Ses visites sur les lieux des bombardements anglo-américains sont peut-être les seules occasions, encore, où il réunit des foules comme à Rouen ou Paris.

parachutagePar les nuits sans lune, le trafic aérien entre l'Angleterre et la France s'est renforcé. Il s'agit de parachutages mais aussi de passages clandestins à bord d'avions légers du type "Lysander". Sur le littoral, les embarquements et débarquements clandestins de résistants, parfois de commandos, se multiplient.

L'activité première de ses hommes des services spéciaux est le renseignement: certains rapporteront des sacs... de sable normand, à Londres. Les officiers d'Etat-Major qui préparent le débarquement veulent tout savoir et connaissent à peu près tout de chaque mètre de la côte. A ce travail, les résistants bretons, normands ou picards, ont tenu depuis longtemps un rôle irremplaçable.

Les passagers des bateaux de la nuit  -sauf initiatives individuelles, de plus en plus difficiles et risquées-  sont des messagers, des dirigeants de mouvements rejoignant Londres ou Alger, surtout des aviateurs alliés tombés sur le sol français et qui ont eu de la chance d'être recueillis par des filières d'évasion.

Une grande activité bureaucratique semble s'être emparée des organisations de la Résistance. Cependant, le volume de rapports produits est proportionnel à la montée en importance de ces organisations. Depuis des mois, le B.C.R.A. (Bureau Central de Renseignements et d'Actions) et des individualités comme Jean Moulin (arrêté le 21 juin 1943), ont tout fait pour que se rassemblent les énergies et les initiatives, les impatiences et les... ambitions.

Au niveau des Etats-Majors, à l'exception des branches militaires qui ont une action effective sur le terrain, la Résistance semble la proie d'interminables discussions, de rivalités exacerbées par l'approche de la victoire, de traquenards procéduriers et autres pratiques parlementaires.

Le "Gouvernement" de la France Libre, ainsi que le C.F.L.N. sont installés à Alger depuis le 3 juin 1943. Il a son chef: le général de Gaulle, ses "ministres" qui représentent, en fait, les grands courants de la Résistance (d'abord sans, puis avec les communistes). Alger a donc vu arriver, dans les semaines qui ont suivi cette installation, les délégués de la plupart des organisations.

Le 15 mars 1944, l'Assemblée consultative d'Alger, composée précisement de ces délégués, décide de donner au C.F.L.N. le nom de "Gouvernement Provisoire de la République Française" (G.P.R.F.). Le nouveau Gouvernement prépare lois et décrets pour le jour où la France sera délivrée. Il règle aussi, à l'avance, le sort des dirigeants les plus compromis avec l'occupant allemand, y compris le maréchal Pétain.

afficheLa France résistante s'est dotée, parrallèlement, d'un autre "Gouvernement". Celui-ci semble même posséder une grande légitimité puisqu'il émane des mouvements "de l'intérieur" directement aux prises avec l'occupant allemand, les forces du maintien de l'ordre de Vichy et la cruauté de la répression.

Les représentants clandestins des principaux mouvements se sont constitués en Conseil National de la Résistance (C.N.R.), qui aurait tendance à élaborer sa propre politique. Ainsi, ce même 15 mars 1944, le C.N.R. a-t-il fait connaître les grandes lignes de son programme politique pour la gestion de l'après-guerre.

Y a-t-il eu, franchement, une concurrence et une lutte pour le pouvoir entre le G.P.R.F. d'Alger et le C.N.R. ? Il serait absurde de l'affirmer puisque les représentants du général de Gaulle, à commencer par Jean Moulin puis Georges Bidault, sont alors à la tête de C.N.R.

Mais la rivalité est présente dans les faits. Ainsi, la Commission d'action de C.N.R. (COMAC) prendra-t-elle d'elle-même un certain nombre de décisions d'ordre militaire (l'insurrection de Paris, par exemple) sans en référer spécialement à Alger.

