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Publié par François Gervais

21 août 1944... La débacle de l'armée allemande a commencé, les troupes alliées ont débarqué le 6 juin en Normandie et le 15 août en Provence. Mais dans les zones non encore libérées, l'occupant se fait de plus en plus cruel.

En Savoie, l'Afrika Korps qui, sous d'autres cieux, avait combattu loyalement, a maintenant adopté le comportement des S.S., elle fusille, elle pille, elle assassine...

Ce 21 août 1944, un cultivateur menant une charette de foin, croise sur une route vers Chambéry-le-Vieux une camionnette allemande où ont pris place un officier et deux soldats armés de fusils mitrailleurs. Il s'arrête intrigué. Il ne tardera pas à savoir ce qu'ils viennent de faire... Un peu plus loin, sous des acacias, il aperçoit une forme humaine enroulée dans une toile.

Il redescend vers le chef-lieu, avertit le garde-champêtre et le curé, un Résistant. Un petit groupe s'assemble. On découvre le corps: c'est un officier français en uniforme de capitaine, croix de la Légion d'Honneur sur la poitrine, brassard F.F.I. au bras. Il a reçu une balle dans la tête, l'autre dans le coeur.

On le transporte à une chapelle proche où l'assistance s'associera aux prières du prêtre et lui rendra les honneurs. Il est bientôt identifié: c'est le capitaine Bulle, commandant les F.F.I. du secteur Albertville-Beaufortin.

Qui est ce capitaine Bulle? Le fils d'un combattant de 1914-1918, élevé dans des principes qui l'avaient amené tout naturellement à choisir la carrière militaire... Parcours classique: prytanée militaire, Saint-Cyr, affectation au 65e R.I. à Besançon, puis au 70e Bataillon Alpin de Forteresse à Bourg-Saint-Maurice.

1939 le trouve en Savoie et quand l'Italie entre en guerre, il commande une section d'éclaireurs skieurs. Dans l'Armée des Alpes qui, on s'en souvient, n'a pas été vaincue et n'a déposé les armes que contrainte et forcée par l'armistice, le lieutenant Bulle se fait remarquer par un haut fait au col de l'Enclave qui lui vaut la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur.

La discipline militaire l'oblige à souffrir en silence d'une défaite qui n'est pas la sienne... Mais lorsque en 1942, la zone sud est envahie et l'armée dissoute, libéré de toute allégence, il rejoint la Résistance et devient l'organisateur de l'Armée Secrète du secteur Albertville-Beaufortin-Val d'Arly. Il est bon de se souvenir que ces lieux dont le nom évoque maintenant les vacances d'hiver et les Jeux Olympiques, ont vu, il y a 65 ans, des hommes et des femmes lutter et mourir . Ils ont donné leurs vies parce qu'ils ne supportaient pas de voir la France, compromise par l'intermédiaire de son gouvernement, se faire complice de toutes les exactions commises dans ces moments de troubles de la libération du pays.

La capitaine Bulle va, jour après jour, constituer un bataillon qui sera fort de 1 300 hommes au moment de la libération. Cette délivrance imminente, il voudrait qu'elle se passe honorablement.

Le 20 août 1944, il estime le moment venu de négocier avec l'Etat-major ennemi, et sur la parole d'un officier allemand, il se présente à Albertville, seul, en uniforme de capitaine portant Légion d'Honneur et brassard F.F.I...

Mais les S.S. n'ont que faire de cette attitude chevaleresque. Dans des circonstances que l'on ne connaît pas très bien parce que les auteurs ne s'en sont pas vantés, il est arrêté, transféré vers Chambéry, abattu pendant le transport et jeté, démuni de toute pièce d'identité, là où le cultivateur de Chambéry l'a découvert.

Les jours suivants, Aix-les-Bains, Chambéry, puis progressivement toute la Savoie, vont être libérés... Et, dans toute la France, vont sonner les cloches de la victoire. On la fêtera, bien sûr, cette victoire... Mais peut-on oublier ceux qui ont tant fait pour elle et qui ne l'ont pas vue?

Nous, Veuves de Guerre qui les gardons vivants dans notre coeur, nous n'avons jamais voulu céder à un dolorisme stérile ni accabler les jeunes générations par des rappels constants qui paraîtraient des reproches. Mais nous pensons qu'il ne faut pas oublier. Le temps a passé. Les plaies se sont cicatrisées. Nous avons été dans les premières à vouloir et à promouvoir la réconciliation avec les ennemis d'hier. Mais le souvenir des grands et beaux caractères, ainsi que les sacrifices endurés doivent rester dans les mémoires.

Miléna Vuillerme

Pour plus d'informations sur la Résistance dans la région des Alpes, je vous invite à consulter le site de Guy Sylvain "Résistance et Libération"
link

Egalement consultable, la page du bulletin municipal de la ville de Chambéry consacrée au capitaine Bulle link

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