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Publié par François GERVAIS

Après la signature des armistices Franco-Allemand et Franco-Italien de juin 1940, il nous faut se rappeler seulement qu'à partir du moment ou il fut question de demander un armistice à l'Allemagne, des assurances formelles avaient été données aux hautes autorités britanniques. Entre-autres, celles-ci affirmant qu'en aucun cas la Flotte française ne serait livrée à l'ennemi et que toutes dispositions seraient prises pour qu'elle ne puisse tomber entre ses mains.

Dès le 22 juin 1940, au soir, le gouvernement britannique avait eu connaissance des clauses navales de l'armistice que la France était contrainte de demander, en face de l'ampleur du désastre qui la frappait. Ces clauses prescrivaient, dans leur article n° 8: <<La Flotte de guerre française -à l'exception de la partie qui est laissée à la disposition du gouvernement français pour la sauvegarde des intérêts français dans son empire colonial- sera rassemblée dans des ports à déterminer et devra être démobilisée et désarmée sous contrôles de l'Allemagne et de l'Italie.>> ... <<La désignation de ces ports sera faite d'après les ports d'attache des navires en temps de paix. Le gouvernement allemand déclare solennellement qu'il n'a pas l'intention d'utiliser pendant la guerre à ses propres fins, la flotte de guerre française, etc.>>

Tel est l'essentiel de cet article n° 8 dont la rédaction va avoir des répercussions considérables. Les négociateurs français de la commission d'armistice semblent s'être doutés des réactions de l'Angleterre et avoir demandé des précisions, mais le maréchal von Stülpnagel répondit sèchement que le texte allemand faisait foi et qu'il n'y avait rien à y changer. Et l'affaire suivit son cours.

Il faut se souvenir du "climat", de l'atmosphère d'angoisse, du désespoir qui régnaient en cette période fatale de notre histoire. La France, abattue, prostrée, dont les citoyens, dans une fuite désordonnée sur les routes embouteillées et bombardées, priaient pour que le bienheureux armistice fût signé, à n'importe quel prix... L'Angleterre affolée, voyant déjà ses côtes menacées par un débarquement, attaquées par les parachutistes ennemis... Qu'allaient exiger les vainqueurs ? Qu'allait devenir cette flotte française, superbe, puissante, invaincue, dint le retrait du combat allait causer un immense déficit dans la balance des forces navales ? Qu'allait-il se passer en Méditerranée, où la flotte italienne allait se trouver subitement en mesure de tenir tête aux petites escadres britanniques qui comptaient, la veille encore, sur l'appui considérable de nos cuirassés et de nos croiseurs ?

Il semble -et il est même sûr- que les Anglais interprétèrent de façon erronée le fait que les bâtiments de guerre français devraient être <<démobilisés et désarmés sous contrôle de l'Italie et de l'Allemagne>>. Ils pensèrent que ces bâtiments allaient être remis comme unités combattantes aux vainqueurs. Les Britanniques crurent que ce ne serait pas le désarmement des navires qui serait contrôlé par l'ennemi, mais que ce seraient les navires eux-mêmes qui passeraient <<sous contrôle>>, c'est-à-dire sous l'autorité, donc entre les mains de cet ennemi.


Il convient de dire que ce fut également l'interprétation du général de Gaulle, puisqu'il déclarait dans ses discours prononcés à la radiodiffusion BBC les 26 juin, et 8 juillet 1940: <<Notre flotte, nos avions, nos chars, nos armes à livrer intactes pour que l'adversaire puisse s'en servir contre nos propres alliés...>> (26 juin) <<Duquesne, Tourville, Courbet, Guépratte auraient-ils jamais consenti à mettre à la discrétion de l'ennemi une flotte française intacte...>> (2 juillet) <<En vertu d'un engagement déshonorant, le gouvernement qui fut à Bordeaux, avait consenti à livrer nos navires à la discrétion de l'ennemi...>> (8 juillet).

D'autre part, il est certain que la phrase incluse dans l'article n° 8 de la convention franco-allemande, et qui disait que la désignation des ports de désarmements serait faite d'après les ports d'attache en temps de paix, laissait supposer qu'une partie des forces navales françaises, en particulier la flotte de l'Atlantique réfugiée à Mers-El-Kebir, devrait rallier les ports de l'Atlantique occupés par les Allemands.

L'Amirauté britannique estimait donc que, quelles que soient les précautions prises, les mesures de sabordage et de sabotage ordonnées par l'amiral Darlan lui-même, seraient irréalisables dans les ports occupés et que, même dans les autres, il serait pratiquement impossible de mettre nos bâtiments à l'abri d'un coup de main éventuel des Allemands et des Italiens. Les Britanniques ne doutaient pas de la bonne foi de l'amiral Darlan et du gouvernement français, mais ils étaient beaucoup moins persuadés de la bonne foi allemande...

Certes, mais c'était surestimer les possibilités de nos adversaires pour le moment heureux. Les commissions <<de contrôle>> n'étaient pas encore prêtes à fonctionner quinze jours après la signature de l'armistice.
Elles ne comprenaient qu'une petite quantité d'officiers et de secrétaires. Elles étaient incapables de prendre possession des puissants cuirassés et croiseurs de la flotte. En eussent-elles eu les moyens qu'il aurait fallu des mois entiers pour que de nouveaux équipages soient habitués à manoeuvrer ces bâtiments et à en tirer le maximum de puissance de feu.

Mais allez raisonner lorsqu'on se trouve au bord de l'abîme comme se trouvait la Grande-Bretagne ! L'amirauté française eut beau faire comprendre qu'elle avait la conviction que les navires seraient démobilisés dans les ports d'Afrique du Nord et dans les ports de la zone non occupée de la Métropole, sans attendre des précisions pourtant indispensables, complètement affolé, le cabinet de guerre de Londres décida, dès le 27 juin, de prendre toutes dispositions pour s'emparer des navires de guerre français hors de la métropole, ou pour les mettre hors d'état de s'y rendre.

Cette opération, baptisée <<Catapult>>, devrait s'étendre à tous les points où les bâtiments de guerre français étaient accessibles à l'action de la Royal Navy, et en particulier à Oran et à Mers-El-Kebir.

(fin de la première partie)

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