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Le "CASABIANCA": une Histoire liée pour toujours à la Corse.

En 1942, le sous-marin Casabianca faisait partie du groupe de submersibles destiné à défendre Toulon contre une attaque quelconque venant de la Mer. C'était une situation parfaitement valable, conforme aux accords passés avec les commissions d'armistice. Le bâtiment était à effectifs complets, torpilles chargées, moteurs en état, réservoirs à pétrole garnis.

Le capitaine de corvette L'HERMINIER qui le commandait n'avait pas quarante ans, ce qui ne l'empêchait pas d'être le doyen des 5 officiers, 60 sous-officiers et matelots de l'équipage, le second était le lieutenant de vaisseau BELLOT.

C'était bien Casabianca et non Casablanca qui était le nom du sous-marin. Casabianca était un officier de la Marine du roi Louis XVI, né à Bastia en 1752, député de la Convention Nationale, commandant le célèbre vaisseau Orient qui avait conduit Bonaparte en Egypte et mort glorieusement à la bataille navale d'Aboukir en 1798, en compagnie de son fils âgé de dix ans, mousse sur l'Orient.

Au moment où les Allemands attaquèrent Toulon, aux jours sombres de novembre 1942, le Casabianca put s'échapper de la rade, mais non sans peine. Il heurta la << panne >> qui fermait la darse, l'enfonça et continua sa route suivi de trois autres sous-marins, tandis que l'ennemi depuis le quai, tirait sur les bâtiments avec des mitrailleuses. Mais il y avait encore à parcourir plus de 2 000 mètres à travers la rade pour sortir de la passe entre les jetées. Des avions allemands laissèrent alors tomber des chenilles lumineuses et des bombes ainsi que des mines magnétiques suspendues à des parachutes de soie blanche. Puis ils descendirent à moins de 100 mètres du niveau de l'eau et se mirent à mitrailler les minces silhouettes qu'ils apercevaient sur la mer. Debout dans son kiosque de manoeuvre, le commandant L'HERMINIER avait fait rentrer son personnel à l'intérieur du sous-marin et changeait continuellement de cap. Trente minutes après avoir quitté le quai, la flottille arrivait devant l'estacade tendue en travers de la passe.

Cette estacade faisait partie de la défense de Toulon. Elle était formée de gros esparres -réunis par des chaines-  et tenue au fond par de solides amarres. Elle se prolongeait sous la surface par des filets destinés à arrêter les sous-marins ennemis en plongée qui auraient essayé de pénétrer dans le port. Une << porte >> y était ménagée auprès de laquelle se tenait un remorqueur chargé de la manoeuvre pour permettre les entrées et les sorties des navires.

Là, il fallut parlementer. L'HERMINIER, à portée de voix, demanda que l'on ouvre la porte: le patron du remorqueur répondit qu'il n'avait pas d'ordres, il ne voulait ouvrir qu'avec l'autorisation du commandant du torpilleur Mars, mouillé à quelques 300 mètres de là. L'irruption des Allemands dans Toulon n'avait pas été prévue... Le lieutenant de vaisseau BELLOT fut obligé de sortir son révolver et de le braquer sur le récalcitrant. A ce moment, une bombe d'avion tomba si près que la patron du remorqueur réalisa  -enfin-  la situation et effectua la manoeuvre demandée. Il était plus que temps, trois bombardiers en piqué visaient le sous-marin, lâchaient leurs engins et le manquaient de peu, fort heureusement.

Aussitôt les jetées dépassées, le commandant fit ouvrir les prises d'eau des ballasts et le Casabianca s'enfonça: il n'avait subi que des dégâts fort peu importants. Dans la nuit, il émergea et continua sa route vers l'Algérie. Le 30 novembre, à 7 heures du matin, il parvenait devant Alger, suivi de près par le Marsouin et le Glorieux.

Au mois de décembre 1942, le nom de Casabianca allait une nouvelle fois être rattaché à l'histoire de la Corse. En effet, à cette date, le sous-marin effectua sa première mission et arriva dans la baie de Chioni, au sud-ouest de l'île, à la rencontre des patriotes de la région de Propriano. Il avait à son bord un groupe de volontaires: un officier supérieur et trois sous-officiers, tous Corses, ainsi qu'un citoyen américain, BROWN, attaché au consulat d'Alger. Il les déposa à terre, puis reprit la route de l'Afrique du Nord. Au cours d'une autre mission, il alla déposer à Saint-Tropez, deux officiers qui allaient contribuer à l'organisation des F.F.I. de Provence. D'autres sous-marins, Marsouin, Perle, et Aréthuse, débarquaient de leur côté, des agents du 2e bureau avec armes, munitions, postes de T.S.F., dans une petite baie à 16 kilomètres d'Ajaccio. C'était au début du mois de décembre 1943.

Le 11 septembre 1944, les patriotes corses se soulevèrent. Le général GIRAUD donna l'ordre de préparer un bataillon pour aller leur prêter main-forte et demanda à l'amiral LEMONNIER d'en assurer le transport. Le Casabianca embarqua 3 officiers et 106 hommes du bataillon de choc et assura ainsi la première partie du succès du débarquement qui devait libérer l'île.

Peu après, L'HERMINIER fut promu capitaine de frégate, puis, malade, dut quitter le commandement de son bâtiment. On l'amputa des deux jambes.

Le général DE GAULLE lui remit la cravate de commandeur de la Légion d'Honneur et fit de lui son Compagnon, en lui agraffant la Croix de la Libération.

(fin de la première partie)

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