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 Mals connus, voire gommés de la mémoire collective, les camps de transit ou d'internement ont pourtant bien existé, même dans le Centre-Ouest. Des milliers de juifs, de politiques et de tsiganes y seront enfermés de 1939 à 1945. Dans une liste non exhaustive, nous allons revenir dans cette étude sur l'organisation et le fonctionnement de ces camps. Voves, Rouillé, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, etc., autant de nom qui nous ramènent au coeur des ténèbres...

De 1939 à 1945, selon l'expression de l'historienne Anne Gryberg, << La France a été une terre de camps >>. Cette réalité peu glorieuse ne doit pas masquer une constatation essentielle: il n'y a pas eu  -à l'exception du Struthof-  de camps d'extermination sur le territoire national.

Dès la fin de la guerre civile espagnole et la défaite des Républicains, la France voit affluer des centaines de réfugiés qui sont d'abord répartis dans des centres d'hébergement, qui vont rapidement se transformer en centres d'internement. Avec le début du conflit mondial, le gouvernement prend des dispositions pour interner les étrangers devenus <<indésirables>> du fait de la déclaration de guerre, y compris les juifs allemands et autrichiens fuyant les persécutions. Tous étaient considérés comme <<personnes dangereuses au regard de la défense nationale ou de la sécurité publique>>.

C'est donc bien la République et pas le régime de Vichy qui mettra en place ce système de camps qui vont pousser comme des champignons dans tout le pays. Certains auront une existence éphémère comme ce rassemblement de 640 Républicains espagnols, sous bonne garde, parqués dans un <<village de tentes>> sur le stade municipal de Niort (Deux-Sèvres) de janvier à juin 1939.

D'autres auront une permanence plus scandaleuse puisqu'ils serviront à la fois pour <<abriter>> les juifs, les communistes, les prostituées, les tsiganes et évidemment les réfractaires et les résistants pour le compte de l'occupant nazi. Après la Libération, ce seront les droits communs, les prisonniers de guerre allemands, les collaborateurs et encore les tsiganes (il y en aura encore près de 1 870 derrière les barbelés français en mai 1944).

Ceux-ci subiront de toute façon, un sort particulier puisque soumis, depuis le 6 avril 1940, à un décret-loi du président Albert Lebrun les astreignant à résidence sous surveillance de la police française (1). Un camp est un camp.

Il n'est pas inutile de rappeler que pour rassembler les milliers de soldats français devenus prisonniers après l'armistice de juin 1940 à l'intérieur du territoire français, l'occupant installera provisoirement un peu partout des "Frontstalags" dans lesquels vont végéter (parfois un an) des centaines de P.G.

Mais il n'en demeure pas moins que c'est bien le régime collaborationniste de Vichy, s'appuyant sur un arsenal répréssif inégalé  -sauf évidemment en Allemagne-  qui va organiser, gérer et alimenter ces lieux où les nazis puiseront otages et déportés (2).

Il faudra attendre le 16 juillet 1995, date anniversaire de la rafle du Vel'd'Hiv, pour entendre un président de la République (Jacques Chirac) reconnaître publiquement la responsabilité et la complicité du gouvernement dit <<de l'Etat français>>, dans les persécutions racistes et antisémites: << Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'Etat français ! >>.

75 000 juifs ont été conduits de France vers les camps de la mort et 65 000 déportés-résistants ont connu le même sort.

(1) Malgré le travail de mémoire effectué par Jacques Sigot et Jean-Louis Bauer, la cause tsigane n'a toujours pas obtenu la reconnaissance nationale qu'elle mériterait.

(2) En 1941, rien que pour la zone occupée, on comptabilise dans le Centre-Ouest une douzaine de camps. Situés en Charente, en Charente-maritime (dont la citadelle de Saint-Martin de Ré), en Eure-et-Loir (Voves); mais aussi à La Motte-Beuvron (Loir-et-Cher), à Monts (camp de La Lande en Indre-et-Loire), à Poitiers et à Rouillé (Vienne), à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) et à Jargeau (Loiret); mais encore dans le Loiret où les deux camps (Pithiviers et Beaune-la-Rolande), verront notamment transiter les familles raflées au Vel'd'Hiv vers Drancy et vers l'horreur de la "Solution finale". Des convois pour Auschwitz, Mathausen, Neuengamme et Sachsenhausen partiront de presque tous les camps jusqu'au dernier moment (sauf Montreuil-Bellay et Jargeau) puisque le 8 mai 1944, un mois seulement avant le débarquement, plus de 800 internés "Nuit et Brouillard" de Voves seront acheminés vers les chambres à gaz.

Hervé Cannet
1944: la région opprimée, la région libérée. La Nouvelle République hors série / 2004

Fin de la première partie. A suivre: Monts, le camp de La Lande "le courage des femmes"

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