En mars 1944 à Alger, le général de Gaulle crée les Forces Françaises de l'Intérieur (F.F.I.). Le 16 mai, il signe une directive appelée "plan Caïman" qui ordonne la mise en oeuvre de plusieurs plans de sabotage sur toute l'étendue du territoire français occupé. Les F.F.I., théoriquement dirigées par le général Koenig, échapperont la plupart du temps à l'autorité d' Alger.

 

Les conflits du XXe siècle / N° 1 spécial / 1994

 

Par François Gervais - Publié dans : La Résistance - Communauté : Passion Histoire
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Lundi 28 juin 2010 1 28 /06 /Juin /2010 06:07

 falaise1

SECONDE PARTIE: L'ENFER DU BOCAGE

 

2dbLe cauchemar d'Ecouves.

Les blindés sont obsédés par la vitesse, non par goût de la performance, mais pour des raisons de sécurité: plus ils avancent vite et moins coûteuse est leur victoire. Les obstacles qu'ils redoutent le plus, en pays plat, sont les rivières et les forêts. Or, entre la 2e DB et son objectif, il y avait une rivière: la Sarthe, et un massif forestier: Ecouves.

Le cauchemar des blindés est de buter sur un sensemble de ponts détruits; leur rêve est de trouver un pont intact. Leclerc croit rêver: il précipite le passage de sa division au-delà de la Sarthe et ordonne la charge vers l'Orne pour fermer la nasse où devra être détruite toute une armée allemande.

Le commandement allemand a vu la manoeuvre et prend le dispositif suivant:

- La 9. Panzerdivision, qui a reculé devant nous depuis le débouché du Mans et qui nous a inexplicablement laissé prendre Alençon sans combat, occupe le massif de la forêt d'Ecouves.

- A sa droite, la 2. Panzerdivision défend le passage de Ciral.

- A sa gauche, la 116. Panzerdivision, appiyée sur la rive droite de l'Orne, interdit la route Sées-Argentan-Ecouché.

Le corps d'armée U.S. donne à la division française l'ordre d'attaquer en direction de Carrouges, à travers la forêt d'Ecouves, tandis qu'il attribue Sées comme objectif à la 5e DB U.S.

Il fait beau dans la matinée du 12 août, la route nationale Alençon-Sées est large, invitante, tandis que la forêt d'Ecouves est sinistre, complice des défenseurs allemands, hostile à la progression de nos blindés. Quelle tentation de contourner cet obstacle pour le prendre à revers.

Leclerc désobéit à l'ordre du corps d'armée U.S. et lance Billotte sur la route: de loin en loin, quelques Allemands, embusqués aux lisières de la forêt, réagissent, mais Sées est prise presque sans coup férir.

Falaise grandNous y sommes avant les Américains qui devaient la prendre et au moment où Leclerc va décider de foncer dans le trou et d'envoyer Billotte tout doit sur Argentan, arrive sur la grand-place le premier détachement de la 5e DB U.S., qui s'étonne de nous trouver là où il pensait avoir à faire à des Allemands, s'indigne de constater que nous avons coupé leur voie et que nous nous préparons à continuer à les devancer.

Leclerc insiste peu et leur abandonne à regret la route nationale pour prescrire à Billotte de s'enfoncer dans la forêt à la rencontre de la colonne partie d'Alençon et de glisser, par les lisières Nord, vers Ecouché, à la rencontre de Dio. Le fait d'avoir atteint Sées lui permet d'enrouler la forêt qu'il appréhendait de devoir traverser par un effort frontal.

Du coup, l'ennemi que nous cherchons à bousculer depuis notre départ du Mans est désiquilibré, tourné, pris à revers. Notre homologue, la 2. Panzerdivision, perd son quartier général, ses ambulances et ses services pendant que ses chars croient mener un combat d'avant-garde à 20 kilomètres plus au sud.

 

Le garot d'Ecouché.

Au début de la journée du 13 août, nous arrivons sur la vallée de l'Orne, à Ecouché, où les hommes de Buis découvrent la Nationale 24 bis, par où la VIIe Armée allemande se replie. Rarement un soldat peut voir rassemblés plusieurs centaines de véhicules ennemis. Le lieutenant Robert Galley (futur ministre) passe le premier l'Orne avec son peloton de chars, coupe la retraite à l'ennemi: pas un seul ne quittera la Normandie par cette route.

