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De tous temps les hommes ont honoré la mémoire de leurs soldats. C'est pourtant après la Première Guerre mondiale que l'on trouve les premiers monuments aux morts dans les communes françaises.

Certes, en 1887, une association proche du "Boulangisme", Le Souvenir français, invitait les municipalités à édifier des stèles commémoratives et l'on trouve quelques témoignages modestes de la guerre de 1870-1871.

La Grande Guerre signe l'entrée dans le XXe siècle, celui de la guerre de masse et du deuil collectif. Avec près de 900 hommes tués par jour en moyenne dans les rangs français, il n'est pas une famille qui n'ait connu la perte d'un proche.

Le 25 octobre 1919, la <<Loi sur la commémoration et la glorification des morts pour la France>> prévoit d'accorder une subvention aux communes qui envisagent d'honorer leurs enfants. Commémoration, glorification, honneur... Les partis d'extrême gauche craignaient alors que l'on n'exalte la guerre elle-même.

Les monuments aux morts ont une double signification. Il s'agit d'abord de témoigner de la douleur des familles, parfois décimées, d'où les nombreuses représentations des femmes, veuves ou mères, et des enfants. Le monument est aussi un hommage au sacrifice des soldats, véritable gloire nationale, qui ont donné la victoire.

Ainsi, entre famille et patrie, monument religieux et monument républicain, entre l'église et la mairie, sur la place de la ville ou dans le cimetière, on peine à les classer. Antoine Prost fut le premier à les étudier, notamment dans les livres de Pierre Nora sur Les Lieux de mémoire. Aujourd'hui, l'ouvrage de Jacques Bouillon et Michel Petzold, coédité par le Secrétariat d'Etat aux Anciens Combattants, invite à une nouvelle lecture de ces monuments.

Sans prétendre dresser un inventaire exhaustif des monuments, les auteurs nous en révèlent toute la richesse symbolique et la beauté esthétique. De magnifiques photographies viennent illustrer leur réflexion sur la construction des monuments, les inscriptions, les emblèmes guerriers, la statuaire et les images qu'ils donnent à voir de la France.

Sur les monuments aux morts érigés en l'honneur des soldats français ou étrangers (malgaches, marocains ou soldats noirs comme sur le monument du bois de Vincennes), on peut trouver des inscriptions patriotiques ("Que maudite soit la guerre" lit-on à Equeurdreville-la-Manche) et universalistes ("Morts pour la civilisation", "Mort pour le droit").

Pourtant, les emblèmes guerriers sont omniprésents (obus, fusil, casque), la mort est bien là dans toute sa cruauté (un soldat effondré à Château-Thierry) et l'esprit de revanche n'est jamais loin: ainsi, combien de coqs chantant la victoire en piétinant un aigle, ou bien trônant au sommet (un coq chantant sur le pan du drapeau national à Bagnolet).

Mémoire figée mais aussi mémoire en construction, les monuments s'inscrivent dans l'Histoire de France. Et finalement, les images réalistes du poilu, de sa veuve et des civils en guerre donnent un tableau vivant de la France d'alors.

F.S. /VDC

Mémoire figée, Mémoire vivante: Les monuments aux morts. Jacques Bouillon et Michel Petzold. Coédité par le Ministère de la Défense-Secrétariat aux Anciens Combattants.
160 pages / 27, 50 € / Editions Citedis 114 rue de Paris / 94220 Charenton-lePont.

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