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Monts: le courage des femmes.

Le camp de La Lande (Indre-et-Loire) a d'abord été un camp d'internement pour les juifs avant de se transformer en camp de détention pour femmes. Plus de 200 militantes engagées, syndicalistes ou politiques en firent un lieu de combat et de solidarité.

En 1982, deux habitantes de Monts  -petite cité de la banlieue sud tourangelle-   filles de déportés et résistants, montèrent une exposition sur le camp de La Lande. Ainsi sortait de l'oubli, quarante ans après, un lieu d'internement dont les anciens de la région se rappelaient vaguement avoir été un <<camp pour prostituées et traficants>>.

Le camp de La Lande, situé non loin de la voie ferrée Paris-Bordeaux, fut construit en 1939 pour loger le personnel supplémentaire de la poudrerie nationale: 26 bâtiments en dur sur sept hectares. La Gestapo de Tours réquisitionne l'ensemble en 1940 pour le transformer en centre d'accueil. Dès septembre, on y trouve des juifs et des étrangers raflés dans les grandes villes avoisinantes de l'Ouest (ainsi que deux juives  anglaises dont une vieille dame de 71 ans, Ethel Peck qui restera jusqu'au bout !); puis dès les 1er et 5 décembre arrivent deux convois de juifs de l'Est de la France réfugiés à Bordeaux. Ils sont au maximum 541 en mars 1941.

Premier changement de décor le 3 octobre 1941, le camp devient un camp d'internement. Triple réseau de fil de fer barbelés, personnel de surveillance renforcé (27 gendarmes en renfort, plus les gardes civils), guérites, éclairages nocturnes. Le camp de La Lande compte 278 internés israélites fin 1941. En 1942, comme à Pithiviers et Beaune-la-Rolande, des convois de déportés partent vers l'Allemagne. Regroupé à Angers, le convoi n° 8 du 20 juillet comptera 1 139 personnes, dont 133 internés du camp de Monts.

Avec les rafles, le camp est surchargé et le 4 septembre, un nouveau convoi, le n° 31, part pour Drancy avec 422 prisonniers juifs, venant tous de La Lande. Les convois n° 32 et n° 36 achèvent fin septembre 1942, de vider le camp où il ne reste que les effets personnels de 500 malheureux pour lesquels leur séjour à Monts fut l'antichambre d'Auschwitz.

Deuxième changement de décor, le 2 octobre 1942. Le camp de La Lande devient le seul camp de femmes de la France occupée. 227 femmes, syndicalistes, épouses de militants communistes ou militantes elles-mêmes, résistantes (1) y sont transférées. Puis le 4 octobre, 140 nouvelles détenues, en provenance de Châteaubriant (Loire-Atlantique) ou de Gallion (Eure), toutes des "politiques", débarquent à Monts.

Dehors, les ouvriers qui travaillent à la poudrerie passent parfois en saluant les prisonnières le poing fermé, des journaux circulent, les informations aussi. Mais la faim, la promiscuité, les poux... Le 23 août 1943, les 300 "politiques" participent à une révolte qui aboutira au transfert de force à Mérignac, de 25 "meneuses", saluées lors de leur départ, par une vibrante <<Marseillaise>>. Les organes clandestins de la Résistance feront connaître rapidement le courage et la détermination des détenues de Monts, leur discipline, leur solidarité, et leur combat incessant pour leur dignité.

Le 15 janvier 1944, après divers prélèvements de la Gestapo, et alors qu'il ne reste que 186 prisonnières, elles sont acheminées au camp de la route de Limoges, à Poitiers. Elles finiront pour la plupart à rejoindre la Résistance. Sur le camp de La Lande à Monts, une chappe de plomb va alors tomber... L'endroit sera rasé en 1970.

On y bâtit un coquet quartier pavillonnaire et un terrain de sport. Une première plaque va être apposée en 1988, une simple plaque avec ces mots: << En mémoire des victimes de la haine raciale et politique, internées en ce lieu, de 1940 à 1944 >>. En 1995, une deuxième viendra compléter l'ensemble. Depuis  chaque année, communauté juive et ville de Monts rendent hommage à l'ensemble des internés hommes et femmes du camp de La Lande.

(1) Il y a parmi elles Gisèle Fontanot, tante  de l'un des des héros du groupe Manouchian, Spartaco Fontanot.

 

Hervé Cannet.
1944: la région opprimée, la région libérée. La Nouvelle République hors série / 2004.


Fin de la seconde partie. A suivre, Douadic: un centre de "triage".

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