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L'Odyséé tragique du "SURCOUF"

Le sous-marin Surcouf, long de 110 mètres, déplaçant 3 000 tonnes, était le plus grand du monde dans son genre, on l'appelait << croiseur sous-marin >>. Il portait deux pièces de 203 mm en tourelle sur l'avant de son kiosque, dix tubes lance-torpilles et un petit hydravion dans un hangar étanche.

Au début de la guerre, il avait opéré dans l'Atlantique, puis, ayant parcouru quelque 40 000 milles, était revenu à Brest à la fin du mois d'octobre 1939, et il y achevait en juin 1940, un grand carénage. L'état des travaux faisait prévoir les premiers essais à la mer vers le 5 juillet.

Il se trouvait donc dans l'arsenal avec une bonne partie de son matériel à terre, lorsque l'Amirauté ordonna de tout remonter immédiatement. Mais les nouveaux moteurs diesel commandés se trouvaient encore au Havre, d'où ils ne devaient d'ailleurs jamais sortir. Le capitaine de frégate MARTIN, venant de permission le 14 juin, fit remonter les anciens et les vieilles batteries d'accumulateurs. Le 16, le sous-marin fut remorqué à Lannion. Le 17, l'amiral DE LABORDE lui dit: <<Si vous ne pouvez appareiller, sabordez-vous !>>

Le 18, l'ordre de départ avait été donné à tous les bâtiments. Bien qu'une avarie de barre fut constatée, le Surcouf quitta l'embossage de Lannion par ses propres moyens, n'ayant pu obtenir un remorqueur. Après réparation, il appareilla mais l'avarie se reproduisit et il dut attendre plus d'une heure la fin de la remise en état. La barre de plongée avait dérivé et s'était bloquée à << plus toute >>.

Le commandant regardait de son kiosque l'évacuation des navires, lorsque le ravitailleur de sous-marins Jules Verne passa sur son avant et, de la passerelle, un officier cria: << Ordre du commandant de la 2e escadrille de sous-marins: allez en Angleterre si vous ne pouvez vous rendre ailleurs ! >>

Ce qui est sûr, c'est que le sous-marin sortant à petite allure de la rade-abri, fut accosté dans la passe par une embarcation portant le capitaine de corvette PETIT, qui remit à MARTIN l'ordre suivant: << Les bâtiments ayant le rayon d'action nécessaire, feront route sur Casablanca, les autres sur l'Angleterre. >> Signé: BROHAN. Le vice-amiral BROHAN était le major général de la 2e Région maritime.

En grande rade, les tentatives faites pour ramener la barre de plongée à zéro ne réussirent pas. Le sous-marin fit cependant route sur le goulet à petite allure. Il avait vu passer le torpilleur Hardi portant la marque du vice-amiral DE LABORDE. Il ne restait plus derrière lui que de vieux bâtiments incapables de se mouvoir et quelques autres en réparations qui s'étaient sabordés. Le soleil allait se coucher, le Surcouf était l'un des derniers à sortir de Brest. Au-dessus du port, un grand nuage de fumée montait, des explosions se faisaient entendre. Il ne restait que la possibilité d'une traversée avec les moteurs électriques, car on ne pouvait lancer le moteur babord diesel, le seul en état de marche. Le Surcouf mit donc à 4,5 noeuds environ et son commandant décida de se diriger vers l'Angleterre, l'état du matériel ne lui permettant pas de songer à se rendre au Maroc. A la nuit il arriva à la Parquete, y trouva le remorqueur Infatigable qui faisait route au nord et qui l'escorta.

Le destin du grand Surcouf fut lamentable. En février 1942, sous les ordres du capitaine de frégate BLAISON, il faisait route vers les Bermudes sur le canal de Panama afin de rallier le Pacifique où il allait opérer avec la flotte des Etats-Unis. Le 18 février il se trouvait exactement à 80 milles de Cristobal...

Ce même jour, le cargo américain de 7 000 tonnes, le Thompson-Lukes, avait appareillé de ce port à destination de Cuba. Vers 22 heures, il suivait la route qui devait l'amener à Guantanamo tous feux éteints, lorqu'un message lui enjoignit de se rendre à Cienguegos, sensiblement plus à l'ouest de l'île. Il poursuivit par une nuit obscure et houleuse.

Vers 22 h 30, l'officier de veille aperçut sur l'avant à tribord, un feu blanc qui s'éteignit aussitôt. Il fit mettre la barre tout à gauche. Le feu reparut droit devant. Nouveau coup de barre tout à droite afin d'essayer de doubler ce navire inconnu qui coupait la route. Mais c'était trop tard...

Une collision se produisit. On vit un long fuseau qui s'enfonçait rapidement sous des jets de flammes, puis l'on perçut du cargo, le bruit d'une explosion sous-marine. Les recherches durèrent jusqu'au jour, on ne repéra aucune épave, pas un corps.

Le cargo américain remit le cap sur Cristobal pour réparer ses avaries et faire son rapport: il signala avoir abordé de nuit et coulé un navire de nationalité inconnue.

On ne sut que longtemps après qu'il s'agissait du sous-marin français Surcouf, disparu corps et biens avec ces 126 hommes d'équipage dans la mer des Antilles. Un monument commémore son souvenir sur la jetée du port de Cherbourg.

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