Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /Nov /2009 06:16


Après les quatre premiers mois de guerre, le fait le plus saillant, celui qui étonne le plus les observateurs, c'est le rôle insignifiant joué par les opérations militaires terrestres sur le front occidental. Certains en concluent déjà que le conflit affectera une forme nouvelle où les heurts sanglants et les batailles tiendront moins de place que par le passé. D'autres aboliraient même volontiers les grands mouvements d'armée pour leur substituer simplement l'attente derrière de solides retranchements.

"Rien à signaler. Etat des pertes: néant." Sur l'ensemble du front, ces comptes rendus uniformes se répètent. La guerre se dérobe. Le général Gamelin retire les 32 divisions qu'il avait engagées jusqu'aux abords de la ligne "Siegfried". L'automne de 1939 est exécrable. Novembre a déchaîné des pluies torrentielles. Les rivières se gonflent et les inondations transforment les plaines en immenses obstacles antichars. Les sentinelles de la ligne Maginot, trempées comme des chiens, clignotent des yeux devant un paysage noyé.

Sur les eaux grises et froides du Rhin qui fument par endroits, pas un chaland, pas un remorqueur. Devant leurs petits postes avancés, les "chleuhs" donnent aux Français l'aubade d'une Marseillaise sur leur phono, déploient de longues banderoles "Ne mourrons pas pour les Anglais" ou bien "Nous ne tirerons pas les premiers" et même une étonnante pancarte: "Vive Daladier". Une trêve des armes s'est installée. Un général va jusqu'à dépêcher un planton pour avertir des soldats allemands qui flânent sur le pont de Kehl que s'ils ne regagnent pas leur rive, il sera dans l'obligation de leur faire tirer dessus. Etrange guerre. La pluie tombe à flots. Dans leurs mauvais cantonnements d'Alsace ou des Ardennes, les hommes courbent le dos sous l'averse qui ne cesse pas. Malades, rincés, couchés dans la paille des granges qui pourrit, les chevaux d'artillerie crèvent par milliers.

Le ciel s'est chargé d'ajourner l'offensive que la Wehrmacht devait lancer le 7 novembre 1939 contre la France. Hitler exige du beau temps pour que l'aviation et les blindés obtiennent un rendement digne de ce qui fut dans l'éclatant été polonais. Sur les positions françaises, l'intempérie est une bonne raison pour annuler les exercices. Immobiles, désoeuvrés, les hommes s'ennuient. L'alcoolisme fait des ravages. Les journaux sont rares et cette guerre qui ne se fait pas devient incompréhensible. On voudrait combattre puisqu'on est soldat, ou rentrer chez soi si l'on ne se bat pas.

Rien ne secoue, il est vrai, l'immense paresse de l'armée anesthésiée. Inquiets, les chefs de corps s'ingénient à sortir de ce vide. Ils organisent un foyer par unité, distribuent les jeux de fléchettes, lancent une campagne de <<ressemelage de chaussures>>, de création de jardins potagers, des tournées du théâtre aux armées. Les hommes de troupes vont aux séances de tir hebdomadaires brûler les cinq cartouches réglementaires sur des cibles perdues dans le brouillard, ou attendent l'arrêt des grosses pluies pour rejouer au football. Et toujours cette bataille qui ne vient pas...

L'hiver terrible qui enferme la terre dans un étau va décourager à nouveau l'attaque allemande jusqu'au printemps. Les plateaux lorrains enregistrent des pointes de -34°. Les routes sont gelées. Il est trop souvent impossible de mettre un moteur en marche. Dans ces champs de neige glacés, l'histoire se bloque parfois sur quelques visages épiques: les héros des Corps francs du secteur de Forbach. Le lieutenant Félix Agnely, six fois cité durant la Grande Guerre, père de cinq enfants, engagé volontaire, qui revendique les missions les plus périlleuses, sera tué lors d'une patrouille. Le lieutenant Joseph Darnand, sept fois cité durant la Grande Guerre, déjà emprisonné deux ans plus tôt comme "cagoulard", anti-communiste irrémédiable, futur chef de la milice et fusillé à la Libération. Avec eux, un père mariste, sous-lieutenant à la tête d'une poignée de sous-officiers d'élite, s'avère un magnifique combattant. Mais leurs exploits sont si isolés qu'ils relèvent presque de l'incroyable.

La France a une confiance absolue dans la Ligne Maginot. Une ceinture de bastions hérissés de canons qui court sur trois cent cinquante kilomètres de frontière, derrière sept ou huit rangs de rails enfoncés dans le sol. La Ligne est profondément enterrée. On y a bâti dans le plus grand secret, d'énormes cités souterraines blindées comme des navires de guerre avec des ascenseurs, des cloisins étanches, de lourdes portes d'acier qui pèsent jusqu'à sept tonnes, des chambres froides, des salles d'opération en air surcompressé où tout fonctionne électriquement. Des puits creusés à 80 m. Des vivres pour six mois. Et des soldats uniquement désignés par numéro. << Colossal ! >> s'est exclamé Winston Churchill après une visite des lieux. << C'est ici qu'il faut amener l'Allemand à se battre et le casser >>.

A l'abri de la Ligne Maginot, la France a mobilisé presque cinq millions de ses citoyens et mis sur pied cent divisions, renforcées par onze divisions et six cent chars britanniques. Combien de chars français? 2 900 malheureusement éparpillés sur une trop grande partie du territoire.

