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Publié par François Gervais


Georges JULIEN -Un homme d'Honneur-

Si Georges Julien, alias Renaudin, a eu la joie d'apprendre l'annonce du débarquement de Normandie, en entendant dans la nuit du 5 au 6 juin le message personnel dont il attendait depuis des mois la diffusion, il ne lui a pas été donné de connaître la Libération de sa patrie, pour laquelle il s'est battu dès 1941. La veille de sa mort, conscient des dangers qu'il courait à Bordeaux, malgré son mandat officiel de représentant du Comité National de la Résistance (C.N.R.), il déclara à un ami: <<Je ne redoute pas la mort sous les balles allemandes, mais je crains d'être victime de ceux que je défends>>.

Georges Julien est né à Tours le 18 mars 1902. Son père est horloger, sa mère institutrice. Ils habitent au centre ville, rue Jules Moinaux. Georges est le quatrième enfant d'une famille qui en comptera six, deux garçons et quatre filles. En 1921, Georges fait la connaissance à Rouen de sa future femme, Marie-Gabrielle Lesven qu'il épouse l'année suivante. Tous deux débutent à Rouen une carrière dans les PTT. En 1927, le couple Julien est muté à Paris, à la station "Harmonique" de la rue des Archives (4è). En 1937, Georges Julien est contrôleur à Paris Central, détaché aux lignes souterraines à grandes distances (LSGD), toujours rue des Archives. En 1939, il assure un cours au central téléphonique de Brest.

Entrée en Résistance.
Dans les premiers mois de 1941, par l'intermédiaire de la Croix Rouge Française, Georges Julien, Robert Keller et Robert Guillet entrent en contact avec Vic Dupont, le co-fondateur du réseau "Vengeance". Les trois hommes, en dehors de leur activité dans le réseau de renseignement, recrutent des camarades parmi le personnel de deux centraux, celui de la rue des Archives (télégraphe), et celui de la rue de Grenelle (téléphone).

Georges Julien: un homme traqué.
Le 15 décembre 1943, la Gestapo investit les locaux du central de Paris-Harmonique. Georges Julien est immédiatement appréhendé, et Robert Guillet, également contrôleur, sera arrêté à son domicile peu après. Mais Georges Julien n'est pas sévèrement surveillé. On ne lui a pas passé les menottes. Dans la rue des Archives, il bouscule les deux gardiens et parvient à s'enfuir vers la plus proche station de métro. Robert Guillet, qui dirigeait également le service de rapatriement des aviateurs alliés, mourra en déportation.
Par l'intermédiaire de Solange, épouse de Georges Keller, Georges et Marie Julien se cachent en région parisienne. Leur refuge organisé à Bicêtre chez  Andrée Lobreau, elle aussi membre du réseau "Vengeance", n'est que provisoire. Georges veut aller à Quimper où il connait une planque. Son beau-frère Eugène les accompagne à la gare Montparnasse en les suivant à distance pour s'assurer qu'ils n'ont pas d'ennuis. Mais la famille Julien ne reste pas longtemps en Bretagne. L'endroit n'est pas sûr. La Gestapo est partout.
Le 26 janvier, Georges et Marie arrivent à Angoulême chez les parents de Marie et s'installent près de la poudrerie, un lieu bien gardé par les Allemands qui l'on investi depuis juin 1940. <<Le seul endroit où on n'aura pas l'idée de venir me chercher>>, dit Georges.

La Poudrerie d'Angoulême.
Certes, l'endroit est sûr, mais le 20 mars 1944, la poudrerie est bombardée par les Lancasters britanniques qui sont parfaitement renseignés sur ces lieux stratégiques défendus par les Allemands. Georges Julien s'est laissé pousser la barbe et porte maintenant des lunettes. Il renoue alors contact avec le réseau "Vengeance". Avant de partir, il écrit à sa soeur Emilia: <<Je vous demande à tous de ne pas vous inquiéter. Il faut absolument désormais qu'il ne soit plus question de moi. Je vous demande de ne parler de moi sur aucune de vos lettres, les correspondances peuvent être surveillées et la plus grande prudence est de rigueur. Tâche que notre maman ne se fasse pas de chagrin. Embrasse-là pour moi de toutes tes forces>>.

La mission de Bordeaux.
Dès le 21 mars, Georges Julien rencontre Maître Etienne Nouveau, alias Vallière, qui dirige "Vengeance" depuis les multiples arrestations qui ont décapitées le réseau en octobre 1943. Il est bientôt affecté à Bordeaux, avec des nouvelles directives du Mouvement National de Libération. A Bordeaux, la situation est confuse. André Grandclément, chef de l'O.C.M. pour la région B, est interpellé, puis <<retourné>> par Friedrich Dohse, chef de la Gestapo locale qui lui promet la libération de résistants contre la livraison des dépôts d'armes parachutés par Londres. Grandclément, croyant pouvoir jouer double jeu, accepte la proposition, mais sa position ambiguë désorganise les milieux de la Résistance du Sud-Ouest. Les réseaux se suspectent, s'accusent, se déchirent, faisant ainsi le jeu des Allemands.
Londres s'inquiète de la prise des dépôts d'armes, comme de la désagrégation de ses services de renseignements. Elle envoie sur place Roger Landes, alias Aristide, pour liquider les suspects et faire cesser la guerre des réseaux.

