L'attrait de l'Histoire procure bien des surprises; On croit savoir l'essentiel et voilà que l'on découvre quelque évènement tout à fait significatif, lequel est passé inaperçu. C'est ainsi qu'il y a bien failli y avoir un "second Mers-el-Kébir" ou tout au moins un autre drame comparable. Voici essentiellement des extraits de l'article << La Force X à Alexandrie >> paru dans le "Miroir de l'Histoire" de janvier 1956, sous la signature de Jacques Mordal.
En mai 1940, les opérations alliées en Mediterranée sont confiées à l'amiral Cunningham, dont la force a été rejointe en rade d'Alexandrie par une escadre
française, dite "Force X", sous les ordres de l'amiral Godfroy. Cette flotte est composée du cuirassé "Lorraine", des croiseurs "Duquesne", "Suffren", "Tourville", "Duguay-Trouin", et enfin, des
torpilleurs "Basque", "Forbin", "Le Fortuné".
Une opération commune est programmée pour le 23 juin en Mediterranée orientale. Le soir du 22, les marins français ont la surprise de voir les cuirassées anglais, qui avaient déjà appareillés, retourner dans la rade... L'Amirauté britannique avait reçu de son gouvernement, l'ordre formel d'empêcher la "Force X" de rallier un port français lorsque l'armistice interviendrait.
Dans la nuit du 24 juin, l'amiral Godfroy fait informer l'amiral Cunningham qu'il vient de recevoir l'ordre de quitter Alexandrie sans retard, et se dispose à appareiller le 25 à 8 heures du matin pour Beyrouth. Par retour, l'amiral anglais le prie de ne rien faire, les consignes de son Amirauté s'opposant formellement à ce qu'il appareillât d'Alexandrie pour l'instant. Godfroy s'incline. Il espère encore que l'accord avec l'Italie n'aboutira pas et que la guerre continuera contre la flotte du Duce en Méditerranée...
Aux pressions des Allemands on répond: force majeure, nous multiplions les interventions par la voie diplomatique... (Alexandrie était en Egypte pays neutre !)
Sir Andrew Cunningham est un officier d'une classe exceptionnelle. Il allie à
ses qualités de marin, le sens inné du compromis qui caractérise les Anglais. L'amiral René Godfroy ne cache pas ses sympathies britanniques. N'a-t-il d'ailleurs pas contracté mariage avec une
anglaise ? En rapport journellement avec Cunningham, il connait bien son interlocuteur.
Les affaires se corsent: le 2 juillet (le drame de Mers-el-Kébir aura lieu le lendemain), l'amiral Cunningham fait demander à Godfroy de passer le voir, et lui expose l'ultimatum reçu de l'Amirauté britannique, qu'il juge d'ailleurs << utterly repugnant >>.
L'ultimatum anglais comporte trois hypothèses:
1. Mettre à la disposition des Britanniques la "Force X" armée par des volontaires.
Réponse: incompatible avec mon devoir militaire.
2. Accepter de la désarmer sous surveillance britannique.
Réponse: c'est celle que je préfèrerait si mes chefs m'y autorisent.
3. La couler.
Réponse: ce serait malheureusement la seule à envisager, si la seconde n'est pas possible... faudrait-il encore appareiller pour se saborder au large.
Cunningham comprend que rien ne presse pour ce geste fatal et décision est reportée au 6 juillet.
A l'annonce du drame de Mers-el-Kébir, l'amiral Godfroy bondit sur la << Warspite >> (navire amiral de Cunningham), crie son indignation et proclame
que toutes ses promesses antérieures deviennent nulles.
De retour sur son navire amiral, il sait que Cunningham, encore plus torturé que lui, va passer la nuit à chercher une solution. Oui mais, il y a des pressions de Londres, hâté d'en finir, et de Vichy, où l'outrage de Mers-el-Kébir a fait sursauter les plus raisonnables...