Le haut commandement ne croit pas aux grandes unités mécaniques. Leur rôle, défini par l'instruction de 1930, n'a pas été modifié. << Le char ne peut être qu'un engin d'accompagnement. Les chars ne sont que des moyens supplémentaires mis temporairement à la disposition de l'infanterie. Ils renforcent considérablement l'action de celle-ci mais ne la remplacent pas. >> Les généraux croient aux champs de bataille fortifiés, aux nappes de feu, aux masses d'infanterie.

Le matériel anti-aérien est insuffisant bien qu'il comprenne le meilleur canon antiaérien de l'époque, le 90. Le matériel de défense contre les blindés compte deux pièces, un bon canon de 25 et un canon de 47, la meilleure arme de sa catégorie. L'armement de l'infanterie est satisfaisant. Un fusil démodé, un excellent fusil mitrailleur, une bonne mitrailleuse lourde, deux types de mortiers efficaces. Mais pas de pistolet mitrailleur, l'arme du combat rapproché, ni d'arme typique de la défensive, la mine antipersonnel pourtant aussi facile à fabriquer que les assiettes en fer.

L'Angleterre et la France disposent, en additionnant leurs forces aériennes, de 3 450 avions dont 1 730 pour la France contre 4 500 avions allemands. Mais l'addition est une opération menteuse. La majeure partie des chasseurs britanniques, dont les fameux "Spitfire", sont réservés à la défense du Royaume Uni. Du côté français, les formations de bombardement sont très faibles, notamment pour le bombaedement en piqué, auquel le commandement ne croit pas. Les appareils capables d'exécuter ce type de mission n'existent qu'à l'état d'échantillons... Sept bombardiers modernes seulement sont disponibles!!

Georges Mandel, ministre des Colonies, qui a grandi politiquement en 1917 dans l'ombre de Clemenceau, prédit des heures dramatiques: << Ces gens-là ne veulent pas se battre >> dit-il de Daladier et de Gamelin. << Je vous le dis, la Ligne Maginot est vulnérable, elle sera percée ou contournée quelque jours >> confie-t-il à Pertinax. Il se trompe. Elle restera invaincue.

Sous son impulsion, l'Empire est mobilisé. Du Tonkin à Madagascar, de Dakar à la Nouvelle Calédonie, il apporte à la France ses énormes réserves de matières premières et plus encore... ses enfants dont les pères ont déjà prouvé la valeur en 1914-1918. Mandel, pugnace et méthodique, s'érige en rassembleur de ces forces gigantesques. Il a pris l'engagement public de porter les effectifs coloniaux de trois cent mille à deux millions. Mais gronde avec colère: << La plus grande infériorité de notre armée réside dans la cervelle de ses généraux. Ils attendent l'ennemi derrière leurs fortifications en espérant le battre. >>

D'évidence, la confusion règne dans les états-majors, celui de George le britannique, et de Gamelin le français ont divorcé, l'un restant à la Ferté-sous-Jouarre, l'autre autour de Meaux. Le généralissime Maurice Gamelin, commandant en chef des armées, s'est lui-même installé dès les premiers jours du conflit au fort de Vincennes, aux portes de Paris, près du gouvernement, du Parlement et des "salons politiques". Un séjour lugubre et isolé. Le généralissime a établi son bureau dans une casemate. C'est là qu'il travaille et consulte les premières dépêches... apportées par les plantons.

Car aussi stupéfiant que cela paraisse, le généralissime n'a ni poste de radio récepteur-émetteur, ne reçoit aucune information directe des théâtres d'opérations, ne capte pas les messages des armées. Pas même un colombier pour accueillir un pigeon voyageur. Le jeune officier qui propose l'utilisation d'un téléscripteur se fait seulement demander s'il prend << les ordres militaires pour les résultats des courses! >>.

Gamelin est titré. Major de promotion à Saint-Cyr. Collaborateur apprécié de Joffre. Commandant des troupes du Levant. Successeur de Maxime Weygand. Il est depuis cinq ans l'homme de la politique militaire française. Malgré toutes ses références, il n'en impose pas. Certes, il fait digne avec son visage rond et ses yeux bleus << qui attendent >>. Il joue la sérénité d'un grand sage. Mais le calme appliqué finit par créer un malaise.

Des jugements sévères se font entendre. Gamelin? << Un ruminant assis >>, << Un brave militaire totalement dépourvu d'imagination >>, << une tête rouillée par la routine >> et la phrase exécutive de Lord Gort, commandant le corps expéditionnaire britannique: << He is not a fightingman! >> (littéralement: ce n'est pas un combattant!).

Quand se déclenche l'attaque allemande du 10 mai 1940, un tonnerre de feu ébranle la France surprise et atterrée. La "guerre blanche" est finie. La vraie guerre, brutale, sauvage, meurtrière, écrase et enfonce tout. L'assaut des Panzers et de la Wehrmacht ne peut être une surprise pour Gamelin: il a eu huit mois pour s'y préparer. N'avait-il pas annoncé dès décembre 1939 que suivant les plus grandes probabilités le choc se produirait précisément en mai? Il avait même déclaré à l'attaché militaire italien, le général Visconti Prasca << qu'il était prêt à donner un milliard aux Allemands s'ils lui faisaient le plaisir d'attaquer les premiers >>.