Les Britanniques qui attaquent par Falaise sont maintenant à 30 kilomètres de nous. En trois jours de combats commençant par une poussée ordonnée jusqu'à la Sarthe pour éclater dans un désordre apparent, profitant des routes ouvertes, contournant les obstacles, ne se laissant jamais attirer par le feu ennemi, mais au contraire le débordant, attaquant quelques fois en spirale, la division angagea tous ses canons sans tenir compte d'objectifs intermédiaires, ni de bonds, ni d'axes déterminés: elle "cassa" des Allemands dans tous les sens, désorganisa leur résistance et bouscula trois divisions de panzers, pour atterrir dans le grouillement de la retraite.

Ereintés mais enivrés, les Français seraient volontiers montés à la rencontre des Britanniques, mais les ordres du corps d'armée U.S. leur interdirent toute progression au Nord de l'Orne: le matraquage des colonnes ennemies qui échappaient à la vue de nos artilleurs était l'affaire de l'aviation.

 

7e arméeLa nasse de Chambois.

La 2e DB bientôt rejointe par trois divisions d'infanterie U.S., les 79e, 80e et 90e, s'étire sur 40 kilomètres, gardant les itinéraires et se préparant à avancer.

Cependant, notre progression désordonnée avait laissé derrière nous, surtout dans la forêt d'Ecouves, beaucoup d'ennemis plus ou moins désorganisés. L'infanterie américaine mettra une semaine à nettoyer méthodiquement le terrain, tandis que de nombreux Allemands essaieront de rejoindre leurs lignes, les uns à pied, de nuit, par petits groupes, les autres de vive force. Ils arriveront alors dans le dos de nos unités et l'affaire se réglera suivant le cas, dans un échange de coups de canon où nous aurons forcément l'avantage, ou bien dans le jeu du gendarme et du voleur.

Les unités allemandes venant du fond de la "poche de Falaise", ignorant notre présence, viendront donner sur nos avant-postes avec plus ou moins de vigueur. Nous aurons reçu en cinq jours les éléments de huits divisions. Privés de la Nationale 24 bis, les Allemands, pourchassés par l'aviation, se glisseront entre Falaise et Argentan pour gagner la Seine.

Le 19 août, la 90e DI U.S., appuyée par le groupement Langlade, donne la main aux Canadiens et aux Polonais venus du Nord, à Chambois.

Le dernier spasme de la VIIe Armée allemande encerclée, fut de lancer vingt chars sur nos positions: les artilleurs de la 2e DB, tirant à vue, démolirent sans doute les derniers véhicules ennemis de cette armée, qui auraient pu continuer la guerre s'ils avaient forcé le passage: derrière eux, le rideau de la bataille de Normandie tomba...

 

Jacques de Guillebon

"L'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale: la singulière 2e DB"

Connaissance de l'Histoire: la 2e DB au combat / N° 30 / 12-1980

 

Fin de la Seconde Partie.

 

Nous vous invitons à regarder cette très belle évocation de "La poche de Falaise" réalisée pour le 60e anniversaire des combats en terre Normande.

 

 

 

 

 

 

Par François Gervais - Publié dans : Récits de guerre - Communauté : Passion Histoire
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Jeudi 24 juin 2010 4 24 /06 /Juin /2010 15:34

Sherman-french-army-normandy 

Alors sous-chef d'état-major de la 2e DB, le lieutenant-colonel Jacques de Guillebon a vécu dans les pas de Leclerc tout au long des combats du Maine et du Perche, avant de prendre la tête du détachement qui allait foncer << top speed >> sur Paris. Il nous raconte ses souvenirs extraits de son ouvrage "L'Histoire de la Seconde Guerre Mondiale: la singulière 2e. DB".

 

2db

Les forces en présence. 