Au matin, la "Force X" se réveille au centre d'un cercle de canons et de tubes lance-torpilles dirigés contre elle. Mais son chef va marquer un point sur le plan psychologique. Sur tous les navires de la "Force X", le clairon << envoie >> aux postes de lavage, et sous la menace des canons anglais, pantalons retroussés, pieds nus et fauberts en mains, les matelots s'activent à la propreté. A trois encablures des 380 du "Warspite", un gabier arrose conciencieusement la plage avant du "Duquesne"; ailleurs un << ratier >> rectifie la ligne de flottaison. Ailleurs encore, un << sans-spé >> brique au Naol les tapes de bouches de ses canons ou les lettres du nom de son bâtiment.
Les Anglais en restent assis et le disent ! Il y a un bon moment qu'ils s'ennuient derrière leurs pièces lorsqu'un officier de l'état-major de Cunningham s'en vient supplier -c'est le mot- l'amiral Godfroy de ne rien faire d'irréparable. Ce dernier n'a aucune peine à répondre que des deux, ce n'est pas lui qui cherche des difficultés à l'autre, et l'officier français qui reconduit l'émissaire anglais à la coupée, profite de l'occasion pour lui demander innocemment, s'il n'estime pas dangereux de maintenir les canons anglais braqués sur les bateaux français.
Une bêtise est si vite arrivée Il n'y a pas une minute que l'officier anglais est de retour sur le "Warspite", que l'on voit les tourelles anglaises revenir bien
sagement dans l'axe.
Sur ces entrefaites, deux avions italiens viennent bombarder l'escadre, et le "Tourville" gratifie l'assaillant d'une rafale promptement réglée. Au diable l'armistice !
Finalement Godfroy propose de faire débarquer son mazout et déposer au consulat de France les obturateurs de ses grosses pièces ainsi que les mises à feu des petites. << De ma vie, écrira Cunningham, je n'ai éprouvé une si complète impression d'apaisement et de reconnaissance qu'à la conclusion de cet arrangement >>.
La "Flotte X" devait ainsi rester << prisonnière >> à Alexandrie... ce qui n'a pas empêché de curieux arrangements avec le commandement anglais quant aux ravitaillement de la "Force X", et même à la relève et aux permissions des personnels français ! Du "Duquesne", le lieutenant de vaisseau Honoré d'Estienne d'Orves, officier d'ordonnance de l'amiral Godfroy, devait rejoindre la France Libre.
Mais ce ne sont point les épreuves qui ont manqué dans les relations franco-britanniques d'Alexandrie: l'affaire de Dakar, l'attaque de la Syrie alors que chaque matin, au lever des couleurs, la musique de l'amiral anglais jouait La Marseillaise avant le God Save The Queen, et puis surtout l'approche des troupes "Afrikakorps" à cent kilomètre d'Alexandrie, le dénouement étant suivi à Paris par Otto Abetz; associé probablement de toutes les menaces dont l'occupant est capable.
Le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord devait se transformer en
épreuve à Alexandrie: un beau matin, le 8 novembre 1942, la "Force X" se réveille dans un port à nouveau désert mais autour duquel dix-huit pièces lourdes de 120 mm ont pris position durant la
nuit. Certes par la suite, tout est rentré dans l'ordre. Il n'empêche que l'amiral Godfroy est très défavorablement impressionné par les procédés dont son escadre a été l'objet et écoeuré par la
façon dont ont été menées les opérations de débarquement, sans aucun souci des alliés d'éviter une recontre sanglante ! Mais la nouvelle du sabordage de la Flotte à Toulon est pour lui le signal
attendu. L'armistice est définitivement rompu. Réarmé en plusieurs mois, l'essentiel de l'escadre rejoint Dakar en contournant l'Afrique.
Mis à la retraite d'office le 10 décembre 1943, l'amiral Godfroy n'a pas la satisfaction de retourner au combat avec les bâtiments qu'il a su conserver. Par contre ces navires participèrent à la Bataille de l'Atlantique, le "Lorraine" est au débarquement de Provence en août 1944, le "Duguay-Trouin" sert en Indochine jusqu'en 1952, l'extrême limite de son âge.