Pierre Darcourt
LVDC / n° 1749 / 11 - 09

Par François Gervais - Publié dans : Récits de guerre - Communauté : Passion Histoire
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Lundi 16 novembre 2009 1 16 /11 /Nov /2009 07:44


La gendarmerie a mis en ligne son nouveau site internet. Cet espace, résolument tourné vers le service rendu au citoyen avec la mise en ligne de nouvelles rubriques, constitue un outil d'information utile et une vitrine de son identité propre. Son adresse?

www.gendarmerie.interieur.gouv.fr


Le Cercle National des Armées, la Maison des officiers de France, pour toutes vos manifestations et organisations de réceptions, séminaires, ou tout autre réunions et spectacles. Le Cercle se met à votre disposition pour vous satisfaire.

http://www.cnaparis.com/

Par François Gervais - Publié dans : Site internet
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Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /Nov /2009 05:05

LES ANNEES NOIRES 1939-1945

Magistrat honoraire, mobilisé en 1939 puis réfugié dans la clandestinité, l'auteur propose une autre approche de la vérité historique, rigoureuse, s'appuyant sur les documents juridiques et sur l'avis des grands juristes, dans le respect du droit. Voici quelques-unes de ses conclusions:

- Les traités de 1921 et 1925 (Locarno) n'imposaient pas une intervention automatique en cas d'agression allemande contre la Pologne, la France n'était tenue qu'à un recours à la SDN.

- Le vote à main levée des crédits militaires le 2 septembre 1939, ne faisait pas référence à la déclaration de guerre, celle-ci était donc anticonstitutionnelle.

- L'armistice signé le 21 juin était préférable à la capitulation, qui aurait signifié soumission totale de la France; Hitler a commis l'erreur de laisser la France en AFN.

- L'accord franco-anglais du 28 mars 1940, de ne pas négocier séparément, a été conclu par Paul Reynaud sans consultation du Cabinet de guerre (Daladier hostile); le gouvernement n'était donc pas tenu de demander à être délié de son engagement.

- L'obligation de livrer à l'Allemagne ses ressortissants réfugiés en France n'a été appliqué que pour quelques personnalités; les légionnaires et déserteurs ont été dissimulés; 75 000 juifs cependant ont été déportés, 28% étant Français; selon Paxton, le gouvernement n'avait pas prévu l'horreur des camps.

- La loi du 10 juillet 1940 instituant l'Etat français a été votée par le quorum de 569 députés contre 80, elle était donc légale. La République n'était pas abrogée; la légitimité de Vichy n'est mise en cause qu'après le retour de Pierre Laval (17 avril 1942), et l'invasion de la zone libre. Mais Roosevelt la reconnaît encore en mars 1944, et l'adhésion populaire la confirmait en avril à Paris, Nancy et Rouen.

- Lors du procès du maréchal Pétain, l'instruction a été bâclée; avant d'avoir comparu, il était condamné par des jurés partisans, on a fait le silence sur les accords franco-anglais de décembre 1940, oubliés par Churchill mais confirmés plus tard par le département d'Etat.

D'autres chapitres évoquent le procès de Riom, le non-lieu de Weygand, la "drôle de guerre", les partisans des chars, le réduit breton et le repli en AFN, l'Appel du 18 Juin, les affaires de Mers-el-Kébir, Dakar et de Syrie, l'épuration, le plan Manstein, le Journal de Ciano, les déclarations de Béria sur les projets d'invasion de Staline, la résistance de Malraux, Sartre, Saint-Exupéry et Mauriac.

Cette analyse dépassionnée des textes et des évènements apporte certaines remises en cause de la vérité historique officielle, elle mérite la lecture.

Maurice Faivre
LVDC N° 1749 / 10-09

LES ANNEES NOIRES 1939-1945
Droit et Histoire
Pierre Chandelier
Editions L'Esprit du Livre (Collection l'Histoire et mémoires combattantes)
350 pages, dont 25 pages d'annexes.

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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /Nov /2009 07:56


Je reviens sur l'article qui avait été mis en ligne il y a quelques mois sur le combat de Blanche Maupas, afin de réhabiliter la mémoire de son mari Théophile, fusillé en 1915 (en compagnie d'autres "poilus"), au motif d'avoir refusé de se battre.
1914-1918, les fusillés pour l'exemple: le combat de la veuve Maupas

Mercredi 11 Novembre, France 2 diffuse à 20h 35 une évocation historique relatant l'histoire de cette femme. C'est l'un de ces téléfilms coups de poing que l'on porte longtemps dans un coin de sa mémoire.

Ce qu'il nous raconte est une histoire vraie: celle d'un instituteur d'un petit village de la Manche qui fut, le 16 mars 1915, fusillé pour l'exemple. Officiellement, il aurait refusé de se battre. Mais sa veuve, Blanche (Romane Bohringer), n'y croit pas. Jamais son THéophile (Thierry Frémont) n'aurait fait çà. Alors, elle enquête et apprend qu'on lui a menti. Et jusqu'à la fin de sa vie, en 1962, elle se battra sans relâche pour obtenir sa réhabilitation.

http://www.relay.fr/indexFlash.php#familles/tvdvd/14410-blanche-maupas-avec-romane-bohringer-en-novembre-sur-france-2-le-courrier-de-la-tele

Ecrit par Alain Moreau, à qui l'on doit déjà un documentaire sur les fusillés de la Grande Guerre, et mis en scène par Patrick Jamain, ce téléfilm dénonce l'injustice, le mensonge et la bêtise.

François GERVAIS
secrétaire de l'ULAC

Par François Gervais - Publié dans : Télévision - Communauté : Passion Histoire
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Jeudi 29 octobre 2009 4 29 /10 /Oct /2009 07:40


En 1943, le gouvernement de l'Etat français décide pour des raisons de sécurité de regrouper les détenus politiques de la zone sud, alors considérés comme plus dangereux que des criminels, dans la maison centrale d'Eysses à Villeneuve-sur-Lot.

