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Publié par François GERVAIS

15 juillet 1918: La seconde bataille de la Marne

Délivré sur les frontières de l'Est par l'effondrement de la Russie tsariste livrée aux bolchéviques, le haut commendement allemand veut terminer la guerre sur le front français avant l'arrivée massive des troupes américaines en Europe. Il choisit la Champagne pour y lancer sa cinquième offensive. Depuis le coup d'arrêt de la Marne en 1914, la ligne du front entre Reims et l'Argonne a peu bougé. Lors des offensives de printemps 1918, Ludendorff a perfectionné sa nouvelle tactique qui consiste à écraser la première ligne adverse sous des feux massifs d'artillerie, avant de lancer ses troupes à l'assaut.
En Champagne, c'est sur la IVe Armée, placée sous les ordres du général Gouraud, que va porter l'effort allemand. Le général Pétain, pour parer à la manoeuvre de Ludendorff, demande au général Gouraud d'évacuer les lignes avancées en n'y laissant que de petits postes isolés <<chargés de tenir à tout prix>> et de faire le choix d'une ligne de résistance en retrait. Placée trois kilomètres en arrière, cette ligne de résistance reste hors d'atteinte des feux nourris ennemis et permet à l'artillerie française, massée derrière elle, de couvrir nos positions avancées. Ces petits postes de vingt à trente hommes sont reliés à la ligne de résistance principale par un réseau téléphonique enterré.

Gouraud, les jours qui précèdent la bataille, visite inlassablement ses unités et communique sa détermination aux soldats. D'un tempérament énergique et fougueux, Gouraud a déjà une stature légendaire et une superbe carrière de combattant: la conquête de l'Adrar lui avait valu le surnom de "Lion d'Afrique" et quatre ans au front où, gravement blessé aux Dardanelles en juin 1915, les jambes et le bassin brisé, il avait été amputé d'un bras. Grand, roux, la barbe flamboyante, le regard d'un extraordinaire bleu clair, c'est un conducteur d'hommes exceptionnel.
Le 14 juillet est un dimanche. Un soleil lumineux éclaire les moissons et les bois. Le silence le plus complet règne depuis une douzaine de jours sur le front allemand. Mais, quand Gouraud mat l'oreille contre terre, il distingue un grondement lointain: le roulement de tous les chemins de fer, de tous les camions qui viennent accumuler, derrière le front <<boche>>; les hommes, canons, munitions et vivres nécessaires à cette ultime offensive. L'attaque suprême, le "Friedensturm" comme la nomme le général Ludendorff: <<l'assaut de la paix>>.

Quinze des divisions d'élite allemandes et une formidable artillerie font face à sept divisions françaises et la vaillante 42e Division U.S, la "Rainbow", l'une des premières unités américaines arrivées en France, dont le chef d'Etat-major est le général Douglas MacArthur. Pour Ludendorff, l'objectif est d'atteindre la Marne des deux côtés de la ville de Reims, prendre à revers le front de l'Est, en commençant par Verdun, et descendre sur Paris... Le 14 juillet, à 20 heures, un dernier coup de main du 366e d'Infanterie dait 27 prisonniers qui livrent l'heure de la préparation d'artillerie, minuit dix et celle de l'attaque d'infanterie allemande, 4h 20. A 23 heures, anticipant sur la préparation allemande, Gouraud déclenche subitement le feu de ses canons d'une violence inouïe, semant le désordre dans les premières lignes allemandes. Il veut ainsi donner à son armée, <<fatiguée par une longue attente, la conscience qu'elle n'est pas surprise puisque c'est elle qui commence la bataille.>>

Minuit dix. Une fusée éclate très haut dans le ciel noir: trois globes lumineux de couleur verte. C'est le signal d'ouverture de feu pour l'artillerie allemande. La terre s'embrase dans un fracas de fin de monde. On entend la canonade jusqu'à plus de 50 kms. Les Allemands pilonnent avec une effroyable intensité des tranchées vides et les petits postes <<sacrifiés>> laissant la ligne de résistance, trois kilomètres en arrière, intacte. A 4 h 20, l'infanterie allemande se porte à l'attaque comme prévu. Les hommes des petits poste avancés, masques sur le visage pour se garder des gazs toxiques, formant un échiquier de petits fortins, sèment le trouble dans l'attaque ennemie. Surpris par cette résistance, les Allemands cherchent refuge dans nos abris abandonnés mais en ressortent aussitôt car ceux-ci ont été imprégnés de gaz "Ypérite". Ayant déjà subi de lourdes pertes, les Allemands s'approchent sans méfiance de la ligne de résistance principale solidement établie. L'artillerie française et américaine tire à vue dans la première vague d'assaut, pilonne et broie sans relâche les hommes, les chevaux, les véhicules. Bientôt les secondes et troisième vagues d'assaut allemandes rattrapèrent la première, et s'applatissent les unes sur les autres <<comme un gigantesque accordéon>>, livrées à découvert au feu terrible des mitrailleurs et des canons. C'est un véritable carnage.

Le 15 juillet, à 4 heures du soir, la dernière offensive allemande de la Grande Guerre est définitivement brisée, la bataille gagnée, Châlons et Paris sauvés. La bataille décisive du 15 juillet 1918 a généré une succession de victoires alliées qui allaient, en trois mois, mettre les armées allemandes à genoux.
Pierre Darcourt/VDC 2008

Pour plus d'informations sur la "Seconde bataille de la Marne", je vous invite à visiter les sites ci-dessous. Ceux-ci parfaitement documentés, sont spécifiques à la Première Guerre mondiale.

Les Batailles de la Marne: link
Mémorial de Dormans: link
Chemins de mémoire: link

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