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Depuis le 20 avril 1792, la France est en guerre contre l'Autriche (et donc contre l'empereur Léopold II, frère de Marie-Antoinette). Le 24 avril, l'Armée du Rhin est à Strasbourg. L'ennemi est tout proche de la ville et l'affrontement semble imminent.

Alors que depuis la déclaration de guerre, les volontaires affluent et s'engagent dans l'Armée de la République, le maire de Strasbourg, Frédéric de Dietrich, songe qu'il serait bon qu'un chant guerrier stimulât le patriotisme, l'ardeur et l'enthousiasme de ces volontaires marchant au combat.

Claude-Joseph Rouget de l'Isle est un jeune capitaine du Génie, connu en ville pour ses talents de poète. Nombre de ses cammarades-officiers prétendent, au reste, qu'il est plus apte à enfourcher Pégase plutôt que son cheval d'armes, reconnaissant ainsi ses qualités d'homme de lettres mais contestant ses qualités d'officier.

Le maire s'adresse à lui, le priant d'écrire, au plus vite, son chant de guerre. Dans la nuit du 24 au 25 avril 1792, il écrit les paroles d'un chant de guerre en s'accompagnant du violon de son ami, le lieutenant Mascret, dont il sollicite les conseils pour composer la musique.

Le bataillon de Claude-Joseph se nomme: Les enfants de la Patrie. Aussi, les premiers mots lui viennent facilement: Allons, enfants de la Patrie... Dès le lendemain matin, il chante son oeuvre chez Frédéric de Dietrich, accompagné au clavecin par la fille de celui-ci, devant une assemblée de dix notables. L'approbation est unanime et l'hymne, dédié au maréchal Luckner, commandant l'Armée du Rhin, est baptisé Chant de guerre pour l'Armée du Rhin.

Le 29 avril, la Garde nationale joue pour la première fois en public l'oeuvre de Rouget de l'Isle sur la place d'arme de Strasbourg. (On comprend ainsi l'insistance du général Leclerc en 1944 pour que l'hymne national fût joué officiellement sur cette même place d'arme). Imprimé, le texte est diffusé dans toute la France mais le nom de l'auteur n'y figure pas.

Le 22 juin, lors d'un banquet qu'offre la ville de Marseille à cinq cents fédérés partant à Paris demander la déchéance de Louis XVI, le musicien Vernade déclame le Chant de guerre pour l'Armée du Rhin. L'enthousiasme est à son comble et les Marseillais l'adoptent aussitôt comme chant de marche. Le lendemain, il est publié pour le Journal des départements méridionaux sous le titre de Chant de guerre aux armées des frontières.

Le 30 juillet, les fédérés marseillais font leur entrée dans Paris en chantant le chant de guerre de Rouget de l'Isle. Les Parisiens le baptisent aussitôt La Marseillaise. Les paroles suscitent alors un tel engouement populaire qui se répand dans tout le pays que, dès septembre 1792, le département de la Guerre la fait imprimer sous le titre de Marche des Marseillais.

Le 28 septembre, la Convention décide que la Marche des Marseillais sera chantée dans toute la République pour honorer et célébrer les triomphes de la liberté. Le 14 juillet 1795, le chant est décrété hymne national. Interdit sous la Restauration et sous l'Empire, il redevient hymne national en février 1879.

A l'origine, la Marseillaise se composait de huit couplets. Aujourd'hui, seuls trois d'entre-eux sont officiels: les premiers, sixième et septième. L'un des couplets fut d'office supprimé par le ministre de la Guerre de l'époque: Joseph Servan de Gerbey, lequel, girondin, y voyait une connotation religieuse trop marquée. Ledit couplet se composait ainsi:

Dieu de clémence et de justice
Vois nos tyrans, juge nos coeurs
Que ta bonté nous soit propice
Défends-nous de ces oppresseurs
Tu règnes au ciel et sur la terre
Et devant toi, tout doit fléchir
De ton bras, viens nous soutenir
Toi, grand Dieu, maître du tonnerre.

Rouget de l'Isle eut à souffir de ce que la paternité de son oeuvre lui fut souvent contestée. La polémique dura jusque vers 1850. Le compositeur autrichien Ignaz Pleyel sera souvent cité comme étant  le véritable auteur de l'hymne. On évoqua aussi certaines similitudes avec le texte d'une lettre de Rousseau  à d'Alembert, de même qu'avec des musiques de Bach et de Mozart. Ces analogies ne furent jamais prouvées, mais les médisances firent long feu. Il est admis, à présent que Rouget de l'Isle est bien l'unique auteur et qu'il n'usa pas de plagiat.

Claude-Joseph Rouget de l'Isle naquit à Lons-le-Saunier, le 10 mai 1760. Démissionnaire de l'armée en 1796, il vécut fort modestement. Napoléon l'ignora, Louis-Philippe lui concéda une très maigne pension. Il mourut dans l'indigence le 26 juin 1836.

Inhumé au cimetière de Choisy-le-Roi dans l'indifférence de ses concitoyens, sa tombe est aujourd'hui décorée de tricolore et fleurie par la municipalité. Lors de ses obsèques, il n'y eut que les ouvriers fossoyeurs pour lui rendre le dernier hommage: lorsque le cercueil fut descendu dans la fosse, ils entonnèrent... La Marseillaise.

Jean-Didier Guérineau
Soldats de France-Nouvelles Générations

Sources:
Révolutions et Empires
: Alain Decaux
Histoire de France: Jules Michelet
Roi de France: Editions Atlas
Histoire des Français: Alain Decaux et André Castellot

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Commenter cet article

lafouine 30/08/2008 20:03

Comme officier du génie Rouget de L'Isle a été en garnison a Mont Dauphin ou il a apprécie le calme du lieu http://docroger.over-blog.com/article-13606409.html

François GERVAIS (webmaster et secrétaire de l'Union Locale de Bagnolet) 31/08/2008 08:39


Bonjour, je tenais à vous remercier pour ce point de précision. Cordialement.