Ces détenus de toutes origines politiques, philosophiques, religieuses, nationalités, anciens des maquis ou des brigades internationales en Espagne, militaires, simples réfractaires au STO, ont un point commun: celui de lutter pour libérer le territoire français de l'oppression fasciste. Entre eux, ils organisent une forte solidarité.

Solidarité matérielle avec le partage des colis au niveau des gourbis. Les détenus s'autogèrent, assurent l'hygiène et l'entretien des lieux, la sécurité, organisent des séances de culture physique. Solidarité intellectuelle, Eysses devient une véritable université des savoirs. Chacun donne et reçoit. Des cours sont organisés et animés par exemple en physique par Georges Charpak, futur Prix Nobel. Des spectacles de musique et de théâtre sont montés.

Un journal clandestin circule. Des nouvelles orales sont transmises chaque jour par des portes paroles après écoute des informations sur un poste émetteur-récepteur clandestin. Entre tous ces hommes, les valeurs d'égalité et de fraternité prennent tout leur sens. L'administration pénitencière débordée par cet afflux de détenus dont elle n'a pas l'habitude, laisse faire et même recule devant les exigences quotidiennes des détenus présentées sur un mode revendicatif par des délégués gaullistes et communistes; les deux courants étant réunis dans un front de libération et organisés par préau. Il ne manque plus à ses résistants enfermés derrière de hauts murs, que de vivre à nouveau pleinement la valeur de liberté.

Un premier affrontement entre prisonniers et gendarmes mobiles empêche le transfert d'une centaine d'entre eux, internés administratifs et emprisonnés sans condamnations. Ce premier succès les encourage à aller plus loin et à préparer une "sortie tous ensemble". Mais le 3 janvier 1944, l'évasion d'une cinquantaine de prisonniers conduit à un changement de direction à la tête de la prison et à la découverte pour les internés, de l'existence d'un régime politique au coeur de l'état pétainiste dans une France occupée par l'armée nazie.

Un milicien, ami personnel du secrétaire général au maintien de l'ordre et chef de la Milice, Joseph Darnand, est nommé. Il organise aussitôt un régime de terreur dans la prison. Les prisonniers politiques craignant de voir leur plan découvert et d'être inéluctablement déportés, sont alors conduits à précipiter leur projet d'évasion collective. Ils profitent de la visite d'un inspecteur général des prisons pour le prendre en otage avec le directeur, mais également soixante dix gardiens et surveillants, et ainsi se rendre maîtres de la maison d'arrêt. Mais un incident fortuit conduit à donner l'alerte.

Malgré un combat qui dure douze heures, les détenus ne parviennent pas à sortir. Face aux forces allemandes appelées en renfort, ils doivent rendrent les armes. Le gouvernement de Vichy découvre que sa centrale "modèle" est un contre-exemple! Joseph Darnand qui vient d'instaurer les Cours Martiales expéditives se déplace en personne et exige cinquantes têtes. La résistance administrative du préfet et d'un commissaire de police dépêchés sur place, conduit à freiner l'ardeur sanguinaire de la Milice. Mais, quatorze hommes sont traduits devant la Cour Martiale constituée de juges miliciens français qui ont assisté aux interrogatoires et aux divers sévices. Douze sont condamnés à être passés par les armes.

Ils meurent debout, attachés à des poteaux et encagoulés afin que les tireurs ne croisent pas leur regard. Ils chantent le << Allons enfants >> de La Marseillaise et le << pour elle, un Français doit mourir >> du Chant du Départ. Ces hommes seront fusillés par des gendarmes français. Ils avaient simplement tenté de s'évader avec leurs camarades de détention pour rejoindre les maquis et oeuvrer à la Libération du territoire national. Les mille deux cent autres prisonniers seront déportés à Dachau. Quatre cent d'entre eux y perderont la vie.

Ces morts éclairent la nature de la France en 1944: une dictature, une société de juges, de gardiens et de gendarmes capables d'assassiner sans preuve, sans aveu, sans défense, et surtout, sans aucun recours.

Face à cette pulsion de mort, à cette France mortifère, il y avait la pulsion de vie de ces résistants porteurs des valeurs de solidarité et de savoir, d'humanité et de liberté, dans ce qu'ils appelaient entre eux la République d'Eysses, et qui n'était rien d'autres que l'embryon de la société républicaine dans laquelle nous vivons et où subsistent encore de grands systèmes de solidarité et de liberté d'expression. Nous vivons aujourd'hui dans cette société là parce que ces hommes se sont battus pour ça.

Un livre leur a été consacré, fondé sur une double approche. Approche historique étayée par des témoignages et des documents d'archives, dont certains d'une grande force narrative, sont totalement inédits; approche phénoménologique à l'écoute des paroles d'amis et de parents recueillis sans jugement dans un récit simplement écrit au présent, à la vue de leurs photographies et de leurs lettres quand il a été possible d'en retrouver la trace. Dans cette approche, le lecteur est au centre de la découverte de ces existences si riches et tellement diverses, mais également de leur mort commune.

Au-delà du caractère épique de l'évènement et de la dimension sacrée de leur mort, les auteurs ont seulement voulu essayer de comprendre qui étaient ces hommes que l'appellation "martyrs" ou "héros" recouvrent souvent d'un voile d'anonymat, ces frères humains porteurs d'utopie et capables de métamorphose.

