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Publié par François GERVAIS

 

Déjà, le 23 juin, l'amiral britannique North, commandant de la station de Gibraltar, avait reçu l'ordre de se rendre auprès de l'amiral Gensoul, commandant de la flotte française de l'Atlantique, à l'ancre à Mers-El-Kebir, pour le sonder et connaître l'attitude probable de la flotte française si l'armistice était signé. Le 24 juin au matin, les deux amiraux se rencontrèrent à bord du Dunkerque, l'une des plus belle unités que nous possédions. Gensoul définit à North la position prise par la marine française, qui devait suivre les ordres du seul gouvernement constitué, c'est-à-dire celui du maréchal Pétain. Il affirma, se basant sur les instructions qu'il avait reçues de l'amiral Darlan par ses messages des 20 et 22 juin, qu'en aucun cas les bâtiments sous ses ordres ne seraient laissés intacts aux mains de l'ennemi. <<Quels que soient les ordres reçus, disait Darlan, ne jamais abandonner à l'ennemi un bâtiment de combat intact.>>

Par contre, l'amiral Gensoul se montra très opposé à la suggestion qui lui fut faite de se placer sous les ordres de la flotte britannique. Il tenait à son indépendance nationale. A 11 heures, l'amiral North repartit pour Gibraltar. Le lendemain, 26 juin, il reçut de l'Amirauté britannique la demande suivante: <<Considérez-vous qu'il y ait quelque chance de voir les bâtiments français à Oran se rendre à nous si des forces anglaises se présentent devant le port pour les y inviter ?>> L'amiral North répondit: <<De mon entretien d'hier avec Gensoul, j'ai la certitude qu'ils ne se rendront pas.>>

Le 27 juin, l'Amirauté britannique savait certainement que l'amiral Darlan avait donné l'assurance qu'aucune unité de la flotte française ne tomberait entre les mains de l'ennemi., mais elle doutait de sa possibilité de pouvoir tenir cet engagement. La peur de Hitler et des forces allemandes était telle que les Anglais ne cherchaient même pas à discuter et que la bonne foi française leur apparaissait comme hors de propos.

L'Amirauté donna donc l'ordre à l'amiral Sommerville de se rendre immédiatement à Gibraltar pour y prendre le commandement de la <<Force H>> comprenant plusieurs cuirassés, des croiseurs, dix-neuf destroyers et un porte-avions. Il y arriva le 30 juin et hissa son pavillon sur le Hood. Il avait pour mission, soit d'assurer le transfert de l'escadre française dans un port britannique, soit de recevoir sa reddition, ou bien en dernier recours, de procéder à sa destruction.

Dès son arrivée, il réunit une conférence à laquelle participèrent tous les amiraux et officiers suppérieurs commandant les bâtiments sous ses ordres. Tous, sans exception, se déclarèrent opposés à l'emploi de la force car leur opinion était que les Français répondraient à la force par la force.

Au cours de cette réunion, il fut décidé que le capitaine de vaisseau Holland, commandant le porte-avions Ark Royal, serait désigné comme porte-parole de l'amiral Sommerville pour exposer la situation à l'amiral Gensoul.

Le 1er juillet, Sommerville reçut l'ordre d'être prêt à exécuter l'opération Catapult pour le 3. Il devait prendre ses dispositions en se basant sur le fait que quatre propositions seraient faites à l'amiral Gensoul:
1) Conduire ses bâtiments dans un port britannique et continuer la guerre aux côtés des de la Grande-Bretagne.
2) Conduire ses bâtiments dans un port britannique d'où les équipages seraient ultérieurement rapatriés.
3) Démilitariser ses navires suivant les instructions britanniques.
4) Saborder ses navires.

C'était un très honnête marin que l'amiral Sommerville. A la retraite avant la guerre, on l'avait rappelé en service et on lui confiait une bien sale corvée. Il ne nourrissait à l'égard de ses collègues français nulle animosité, il était entièrement persuadé qu'il ne fallait pas les brusquer, qu'ils étaient encore sous le coup du terrible événement qui venait de les frapper et qu'attiser leur colère ne produirait rien de bon. Mais allez discuter avec un Churchil !

Il adressa un long message à l'Amirauté, il déclara qu'il était convaincu que l'emploi de la force devait être évité à tout prix. Il était également convaincu que toute action offensive retournerait contre les Britanniques tous les Français où qu'ils se trouvent et transformerait un allié vaincu en un ennemi actif... Il reçut une réponse très nette de l'Amirauté. La voici: <<La ferme intention du gouvernement de Sa Majesté est que si les Français n'acceptent aucune des propositions qui vous sont envoyées, leurs bâtiments devront être détruits. Vos propositions ne sont donc pas acceptables.>>

C'était définitif. Cependant, le 2 juillet, l'amiral Sommerville reçut une solution de compromis. C'était de faire offre à l'amiral Gensoul de conduire ses bâtiments avec équipages réduits dans un port français des Antilles où ils seraient démilitarisés ou, si nous le désirions, placés sous contrôle des Etats-Unis pendant la durée de la guerre.

Là se trouvait la solution, évidemment. Le malheur voulut qu'elle ne fut pas présentée en premier lieu et, qu'arriavant en troisième position, la dureté des deux précédentes la fit passer pour ainsi dire inaperçue. Si les propositions britanniques étaient repoussées, l'amiral Sommerville avait ordre de détruire les bâtiments de Mers-El-Kebir, en particulier le Dunkerque et le Strasbourg.

Et le 2 juillet à 16 heures, la "Force H" appareilla de Gibraltar. Elle se composait des bâtiments suivants:

Croiseur de bataille Hood
Cuirassés Valiant et Resolution
Porte-avions Ark Royal
Croiseurs Arethusa et Enterprise
Destroyers Faulknor, Foxhound, Fearless, Forester, Foresight, Escort, Keppel, Active, Wrestler, Vidette et enfin Vortigern

L'Amirauté Britannique y mettait le prix et ne reculait devant aucun sacrifice...

(fin de la seconde partie)

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