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Publié par François GERVAIS

A 16 h 56, la Force H faisait route au 70 environ. La première salve anglaise tomba dans le Nord à proximité immédiate de la jetée. Les cannoniers de Sa Majesté avaient eu tout le temps nécessaire pour prendre leurs dispositions et ils allaient tirer comme à l'exercice. A ce moment, côté français, le signal d'appareillage fut halé bas et ordre fut donné d'ouvrir le feu...

L'appareillage devait se faire dans l'ordre suivant: Strasbourg, Dunkerque, Provence  et Bretagne. Le Strasbourg l'échappa belle et, à 17 h 09, il franchissait la porte du barrage à 15 noeuds, passant à quelques mètres seulement des filets Sud. Il mit aussitôt après à 28 noeuds. Tout le problème consistait, en effet, à passer entre les salves...

Quelques incidents dramatiques marquent cette sortie. Le Terrible ouvre le feu sur un destroyer anglais qu'il a aperçu. Ses pièces de 138, puis celles du Volta Crachent à plein débit. Le Britannique se dérobe derrière un écran de fumée. Un nouveau destroyer débouche à grande vitesse et est à son tour pris sous le feu. Il paraît touché à la quatrième salve. Il se réfugie lui aussi dans la fumée. Ces deux bâtiments rapides étaient venus télémétrer la division. Une salve de 380 heureusement longue s'abat sur la côte.

Mais voici le Strasbourg, majestueux, indemne, fonçant vers la haute mer. Il a échappé de justesse à une salve groupée. Son commandant, le capitaine de vaisseau Collinet concentre son attention sur l'ouverture des filets, qu'il doit aborder en évitant les mines magnétiques mouillées par les avions anglais. Cela se passe dans le vacarme terrifiant des explosions. Passera-t-il ? Il passe. Il oriente ses tourelles vers l'ennemi. Mais celui-ci est invisible, couvert par les écrans de fumée.

Le Dunkerque largua son amarrage arrière en même temps que le Strasbourg et fila sa chaîne axiale. Le remorqueur qui se trouvait amarré à babord arrière dégagea en cassant sa remorque pendant que la deuxième salve éclatait sur la jetée. La salve du Dunkerque partit à 17 heures, le cuirassé tira une quarantaine de coups de 330 sur le Hood, mais la visibilité était mauvaise et l'emploi du télémètre difficile, le tir fut interrompu à 17 h 10 faute d'énergie électrique. Le Dunkerquefut alors encadré par de nombreux projectiles de 380, l'un tomba à bord et mis hors d'usage l'appareillage électrique de la grue d'aviation. Le bâtiment fut ensuite atteint par une salve de 380 qui causa de graves avaries, détruisit le pont blindé inférieur. L'état du navire ne permettait plus désormais de tenter la sortie du port. A 17 h 10, l'amiral Gensoul donna ordre au capitaine de vaisseau Seguin de faire route vers le port de Saint-André, à l'abri de la colline du Santon. Le bâtiment y mouilla à 17 h 13, par 15 m de fond. Devant l'importance des dégâts, on commença l'évacuation, puis on remorqua le Dunkerque jusque devant le port, par 8 m de fond.

La Provence connut un meilleur sort. Le capitaine de vaisseau Barrois fit couper les amarres, largua la chaîne bâbord puis mit en avant. Un projectile de 380 atteignit le navire par l'arrière à 17 h 04. Cependant, il réussit à se dégager et il vint s'échouer entre Roseville et Sainte-Clotilde. On l'évacua dans la nuit. La Provence avait ouvert le feu en tirant par-dessus le Dunkerque mais avec une hausse beaucoup trop faible: 12 000 m alors que le Hood avait ouvert le feu à 16 000 m. Elle tira dix salves, et vingt-trois coup de 340, puis l'officier de tir fut grièvement blessé. Il put cependant téléphoner à son adjoint de continuer le tir.

La Bretagne, commandée par le capitaine de vaisseau Le Pivain, essaya de se dégager. Elle fut atteinte par la troisième salve anglaise, à 16 h 59. Une immense colonne de flammes s'éleva dans l'air, toute l'artillerie avait été rendue inutilisable. Le commandant essaya d'échouer le bâtiment, mais la Bretagne fut encore atteinte et à 17 h 09, elle chavira sur tribord, engloutissant son équipage. Le Hood avait mis au but.

Des témoins ont assisté à l'agonie rapide de la Bretagne. Dans des tourbillons de fumée obscurcissant tout un côté du ciel, les incendies se multipliant, ravageant les batteries, ponctués par des détonations violentes, celles des munitions qui sautent. Par les avaries de l'arrière, l'eau s'engouffra par centaines de tonnes. Le bateau va probablement chavirer. Il ne reste qu'a l'évacuer. Ordre en est donné. Bientôt, le malheureux bâtiment qui vient d'encaisser un nouveau projectile n'est plus qu'un brasier. Soudain, une dernière explosion, un éclair, une gerbe de flammes haute de 200 m. En quelques secondes, la Bretagne chavire.

Le Commandant-Teste, lui, n'appareilla pas. Il resta sur place, fut encadré par des gerbes de 380, mais ne subit que des avaries minimes... Un miracle.

Dans la flotte des contre-torpilleurs, seul le Mogador fut durement touché, à 16 h 59, tout au début et ne fut bientôt plus qu'une épave.

Entre 16 56 et 17 h 10, le Strasbourg et les contre-torpilleurs Volta, Terrible, Lynx, Tigre, et Kersaint, étaient sortis de la rade de Mers-el-Kebir et faisaient route vers Canastel, puis Toulon...


(Fin de la sixième partie)

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