Michel Lautissier
Notre Musée (Revue de l'Association du Musée de la Résistance nationale)
N° 170 / 04 04

DOUZE FUSILLES POUR LA REPUBLIQUE
Auteurs: Corinne Jaladieu et Michel Lautissier
Editeur: Conseil Général du Lot-et-Garonne
250 pages

Pour un développement plus fouillé sur les évènements de la Centrale d'Eysses, nous vous conseillons d'aller visiter le site consacré au souvenir de ces douze fusillés. Vous y trouverez des témoignages et des photos relatant l'histoire de ces hommes sacrifiés.
http://www.eysses.fr/


Un site personnel qui évoque la Centrale d'Eysses
http://monsite.orange.fr/nihainenioubli/page8.html

Par François Gervais - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passion Histoire
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Dimanche 18 octobre 2009 7 18 /10 /Oct /2009 08:08


Le dimanche 3 septembre 1939, moins d'un an après les "Accords de Munich", l'Angleterre et la France décident de porter secours à la Pologne envahie par les troupes nazies. Entre Londres, Paris, Rome et Berlin, des coups de téléphone dramatiques s'échangent durant deux jours et deux nuits. Hitler, sommé de retirer ses troupes de Pologne, refuse. La Seconde Guerre mondiale vient de commencer...

Sur le terrain, Hitler n'a pas lésiné. Une provocation bien montée, d'abord. Le 31 août à 20 heures, à Gleiwitz, une ville proche de la fontière polonaise où se trouve une station radio, Alfred Naujocks, un officier SS qui appartient au Sicherheitdienst (SD) de Reinhard Heydrich, reçoit l'ordre d'entrer en action. Sa mission, simuler une attaque polonaise contre la station allemande. Tout a été prévu. Les morts sur le terrain sont des prisonniers des camps de concentration revêtus d'uniformes polonais et abattus sur place. Hitler tient son prétexte. A l'aube du 1er septembre, sans avertissement, les troupes allemandes franchissent la frontière sur plusieurs points. Le cuirassé "Schleswig-Holstein" ouvre le feu de toutes ses pièces sur Dantzig où vit une forte communauté germanique. Le Gauleiter nazi Forster annonce que << la ville a proclamé l'Anchluss >>. Puis il déclare que << la cité libre de Dantzig, son territoire et sa population font partie intégrante du Reich avec effet immédiat >>. En Prusse orientale, en Poznanie du Sud, en Silésie, à la frontière slovaque, de violents bombardements détruisent les noeuds de communications et les positions de résistance.

Moins de 48 heures à peine après le déclenchement de la Blitzkrieg (la guerre éclair), les armées polonaises sont déjà rompues, les divisions tournées et coupées les unes des autres. Les Panzerdivisionen poursuivent leur avance. Au nord, la IIIe Armée du généraloberst Georg von Kuchler atteint Mlawa, dont les défenseurs protègent Varsovie, et fait sa jonction avec la IVe Armée de Gunther von Kluge, prenant ainsi en tenaille le corridor de Dantzig. Au centre, la Xe Armée de Walter von Reichenau. Au sud, la XIVe Armée de Wilhelm von List qui monte de Cracovie.

En vain, l'aviation et l'armée de Terre polonaise se sacrifient en se jetant à corps perdu dans les combats. En vain, volants sur des appareils de modèle nettement inférieurs à ceux des avions allemands, les pilotes polonais multiplient les exploits allant jusqu'à foncer sur leur adversaire quand ils ont épuisé leurs munitions. En vain ont-ils abattu 32 appareils en deux jours. La Luftwaffe a balayé du ciel ou détruit au sol... 300 avions polonais!

La majeure partie du Parlement polonais s'engage. Des milliers de femmes réclament des armes pour aller combattre. Varsovie se hérisse de tranchées. Une foule immense défile devant les ambassades de France et de Grande-Bretagne, jette des bouquets de fleurs par-dessus les grilles, chante des couplets de La Marseillaise et le God Save The Queen. Les Polonais attendent sous les bombes un message clair de leurs alliés.

A Paris, la population ne croit pas à l'imminence de la guerre. Le soleil de septembre perce sous les nuages. Il fait doux. Sur les grands boulevards, il y a de longues files d'autobus et de camions réquisitionnés. Les théâtres et les cinémas ferment. Les courses de chevaux sont annulées. Les églises sont pleines jusqu'aux parvis de fidèles qui prient avec ferveur. Dans le quartier de l'Opéra, des agents de la défense passive organisent une distribution de masques à gaz. La radio conseille: << Eteignons les lumières. >> Le métro circule à circuit réduit. Les caves sont recensées. Elles serviront d'abris. La population est calme. Les terrasses de café sont bondées. Trente mille enfants ont été évacués par trains spéciaux.

Edouard Daladier, le Chef du Conseil, têtu et râblé, tient le pouvoir. Dans l'après-midi de ce samedi 2 septembre, il a obtenu un vote à main levée de 65 milliards de Francs pour ouvrir les hostilités en cas de refus du dictateur nazi de suspendre son offensive en Pologne. Le général Gamelin, chef de l'état-major général des armées, appelé en consultation, descend de son interminable Hotchkiss noire. Leggins cirées, baudrier astiqué, le visage immobile, le pas lourd, il a 67 ans.