Jacques Mordal
Miroir de l'Histoire / Janvier 1956
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Le Fort de Queuleu faisait partie de la première ceinture fortifiée commencée sous le Second Empire afin de protéger Metz. Un décret impérial du 9 novembre 1867
déclare d'utilité publique l'acquisition des terrains pour l'édification des forts à Saint-Quentin, Saint-Julien, Queuleu, Saint-Privat...
Depuis leur arrestation jusqu'à leur transfert vers les camps de concentration, les détenus ont pendant leur séjour à Queuleu les yeux bandés, les pieds et les
maiens liés. Dès leur arrivée, ils perdent leur identité qui est remplacée par un numéro.
L'officier SS Georg Hempen règne en sadique sur cette casemate. Il est secondé par une équipe de 24 jeunes SS de 18 à 20 ans. L'entretien de la casemate est assuré
par quelques détenus affectés selon leur profession (électricien, menuisier, serrurier...) à diverses tâches, et les corvées intérieures de la casemate incombent à de jeunes détenus appartenant
au << Straf-Kommando >> qui sont à disposition de 4 h du matin à minuit. C'est au cours de l'une de ces corvées (transport des lessiveuses WC des cellules vers les latrines) que
quatre détenus réussissent, le 19 avril 1944, à s'évader par une cheminée d'aération. Cet exploit est resté unique.
Appartenant à une vieille famille de tradition juive, René Samuel Cassin voit le jour le 5 octobre 1887 à Bayonne. Après de brillantes études au lycée Masséna de Nice,
il entre à la faculté de droit d'Aix-en-Provence. Licencié ès-Lettres, premier prix au concours général des facultés de droit, il devient docteur es-Sciences juridiques, économiques et politiques
et obtiendra son agrégation en droit privé en 1919.
Délégué de la France à l'O.N.U., René Cassin a fait
partie, dès 1946, du petit groupe de spécialistes chargés de rédiger la Déclaration universelle des droits de l'homme, adoptée à Paris le 10 décembre 1948 par l'assemblée générale des
Nations-Unies.
Pendant la Première Guerre mondiale, Marie Curie déploie une grande énergie dans l'organisation du premier service de radiologie mobile, avec l'appui du Service
des armées.
Chaque année, la France commémore, le 11 Novembre, l'Armistice de la Première Guerre mondiale. Mais peu se souviennent d'un autre 11 Novembre, celui de l'année
1940.

Ainsi, pour travailler dans le cinéma, une carte d'identité professionnelle est désormais obligatoire. Délivrée après examen d'un extrait de naissance, elle
élimine les juifs et les étrangers.
Monstre sacré du cinéma français des années 30-40, acteur puissant venu du théâtre, Harry Baur possède une énorme personnalité. Très populaire, c'est un remarquable comédien de
composition. Il est inoubliable dans ses nombreux rôles: Jean Valjean, Beethoven, Maigret, Raspoutine, Tarass Boulba, Poil de carotte, Crimes et Châtiments, Premier
Bal...
L'amiral Darlan, chef d'état-major de la Marine française, avait préconisé de donner la priorité d'embarquement aux troupes britanniques, mais Winston
Churchill, alors premier ministre de Sa Majesté, ordonne qu'aucune discrimination ne soit faite. Et ce sera << Le miracle de Dunkerque >> ! Deux cent mille soldats britanniques
et cent quarante mille soldats français traversèrent la Manche pour être débarqués en Angleterre. Ceci au prix de 200 navires coulés et du sacrifice de 35 000 soldats français qui réussirentà
contenir l'avance allemande. (1)
Hélas, il n'en fut pas de même pour les soldats français! Ils furent, dès leur arrivée, sur ordre du grand état-major français, rembarqués à destination de Brest,
pour aller défendre le << réduit breton >>. En réalité, ils furent faits prisonniers. On peut imaginer ce qui aurait pu arriver s'ils étaient restés en Angleterre et avaient rejoint
les Forces Françaises Libres!

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