Georges Julien arrive à Bordeaux le 28 mai, et il contacte aussitôt certains chefs du groupe Aristide. En Même temps, il tente de contacter Gaston Cusin, commissaire de la République, et il parvient à obtenir un rendez-vous pour le 29 juin à 14 h, devant le Palais de Justice de Bordeaux. Son but: tenter de rapprocher tous les groupes de Résistance pour une action cohérente.
Mais les arrestations déciment les effectifs des Résistants. Les prisonniers sont rudement interrogés. Par prudence, Georges Julien se fait raser la barbe et établir de nouveaux faux papiers au nom de Jean Martin. Puis il quitte son logement du 49 de la rue Mouneyra pour une planque située rue Fernand- Marin.
Georges Julien donne rendez-vous aux membres du groupe de Lucien Nouhaux, le groupe Marc, rendez-vous fixé le 26 juin à 11 h, place de la Victoire, à l'angle de la rue Elie-Gensac. Pourtant, à l'heure dite, Renaudin n'est pas là. Marc, et ses hommes qui l'attendent, sont soudainement cernés par des policiers en civil. Une fusillade s'ensuit, mais Lucien Nouhaux parvient à s'échapper.
Renaudin arriva peu après à son rendez-vous. Son quart d'heure de retard étant dû à une banale panne électrique sur la ligne de son tramway. Qu'importe ! Renaudin n'est pas là, Renaudin est un traître, et il est aussitôt condamné à mort par Marc et ses hommes.
Quatre d'entre eux sont désignés pour la besogne: Danglade, Mouchet, Fabas et Capdeville. C'est à dire pour exécuter Georges Julien le 29 juin à 14 h, au moment de son rendez-vous avec Gaston Cusin, devant le Palais de Justice.
Le 29 juin, à 14 h 15, Georges Julien alias Renaudin est abattu de 14 balles dans le dos à l'angle de la rue Mouneyra et de la rue Héron. Un gardien de la Paix qui tente de s'interposer est lui aussi abattu. Des renforts de police arrivent, et une véritable chasse à l'homme s'engage. Danglade et Mouchet sont blessés et arrêtés. Dans la soirée, Renaudin n'ayant donné aucune nouvelle, n'ayant honoré aucun de ses rendez-vous, ses amis ont un sombre pressentiment: ils ont appris qu'un homme a été abattu rue Mouneyra. Aussi, dans la nuit, l'un d'entre eux s'introduit à la morgue municipale, et il reconnait formellement le corps de Renaudin... la prémonition de Georges Julien s'est révélée exacte quand il avait déclaré à son logeur de la rue Elie-Gensac: <<Ils vont sûrement me prendre pour un agent "retourné" par la Gestapo. Mourir sous les balles allemandes, cela m'importe peu, mais je ne voudrais pas tomber sous des balles françaises>>.

La réhabilitation.
Au lendemain de la guerre, les familles Julien et Lesven, soutenues par de nombreuses personnalités de la Résistance, s'activeront pour que toute la lumière soit faite sur cette "bavure". Une longue et minutieuse enquête va permettre de laver de tout soupçon la mémoire de Georges Julien, grâce à un jugement rendu le 15 décembre 1946 par le Jury d'Honneur de la Délégation Générale des Forces Françaises Combattantes.
Une citation à l'ordre de la division lui sera décernée le 10 janvier 1947.
Par décret du 31 octobre 1947, il sera nommé dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur pour services exceptionnels, au grade de chevalier à titre posthume, avec l'attribution de la Croix de Guerre avec palme.

En 1949, Georges Julien sera inhumé à Bagnolet.















(article réalisé par Christiane Lesven et Jean-Luc Bernard)

Afin d'avoir une  information complète et plus poussée sur la vie de Georges Julien, je vous invite à consulter l'article original sur le site suivant: http://chris.lesven.free.fr/georges-julien/index.php

Je tiens particulièrement à remercier Madame Christiane Lesven, qui, en m'autorisant à publier sur le blog de l'ULAC de Bagnolet un condensé de la biographie de Georges Julien, nous permet aujourd'hui de prendre connaissance de l'engagement d'un homme d'honneur. L'ULAC de Bagnolet se devait de rendre un hommage appuyé à cet homme qui, au péril de sa vie, et malheureusement de sa trop courte vie, se donna corps et âme au but qu'il s'était fixé.
Que sa mémoire reste et perdure dans nos esprits ainsi que son combat à lutter pour la liberté de la France.
Notre Merci ne sera jamais assez grand.

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