A Daladier qui le consulte, il demande un délai de 24 heures. Les routes de France et le rail sont encombrées cette nuit-là de convois militaires qui pourraient être attaqués par la Luftwaffe. La France compte, réservistes inclus, près de cinq millions d'hommes sous les armes. Le généralissime est confiant. Il est persuadé que Hitler tombera dès que la France déclarera la guerre. Il l'a dit publiquement: << Nous entrerons en Allemagne comme dans du beurre... >>

Londres presse Paris d'adresser un ultimatum commun à Berlin. Churchill, des sanglots dans la voix, téléphone à Varsovie pour assurer les Polonais du soutien des Britanniques. La révolte gronde à la Chambre des Communes contre le gouvernement qui devrait enjoindre avec énergie à Hitler d'évacuer le territoire polonais. Le Premier ministre britannique Sir Neuville Chamberlain prévient Edouard Daladier que << quoi que fassent les Français, l'Angleterre agira >>. Le 3 septembre, à 9 heures du matin, Sir Neville Henderson, représentant la Grande-Bretagne à Berlin, lit au Dr Schmidt, l'interprète personnel d'Hitler, l'ultimatum de son gouvernement.

De son côté, quelques minutes avant midi, Robert Coulondre, ambassadeur de France en Allemagne, donne lecture à Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du IIIe Reich, du texte de l'ultimatum français.  -Très bien, répond l'Allemand d'une voix glacée. La France sera l'agresseur.

Cette fois, une aventure terrible s'ouvre à l'Europe et peut-être au monde...

En Pologne, la bataille se poursuit. Le 5 septembre, plusieurs faubourgs de Varsovie sont touchés par un bombardement mené par près de 80 bombardiers, dont 19 seront abattus. De la capitale on entend sans arrêt le canon. La ville est traversée par de longues files de paysans réfugiés fuyant, dans des directions opposées, l'envahisseur. Des camions, aussi vite que le permet cette affluence, emportent des troupes vers les différents fronts. Le gouvernement quitte Varsovie. Le corps diplomatique suit. A l'Est, les Russes arrivent. Le bruit court qu'un accord est intervenu entre Berlin et Moscou pour le partage du pays*.

Les troupes allemandes avancent toujours. Des divisions polonaises isolées se battent avec acharnement. D'abord proclamée "ville ouverte", Varsovie se défend. Le lendemain du repli du gouvernement polonais, la radio allemande avait annoncé que les troupes du Reich y feraient leur entrée dans la soirée. La population en a décidé autrement. Les ouvriers se sont armés, ont dressé des barricades et les avant-gardes allemandes ont été reçues à coup de mitrailleuses. Durant des jours, la ville incendiée, écrasée sous les bombes, se défend héroïquement.

Le 17 septembre, l'Armée Rouge envahit la Pologne par l'Est. Le gouvernement polonais fuit en Roumanie. Varsovie résiste désespérément. Le 27 septembre, défendue par un général polonais qui s'appelait... Rommel, la ville capitulera. Les Allemands lui accordent les honneurs de la guerre. L'URSS prend sous "sa protection" la vie et les biens de la population de l'Ukraine et de la Russie blanche occidentale. C'est la fin de la Pologne du maréchal Joszef Pisuldski.

Londres et Paris sont stupéfaits. L'état-major polonais était sûr de tenir six mois. Son armée s'était effondrée en moins de quatre semaines. Que s'était-il passé? Varsovie avait sans conteste sous-estimé la puissance, la mobilité et les qualités tactiques de la Wehrmacht. Hitler n'avait pas hésité sur les moyens. L'OKW (Oberkommando der Wehrmacht/Haut-Commandement de l'armée), avait engagé contre la Pologne la moitié de ses forces (70 divisions), la totalité de ses divisions blindées (quatre), ses divisions motorisées (cinq), et tous les avions de première ligne (2 500 appareils).

Face au "rouleau compresseur" allemand, fin prêt pour la Blitzkrieg, les Polonais avaient affirmé à leurs alliés français et anglais disposer de quatre-vingt divisions prêtes à intervenir. Peut-être le croyaient-ils eux-mêmes. En fait, ils ne pouvaient aligner que trente divisions d'infanterie, une quarantaine de régiments d'artillerie, trente-sept régiments de cavalerie prêts à tous les héroïsmes, mais de peu de poids face aux Panzer, et... une centaine de chars de divers modèles assez anciens et 320 avions. Les forces navales étaient très modestes.

Malgré les rodomontades du maréchal Ridz Smigly, Hitler était sûr de détruire cette armée en retard d'une guerre. Avec une folle présomption et un manque total du sens des réalités, l'état-major mégalomane polonais avait massé l'élite de ses troupes, soit 13 divisions, aux environs de Posen << pour marcher sur Berlin >>. Le maréchal Smigly, commandant en chef des Armées avait même déclaré à Gamelin qu'il opposerait aux blindés de Hitler << les raids de l'excellente cavalerie polonaise... >>.

Après cette campagne foudroyante, une des trois armées alliées était rayée des contrôles. Hitler, associé à Staline, était assuré de ne plus avoir à lutter sur deux fronts. Le Führer annonçait à son peuple que la Wehrmacht n'avait perdu que 10 000 hommes et avait fait 450 000 prisonniers. Staline, lui, en annonçait 200 000. La Pologne occupée, vaincue, asservie, dépecée était "finie".

Le coup d'assommoir porté aux Polonais aurait dû arracher nos politiques et notre état-major à la somnolence qui les anesthésiait. Il annonçait l'orage de fer et de feu qui allait s'abattre sur la France et la mettre à genoux. Or, durant près de huit mois sur des positions figées, la majorité des soldats français ne tira pas un seul coup de fusil, à part les bagarreurs professionnels des Corps francs. Convois militaires et trains de voyageurs circulent paisiblement de chaque côté du Rhin. Pertinax dans "L'Echo de Paris" parle << d'un armistice de fait >>. André Billy dans "L'Oeuvre" lance l'expression << la drôle de guerre >>. Les Allemands, de leur côté, disent << der Sitzkrieg >>, "la guerre assise". Le réveil sera douloureux et secouera le monde...

