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Madame Ginette Repettati

 
<< ...Toute jeune, je ne réalisais pas vraiment ce qu'il se passait. On allait à l'école. Jusqu'au jour où on a vu des copines arriver avec l'étoile jaune. Puis un matin, les Allemands sont venus les prendre, toute la famille, avec leurs meubles. On ne les a plus jamais revus.

Les gens vivaient au jour le jour, avec beaucoup d'inquiétude. Tous les mois on avait notre distribution de tickets. Selon l'âge, on avait droit à du lait ou 15 g de viande en plus. Le beurre, le pain, le fromage... Tout était rationné. Au marché, ma mère, ma soeur et moi faisions la queue à trois files différentes.

A partir de 1944, on a commencé à respirer. Petit à petit, le quotidien s'est amélioré. Mais on vivait vraiment à l'étroit. Nous étions cinq dans une seule pièce, sans écoulement d'eau. Le ravitaillement s'était amélioré mais on continuait à aller au lavoir pour laver le linge.

En 1944, on essayait de se rendre utile. On aidait à monter les barricades, à notre âge, tous les jeunes, on avait un tel enhousiasme! Moi j'étais à Montreuil avec les FFI à la mairie. On préparait des sandwichs dans les sous-sols, puis on les portait sur les barricades.

Sur Bagnolet, c'était autre chose. Il y a eu tous ces enfants juifs qui ont été déportés et que nous ignorions à Montreuil. Des choses se passaient mais nous péchions un peu par ignorance. Il y a eu beaucoup de faits qu'on à découvert à la Libération en 1944.

J'avais 16 ans en 1945. Mon futur mari s'est engagé dans les FFI. Pour y parvenir, il a dû réaliser un faux acte de naissance. Comme beaucoup d'autres, il s'est vieilli de deux ans. Il s'est engagé au Fort de Romainville. Il s'est retrouvé au camp de Magny ensuite, puis incorporé dans la 3e Armée américaine en 1945. De février à mai 1945, il était en campagne contre l'Allemagne dans les Ardennes avec Patton. Puis il s'est de nouveau retrouvé dans l'armée française.

Pour moi, grâce au patronage, je suis devenue guide de France. On savait qu'il y avait des camps en Allemagne, mais on ne réalisait pas ce qu'il s'y passait. On l'a su après la Libération des camps en 1945 quand tous ces prisonniers sont revenus. Les guides de France, avec la Croix-Rouge, allaient dans les gares pour brancarder les prisonniers. C'était terrible! Le brancard vide était souvent plus lourd que les hommes qu'on mettait dessus. On avait comme consigne de ne leur donner ni à boire, ni à manger. Ce sont des images qu'on traîne toute sa vie.

Mais on ne se rendait toujours pas compte de ce qu'ils avaient subi. Ils ne racontaient pas. C'est après, avec les images des informations au cinéma que nous avons compris l'horreur. Le jour de la victoire, c'était merveilleux. On ne peut pas décrire ce qu'on ressentait. Tout le monde était enthousiaste. Ce n'était que cris de joie et chansons. La liesse générale parcourait les rues...>>

Fin de la seconde partie.... a suivre le témoignage de Madame Delavois.

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