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Publié par François GERVAIS

Quelle était la situation des navires français à ce moment là ? Dès 7h 58, Gensoul avait fait prendre des dispositions de combat, il avait prescrit d'allumer tous les feux à 9 heures et il avait fait signaler à ses commandants, en même temps: <<Flotte anglaise étant venue pour poser un ultimatum, soyez prêts à répondre à la force par la force.>>

A 13 heures, les clairons sonnèrent le branle-bas de combat et peu après, les contre-torpilleurs recevaient l'ordre de prendre les nouveaux postes de mouillage en rade intérieure. Ils appareillèrent entre 16 h 30 et 16 h 55. Les groupes d'aviation de chasse de Saint-Denis-du-Sig et de Relizane furent mis en alerte, mais l'amiral demanda qu'aucun avion ne prenne l'air sans son ordre. Il demanda l'intervention à 16 h 45 et trois patrouilles décollèrent cinq minutes après.

Et en France, que se passait-il ? Le premier compte rendu de Gensoul fut reçu à Nérac - P.C. provisoire de l'Amirauté -  par l'amiral Le Luc, chef d'état-major, vers 10 h 56, il s'exprimait ainsi: <<Force anglaise comprenant trois cuirassés, un porte-avions, croiseurs et torpilleurs devant Oran - stop - Ultimatum envoyé: Couler vos bâteaux, délai six heures, ou nous vous y contraindrons par la force - stop - Réponse: bâtiments français répondront par la force - stop ->>

Pas de problème... Darlan était à Clermont-Ferrand. Le Luc donna immédiatement l'ordre à la 3e escadre de Toulon, commandée par l'amiral Duplat, d'allumer les feux. Puis il téléphona au commandant Négadelle, officier d'ordonnance de l'amiral Duplat. Celui-ci devina qu'un désastre de plus allait s'abattre sur notre malheureux pays et qu'il s'agissait, là, d'une question d'honneur. Il s'entretint avec Darlan et transmit à Le Luc l'ordre de concentration de tous les bâtiments de la Méditerranée à Oran: répondre à la force par la force. Le Luc téléphona lui-même à Toulon, à 12 h 05 l'ordre d'appareiller et, à 12 h 10, à l'amiral Bourragué, à Alger, de rallier immédiatement Oran <<en tenue de combat>>.

A 13 heures parvint à Nérac où se trouvait Le Luc, un message plus détaillé de Gensoul. On remarqua, plus tard, qu'il avait omis de rendre compte à la troisième proposition britannique:  - conduire ses navires aux Antilles -, bien que cette proposition semblât se rapprocher, des instructions données par le message du 24 juin de l'Amirauté, qui prescrivait, au cas où l'ennemi prétendrait s'emparer de nos navires, de conduire ceux-ci, sans nouvel ordre, aux Etats-Unis.

En réalité, les propositions britanniques et les instructions de l'Amirauté concernaient des situations totalement différentes. Et les Anglais exigeaient ce départ pour les Antilles, sans qu'aucune menace ne pesât sur nos navires de guerre et que rien, dans la conduite de nos ennemis, ne se justifiât. Un appareillage pour les Antilles ou les U.S.A. aurait entraîné la rupture de l'armistice.

D'ailleurs, quand ultérieurement, l'Amirauté et le gouvernement français eurent connaissance du texte complet de l'ultimatum, ils n'attachèrent que peu d'importance à cette proposition, qu'ils considérèrent comme aussi inacceptable que celles qui la précédaient.

Depuis lors, évidemment, les avis ont différé. En 1949, au moment de l'enquête parlementaire, l'amiral Gensoul exprima des regrets d'avoir omis de citer la proposition en question dans son compte rendu. Les points de vue des personnalités qui faisaient partie, en cette période cruciale de 1940, du conseil des ministres français, ont différé, après quelques années... Le général Weygand pensait qu'un accord aurait pu se faire. M. Charles Roux disait que la connaissance de la proposition <<Martinique>> n'aurait apporté aucune modification aux réactions du moment.

Quoi qu'il en soit, à 13h 05, par radio et en clair, l'amiral Le Luc faisait transmettre à l'amiral Gensoul: <<Vous ferez savoir à l'intermédiaire britannique que l'Amiral de la Flotte a donné ordre à toute force navale française en Méditerranée de vous rallier immédiatement - stop - Vous répondrez à la force par la force - stop - Appelez sous-marins et aviation si nécessaire - stop - Commissions d'Armistice par ailleurs prévenues - stop - Signé par ordre Le Luc, Maurice Athanase.>>

Afin qu'il n'y ait pas d'erreur sur la personne. C'était la bataille.

(Fin de la cinquième partie)

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