Pierre Darcourt
LVDC N° 1748 / 10-09

Le pacte germano-soviétique sera signé le 23 août 1939. Le 26 septembre, un décret prononce la dissolution du PCF. Les maires et conseillers communistes sont suspendus de leurs fonctions. Le gouvernement ordonne l'ouverture devant le tribunal de Paris, d'une information pour << intelligence avec l'ennemi >> contre les parlementaires communistes. Entre le 5 et le 10 octobre, trente-trois parlementaires communistes sont incarcérés. Sont en fuite: Jacques Duclos, Gabriel Péri, Charles Tillon, Gaston Monmousseau et Maurice Thorez (désertion). Le journal l'Humanité sera interdit de parution.

Par François Gervais - Publié dans : Seconde Guerre mondiale - Communauté : Passion Histoire
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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /Oct /2009 06:01

Le Prix 2009 Erwan Bergot* a récompensé le général de corps d'armée (2S) Dominique de La Motte, pour son ouvrage "De l'autre côté de l'eau", publié aux éditions Tallandier. Dominique de La Motte, général en retraite, a écrit pour ses petits-enfants le témoignage d'une période particulièrement intense de sa carrière militaire, alors qu'il était lieutenant en Indochine. Initialement destinée à son cercle familial, cette histoire peu banale a séduit un éditeur, Tallandier. De l'autre côté de l'eau, au style juste et attachant, a conquis le jury du Prix Erwan Bergot. Dans un récit simple et authentique, l'auteur restitue en effet avec beaucoup de finesse et d'humour, les responsabilités immenses d'un jeune officier de 26 ans immergé dans la guerre, loin de la métropole, à la tête de soldats Indochinois. L'art du commandement y apparaît sans fard, avec tout ce qu'il comporte de difficultés, de questionnement personnel, mais aussi de grandeurs et de satisfactions.

L'histoire est aussi courte qu'une vie. Un homme se penche sur son passé. Il a vingt ans, il fait sa guerre. Pour ses supplétifs indigènes aux confins de la Plaine des Joncs, il est roi. Sa mission: créer une zone interdite pour le Viêt-minh. Un jour, il traverse le fleuve, et il tue. Entre remords et nostalgie, un témoignage intemporel sur la liberté et le plaisir de la guerre, écrit à la pointe de la lame.

Surplombée de trop haut pour la grande tragédie de Dien Bien Phu, recouverte ensuite par le conflit algérien, la guerre d'Indochine est une guerre oubliée. Par la force de son récit, Dominique de La Motte nous la jette au visage.

En décembre 1950, de Lattre atterrit au Vietnam avec pour mission de restaurer sur place une situation militaire très dégradée au Nord (depuis l'année 1949 et grâce à l'aide massive de la Chine désormais communiste, le Viêt-minh a infligé au Tonkin de lourdes pertes au Corps Expéditionnaire Français). Au Sud en revanche, en Cochinchine, la situation est bien plus favorable, au point que la pacification y paraît en bonne voie. C'est là que de Lattre, lors de l'une de ses visites sur le terrain, prescrit la mise sur pied de deux commandos de partisans.

Le lieutenant de La Motte est l'un des deux volontaires. Le 23 février 1951, il prend la direction du commando 12, à Can Khoi. Il le quittera le 6 juin 1952. Can Khoi est adossé à une plantation d'hévéas de 700 hectares disposant de ses propres partisans, et dont le directeur finance le logement et les travaux de protection du poste français.

Le commando compte 130 hommes, Anamites de Cochinchine et surtout Khmers de la Plaine des Joncs ou du Cambodge. Avec eux, le jeune lieutenant de 26 ans est roi de guerre. C'est lui qui trace la ligne entre le licite et l'illicite, car toute autorité émane de sa personne. Il préside aux mariages, arbitre les conflits, assiste aux fêtes, décide des uniformes et dessine même l'insigne de son unité.

Avec ses partisans, il mène la "guerre des postes", caractéristique du conflit indochinois. Une guerre faite de longues patrouilles sans cesse recommencées, de jour comme de nuit, d'embuscades généralement manquées, de villages brûlés, de contrôles des populations, de recherche du renseignement, de saisies de butin aussi.

Cette guerre, le lieutenant l'instille dans un espace dont la base ne compte qu'une trentaine de kilomètres, mais qui vers le nord est sans limite: après la zone interdite, se présente un affluent de la rivière de Saïgon, le rach de Tay Ninh; voici l'eau, l'eau enfin traversée pour un jour atteindre l'ennemi. Pour tuer un autre roi de guerre.

Général de cavalerie à la retraite, Dominique Gourlez de La Motte est Saint-Cyrien (promotion 1945-1947).

LVDC N° 1748 / 10-2009

* Le "Prix littéraire de l'Armée de Terre Erwan Bergot", récompense un ouvrage contemporain de littérature française qui témoigne d'un engagement actif, d'une véritable culture de l'audace au service de la collectivité. En distinguant un livre grand public, le "Prix littéraire de l'Armée de Terre Erwan Bergot" affirme ainsi la reconnaissance d'un état d'esprit commun à la société et à l'armée de Terre: solidarité, dévouement, dépassement de soi, courage et adaptation.

