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Publié par François GERVAIS

Dès 1914, les soldats remplissaient leurs cahiers avec toutes les pensées qui leur venaient à l'esprit. En quelques mots d'introduction, Jean-Pierre Tubergue entre dans le vif du sujet d'une manière splendide: "Déplions avec mille égards, notre première feuille de tranchée... Au papier jauni, au temps que l'on sait écoulé depuis sa naissance, on s'attend à rencontrer un aïeul. Et c'est, quel choc ! un adolescent gouailleur qui nous interpelle, nous bouscule avec cette vivacité, cette irrévérence, ce goût de la provocation qui sont la marque même de la jeunesse".

On sent ici le feu, l'admiration qui a saisi l'auteur à la lecture des feuilles de tranchée écrites par ceux qui fêtèrent leurs vingt ans aux Eparges, à Douaumont... Parmi une masse de ces feuilles jaunies, l'auteur a sélectionné plus de 500 documets originaux pour nous faire découvrir dans cet album d'une grande qualité ces canards de tranchées, rédigés au front par les Poilus eux-même, écrits au repos et illustrés dans toutes les conditions.

"Les boyaux du 95", "L'écho des Marmites", "Marmita", "L'enfant de Bardapoux", "L'écho des Guitounes", "Le Poilu", "Le Diable au cor" et bien d'autres... Les titres des journaux sont innombrables, tous créés de manière spontanée avec les moyens du bord pour communiquer plus étroitement et montrer que le soldat français savait se battre en chantant.

Chanter, raconter, rire et rire notamment des choses les plus graves  -comme avec le petit poème la balle:

Une balle, mais à tout prendre, qu'est-ce ?
Un simple avis de mort qui fait un bruit d'abeille,
Et passe presque doux sans offenser l'oreille.
Un atome qui veut nous masquer le soleil,
Un ronflement qui donne un éternel sommeil.
Un style voyageur dont la pointe de cuivre
Pose le point final sur l'i du verbe Vivre.

Ou au contraire des plus simples (le chat de la popote, la chasse aux pous); célébrer sa pipe par un poème, évoquer avec humour le voisin d'en face (notamment par un petit poème sur la lette K), remercier le cuistot en lui dédiant un sonnet...

On pénètre de manière très vivante dans l'univers des Poilus, et on est étonné d'y voir tant de poésie et aussi de philosophie. Parmi tout cela, il y a une très belle prière du soldat blessé empreinte d'humilité:

O Seigneur, me voici misérable à tes pieds,
Ayant atteint le fond obscur de l'amertume.
Moi le dernier venu dans ce siècle d'acier,
J'ai comme les vieillards un dos maigre et ployé.
Je suis comme un berger perdu dans une brume,
Je suis comme un mendiant sans souliers ni costume
.

Mais il y en a beaucoup d'autres: cet album, une véritable mine dont on ne peut se lasser...

(1914-1918 Les journaux de tranchées, La Grande Guerre écrite par les Poilus) par Jean-Pierre Tubergue. Editions Italiques, 1 chemin des Beauregards/78510 Triel-sur-Seine.
159 pages / 30 €

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