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Construit avec des pierres d'attente selon l'expression de Mirabeau à propos de la Constitution de 1791, il était quasiment évident qu'il conduirait l'Europe à la Seconde Guerre mondiale. Ce traité permet de mesurer que l'installation d' une Europe nouvelle fondée sur le principe des nationalités, ne s'obtient pas seulement par la volonté des dirigeants vainqueurs, mais aussi et surtout par l'adhésion des peuples constituant ces nationalités.

Le 7 mai 1919, à Versailles, une délégation allemande présidée par le comte de Brockdorff-Rantzau, l'un des diplomates les plus entreprenant du IIe Reich, reçoit avec une attitude qui choque et indispose les Alliés, les conditions de paix. Elle déclare qu'elle se réserve le droit de présenter ses réserves...

Alors commence une âpre discussion qui dégénère en une crise aigüe franco-britannique. Sur tous les problèmes, Lloyd George, fort nerveux, craint un refus allemand qui entraînerait la chute du gouvernement de Berlin et l'arrivée au pouvoir des communistes; il préconise donc d'amples concessions. Clémenceau véhément  -résolu à aller jusqu'au bout et à brusquer les affaires s'il le faut-  répond que selon la thèse anglaise, des solutions partielles et à terme seraient donc réservées aux pays continentaux ayant le plus souffert de la guerre, tandis que au contraire, les pays maritimes obtiendraient des garanties totales et définitives (cession des colonies, livraison de la marine de guerre allemande et d'une grande partie de la flotte commerciale, exclusion de l'Allemagne des marchés extérieurs...). Ce ne serait pas juste et ce n'est pas acceptable ! Les événements lui donneront raison.

Le 22 juin, au soulagement général, les Allemands font savoir qu'ils signeront. Durant trois jours se sont déroulés à Weimar des séances dramatiques où le rigoureux Brockdorff-Rantzau et les conciliants Ebert et Erzberger se sont affrontés. Ceux-ci, ont eu gain de cause,  -et, ce faisant, ils ont sauvé l'unité allemande-  car, dans le présent, les chefs militaires ont dû reconnaître que toute résistance sérieuse était impossible devant une avance des Alliés qui, à travers la Ruhr, s'achèverait fatalement à Berlin, où le traité n'en serait pas moins signé.

Le ministère Scheinemann-Brockdorff ayant démissionné le 20 juin, la Chancellerie est alors confiée à un obscur député socialiste, Gustav Bauer qui bénéficie, il est vrai, de l'efficace soutien d'Erzberger, partisan résolu de la conclusion du traité de paix.

Le 23 juin, l'Assemblée de Weimar en adopte le principe par 237 voix contre 138. Ce sont finalement deux hommes de second plan, le nouveau ministre des Affaires étrangères H. Muller, flanqué de son Secrétaire d'Etat aux colonies, G. Bell qui, le 28 juin, dans la galerie des glaces du château de Versailles  -au lieu même où l'empire allemand avait été proclamé le 18 janvier 1871-  signent la dernière page de l'énorme volume qu'est le traité. L'exaltation de la foule qui se presse autour de palais est à son comble.

Quinze jours plus tard, au cours du grandiose défilé du 14 juillet 1919, le peuple de Paris auquel se sont joints de nombreux provinciaux et étrangers, rendra aux combattants et généraux victorieux un solennel et unanime hommage.

Le traité de Saint-Germain, du 10 septembre 1919, fixe le sort de l'Autriche. Le pays qui était à la tête d'une communauté de 50 millions d'âmes est ramené à moins de 7 millions. Etat croupion, ayant perdu toutes ses minorités et une partie de ses ressortissants, il sera attiré par l'Allemagne. Mais l'article 88 du traité reproduisant l'article 80 de Versailles interdit l'
Anchluss.

Le 27 septembre 1919, la Bulgarie signe le traité de Neuilly. Elle cède à la Grèce la Thrace et à la Yougoslavie la Macédoine, dites bulgares, régions où sont inextricablement mêlées des populations bulgare, grecque, et serbe. Le traité de Trianon, du 4 juin 1920, dont la signature a été retardée par l'instauration provisoire d'un régime vommuniste (Bela Kun) à Budapest, fait perdre à la Hongrie des deux tiers de son territoire, au bénéfice de la Tchécoslovaquie, de la Roumanie et de la Yougoslavie. Par le traité de Sèvres, du 10 août 1920, la Turquie ne conserve que l'Anatolie centrale, avec Constantinople qui deviendra Istanbul, abandonnant ses possessions arabes et chrétiennes, soit les 4/5e de l'Empire.