Par François Gervais - Publié dans : Livres, DVD et Multimédia - Communauté : Anciens Combattants
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Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /Oct /2009 07:55


5. LES EFFETS DU MARCHE NOIR.

Tout d'abord, une remarque. Après la Libération, le marché noir ne disparaîtra pas tout de suite: le rationnement demeurant, il survivra quelques temps à la défaite allemande. Le marché noir, en détournant au profit des privélégiés de la fortune une part importante de la production agricole, est un des responsables du mauvais état de santé des Français.

L'ACCROISSEMENT DE LA MORTALITE ET L'INSUFFISANCE DE LA CROISSANCE.

La mortalité qui, en 1937, était de 12 pour 1 000, atteint en 1943, 17,8 pour 1 000. 30% de tuberculeux de plus qu'en 1939. La sous-alimentation, déclare M. Gerthoffer, représentant la France au Tribunal de Nuremberg, fut la cause indirecte de milliers d'autres décès. La croissance des enfants et des adolescents est assez sérieusement compromise et l'avenir de la descendance est un motif de vive inquiétude.

Une étude d'ensemble de la population française durant les quatre années d'occupation allemande permet de tirer les conclusions suivantes:

1) Les départements agricoles sont les seuls où, durant cette période, on constate un exédent des naissances sur les décès. Ceux dans lesquels les naissances ont dépassé de beaucoup les décès sont, dans l'ordre décroissant: la Manche (192 naissances pour 10 000 habitants), la Sarthe (191), le Calvados (189), le Maine-et-Loire (188), la Haute-Savoie et le Doubs (187), l'Ille-et-Villaine, la Mayenne et le Pas-de-Calais (185).

2) Dans les départements industriels, la mortalité s'est accrue de 57% dans les Bouches-du-Rhône, de 29% dans le Rhône, et de 24% dans la Seine. Déjà, en 1943, une communication faite à l'assemblée des médecins de Toulouse, constate que le poids moyen des enfants est de cinq kilos et la taille de neuf centimètres au-dessous de la normale. Ces précisions n'ont rien de surprenant, car, en novembre 1944, dans les arrondissements les plus pauvres de Paris, les déficits de croissance atteignent 7 centimètres pour les garçons et 11 centimètres pour les filles de 14 ans.

Les médecins attachés au Laboratoire de physiologie de la Faculté de Montpellier (région de monoculture, donc particulièrement défavorisée), après une longue enquête (de 1941 à 1945) portant sur plusieurs centaines d'enfants, notent que 72% des sujets présentent une faculté rétinienne nettement inférieure à la normale, que 73 garçons sur 137 et 110 filles sur 174 souffrent de déficit de croissance.

LES CONSEQUENCES MORALES.

Ce sont, peut-être les plus graves, car certaines de ces conqéquences dureront quelque temps après la guerre.

L'existence du marché noir a causé l'effondrement de maintes valeurs morales. Pour faire vivre leur famille, nombre de Français ont été contraints d'accomplir des gestes immoraux. C'est ainsi qu'on vole de nombreux colis dans les gares, qu'on vole dans les champs  -on coupe du blé, on déterre des pommes de terre, on cueille des pommes-  qu'on vole dans les magasins d'alimentation, etc. L'ouvrier et le petit fonctionnaire, n'ayant pas les moyens d'acheter des vivres au marché noir, se... <<débrouillent>> comme ils peuvent. Tentés par les profits substantiels du marché noir, certains paysans s'enrichissent rapidement. Cet amoralisme causé par les circonstances, le besoin a crée chez certains Français le goût du gain facile, de l'entreprise risquée, immorale ou non...

Le goût de prendre, sous une forme ou sous une autre, tout ce qui paraissait leur manquer, pour tout dire un certain goût de facilité s'empara d'eux, dont ils éprouvent la plus grande peine à se désintoxiquer aujourd'hui et auquel ils ne substistuent qu'avec difficulté  -lorsqu'ils entreprennent de le faire-  le goût du travail régulier.

La France de 1945 voit errer de par son territoire de malheureux aventuriers qui ne l'eussent pas été sans les rigueurs de l'occupation, qui, instables, dévoyés, plus à plaindre qu'à blâmer, ne cherchent et ne trouvent d'aliment à leur besoin d'activité que dans le marché noir et la fraude. Ils ne saisissent pas que, la guerre terminée, un autre devoir est né pour eux, difficile, de longue haleine: celui de se mettre à la tâche, de rebâtir la France, de relever ses ruines et de peiner.

Pour conclure cet article, citons une anecdote de l'auteur, lorsque celui-ci, prisonnier de guerre en Saxe, nous raconte la dure réalité de l'après-guerre:

"En 1943, j'ai connu en Allemagne un jeune Français de vingt ans, de la région du Nord, marié et père de famille d'un enfant. Le gouvernement de Vichy l'avait réquisitionné et envoyé en Allemagne. Jusque là, ce jeune homme n'avait jamais travaillé et s'en vantait !"

"Comme je lui demandais comment, il pouvait vivre et faire vivre sa toute jeune femme et son enfant, il m'expliqua que, chaque semaine, il achetait un baril de harengs saurs et revendait ces poissons en quelques heures. C'était son seul travail en sept jours. Avec ce qu'il avait gagné ainsi au marché noir, il vivait tranquillement sans rien faire".

Inutile d'ajouter que ce jeune trafiquant ne tenait nullement à travailler et était furieux de devoir le faire maintenant. Le marché noir avait donc désaxé maints Français, qui, en 1945, eurent du mal à se réhabituer à mener une vie normale.

Louis Saurel
Histoire pour tous N° 84 / 04-67

Par François Gervais - Publié dans : Mémoire - Communauté : Passion Histoire
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