Le 9 août dans l'après-midi, le général Haislip, commandant le 15e corps U.S., nous donne notre première vraie mission de combat. A partir du Mans, le corps d'armée va attaquer plein Nord, vers l'Orne et Argentan, tandis que les Britanniques poussent plein Sud, à partir de Falaise. Le but est de prendre au piège et d'anéantir la VIIe Armée allemande, qui contient depuis le 6 juin les forces du débarquement allié.

La 5e DB U.S. et la 79e DI U.S. attaquent à notre droite vers Mamers et Sées: à notre gauche, il n'y a pas d'amis avant Mayenne, à 60 kilomètres, sauf un de ces groupes de cavalerie batteurs d'estrade et caracoleurs que nous rencontrerons parfois tout au long de la campagne de France: ils ont une large autonomie, des transmissions puissantes, des moyens de combat légers et une tactique de hardiesse et d'esquive. Ils surprennent l'ennemi souvent, ils l'inquiètent toujours, ils ne l'attaquent jamais.

Devant nous, à gauche, les reliquats de la 708e Panzerdivision et de la 130e Panzerlehr, et devant nous à droite, partagée avec nos voisins de la 5e DB U.S., la 9e Panzerdivision "fraîche", arrivant de Nîmes. La 2e DB progresse sur quatre chemins du bocage normand, bordés de fortes haies, tournant tout le temps, beaucoup plus favorables à la défense qu'à l'attaque.

La tactique habituelle, à base de prudence et de sûreté, faisait le jeu de l'ennemi en freinant la progression à l'extrême. Le char de tête se bat à peu près seul, talonné par une masse impuissante et impatiente.

Il faut prendre des risques pour aller vite, créer une occasion de bousculer l'ennemi. La première journée du 10 août marque une progression modérée, coûteuse; l'ennemi tient très bien le coup et contre-attaque à la faveur de la nuit.

tankLe 11 août, pour aller plus vite et pour écraser plus fort, les artilleurs passent à l'avant-garde. L'ennemi commence à être bousculé. Les canons antichars tractés ou automoteurs qui nous attendent aux tournants sont cassés plus rapidement que la veille, à plusieurs reprises, l'ennemi est pris de vitesse et perd des chars pendant sa retraite; les points d'appui qui protègent Alençon et les passages de la Sarthe sont conquis à la tombée de la nuit. Nos éléments avancés sont à 7 kilomètres de la rivière.

 

Le matin d'Alençon.

C'est la quatrième nuit sans sommeil. Leclerc donna l'ordre d'envoyer une solide reconnaissance armée sur Alençon et de se reposer sur place. Lui-même s'enroule dans ses couvertures et s'endort par terre, à côté de sa voiture de commandement, comme il a souvent l'habitude de le faire depuis quatre ans de guerre.

A 1 heure du matin, quelques obus tombent dans le champ, incendiant un half-track chargé en munitions, non loin du général, qui se réveille et s'inquiète de la reconnaissance sur Alençon. Le capitaine envoyé aux renseignements rapporte qu'il ne s'est pas passé grand-chose et le général, irrité, monte en voiture, se porte aux avant-postes, réveille tout le monde et part sur la ville.

Le groupe progresse sans histoire, s'arrête un peu aux lisières de la ville silencieuse, s'avance prudemment et atteint les ponts intacts sur la Sarthe sans aucune réaction ennemie. Ravi, Leclerc donne les ordres pour une occupation immédiate et en force d'Alençon et repart se coucher.

Mais, à la sortie de la ville, son chauffeur se trompe et, au lieu de le ramener sur les avant-postes amis, le conduit sur la route de Mamers, occupé par l'ennemi. D'ailleurs, au bout de très peu de temps, la voiture de Leclerc s'arrête, au moment où un véhicule arrive en sens inverse; le sous-chef d'état-major abat le chauffeur ennemi au pistolet et capture un prisonnier, qui est ramené au centre de la ville, où le général finira la nuit.

 

Général Jacques de Guillebon

Connaissance de l'Histoire "La 2e DB au combat". N° 30 / 12-1980

 

Fin de la première partie. A suivre: L'enfer du bocage.

 

 

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