Les Dardanelles et le Bosphore doivent être démilitarisés et la liberté de passage assurée sous le contrôle d'une Commission alliée. Mais le traité sera rejeté par le nouveau régime de Mustapha Kemal et, quelques mois après sa signature, la question d'Orient se trouvera à nouveau posée.

En Europe centrale, la situation n'est pas simple. C'est l'explosion des nationalités qui a provoqué par larges pans la dislocation de l'Empire des Habsbourg. Finalement ce sont les émigrés de l'extérieur qui, appuyés par les Alliés, l'ont emporté sur les nationalistes de l'intérieur, lesquels se seraient peut-être contentés d'une autonomie interne au sein d'une vaste confédération danubienne.

Mais Clémenceau a toujours été hostile à la dynastie catholique et conservatrice de Vienne, et le président Wilson a laissé entendre que le 10e point de son programme sur les minorités austro-hongroises devait être révisé en raison de la situation nouvelle. Non seulement Hongrois, Polonais, Tchécoslovaques et Yougoslaves avaient, en octobre-novembre 1918, proclamé leur indépendance, mais l'Italie avait aussitôt occupé Trieste et le Trentin, les Roumains, qui venaient de récupérer le Bukovine et la Transylvanie, étaient à la veille d'envahir la Hongrie.

Partout, la Conférence se trouve dans une sorte de fait accompli, où il lui restera, néanmoins, d'épineux problèmes à résoudre pour trouver une solution acceptable aux nombreux différends qui surgissent de toutes parts: entre Yougoslaves et Roumains à propos du banat de Témesvar, entre Italiens et Yougoslaves à propos de la Dalmatie, entre Tchèques et Polonais pour Teschen, et enfin entre Polonais et Lituaniens pour Vilna.

Presque tous les problèmes sont tranchés suivant le sacro-saint principe des nationalités, mais quelques exeptions sont consenties au bénéfice des vainqueurs: le Tyrol du sud est donné à l'Italie, avec une minorité de 250 000 Autrichiens; la Tchécoslovaquie garde les frontières de lancienne Bohème, incluant dans les Sudètes un grand nombre d'Allemands.

L'Etat serbe-croate-slovène, crée le 24 novembre 1918 par le Conseil national de Zagreb, regroupe autour de la Serbie du "vieux roi Pierre", le Monténégro, la Slovénie, la Croatie et la Dalmatie. Ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard que, sous le règne de son fils Alexandre, il prendra le nom de Yougoslavie. Comme celui de Prague, le nouvel Etat est extrêmement composite. A côté des trois nationalités principales qu'il rassemble subsistent d'importantes minorités allemandes, hongroises, albanaises, turques et roumaines qui forment 15% de la population du royaume. La diversité ethnique n'a dégale que celle des niveaux de vie et de culture; elle correspond souvent aux divisions religieuses qui séparent les Serbes orthodoxes des Croates et Slovènes catholiques, des Turques et Albanais musulmans.


Le 11 janvier 1920, le traité de Versailles entre en vigueur en même temps que les organismes internationaux qu'il instituait: Société des Nations, Bureau International du Travail, Commissions des réparations, Haute-Commission interalliée des territoires rhénans.

On a beaucoup critiqué ce traité en Allemagne mais aussi en Angleterre. La suite a en effet, démontré que certains reproches étaient fondés. Leurs auteurs manquaient d'expérience historique. Leur lacune la plus grande demeure sans doute de n'avoir pas perçu à quel point la guerre avait transformé le monde. A vouloir concilier trop de choses, leurs solutions ne satisfont personne et laissent tout en suspens.

L'Europe nouvelle était fondée sur le principe des nationalités. Mais quels étaient les critères d'une nationalité? Une frontière linguistique? La réalité d'une culture consciente de son essence propre?

Tous ces éléments s'enchevêtrent et en proclamant le droit d'un peuple à disposer de lui-même on oublia que ce droit est limité par celui d'un autre peuple voisin intimement imbriqué et que, dans ces cas fréquents, des sortes de fédérations s'imposent.

Si imparfait que fut ce traité comme toute l'oeuvre d'une coalition, il ne pouvait être qu'une transaction. Et ce furent les vainqueurs et, parmi eux, les Anglo-Saxons, qui lui portèrent des coups immédiats: les Etats-Unis en refusant de le ratifier et les Anglais en dénonçant l'alliance promise à la France.


Anonyme/VDC/2001

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mutuelle 25/10/2010 12:08



Tres bon blog.J'ai bien aimé la lecture.Tous ces éléments s'enchevêtrent et en proclamant le droit d'un peuple à disposer de lui-même on
oublia que ce droit est limité par celui d'un autre peuple voisin intimement imbriqué et que, dans ces cas fréquents, des sortes de fédérations s'imposent.Merci pour ces informations.