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Douadic: un centre de "triage".

Dans une paisible prairie de l'Indre, il n'y a plus qu'une simple stèle pour rappeler qu'ici fut installé un camp de transit où des centaines de Juifs étrangers, pourtant réfugiés en zone libre, furent livrés aux nazis.


Située au bord de l'étang de la Gabrière, au coeur de la Brenne, entre Le Blanc et Rosnay, c'est une stèle blanche, inaugurée le 22 septembre 1995. Y sont gravées les dix lignes suivantes: << Ici, à Douadic, de 1940 à 1944, au mépris des droits de l'homme, le gouvernement de Vichy a créé un centre d'internement pour Français et étrangers. Des juifs, victimes des lois raciales, y furent regroupés et "triés" avant d'être déportés vers le camp d'extermination d'Auschwitz. Souvenez-vous ! >> Dans l'Indre aussi, qui était à l'époque, et c'est capital, en zone non-occupée (le département accueille près de 83 000 réfugiés !), il aura fallu de longues années pour que la mémoire se réveille.

Le camp de Douadic est créé en 1940 et sa gestion est d'abord assurée par un commissariat spécial dépendant de la sûreté nationale (de Vichy) puis par le commissariat de lutte contre le chômage qui contrôle les émigrés. A ce titre, 173 Espagnols et 27 juifs polonais vont y passer, en attente de transfert.

Le 20 août 1942, nouveau changement d'appellation. Le préfet de l'Indre apprend qu'il s'agit désormais d'un "centre d'accueil du service social des étrangers". Sous cet euphémisme se prépare la plus grande rafle que l'Indre ait connue: dans la nuit du 25 au 26 août, de quatre à cinq cent juifs sont arrêtés et regroupés là sous la surveillance des GMR (groupes mobiles de réserve, ersatz de gendarmerie chargée des grandes opérations de maintien de l'ordre).

Pendant un mois  -jusqu'au 20/21 septembre-  des dizaines d'autocars feront la noria, chargeant dans le calme vieillards, femmes et enfants: direction le camp de Nexon en Haute-Vienne, puis Drancy, puis Auschwitz. Le régime de Vichy les livre ainsi, pieds et poings liés, aux bourreaux nazis et aux camps d'extermination: six semaines après le Vel'd'Hiv', le régime du maréchal Pétain (René Bousquet, en l'occurence), et devançant les voeux de l'occupant, avait offert spontanément d'inclure les juifs de la zone dite "libre" dans les quotas de la déportation.

Douadic, devenu "centre de regroupement d'Israélites en vue de leur transfert", fonctionne comme une gare de triage préparant des convois vers d'autres points de rassemblement en "fonction des affinités raciales".

Après de nouvelles rafles en février 1943 (y compris de non-juifs), en juillet, le camp berrichon regroupe 167 internés de treize nationalités différentes et en octobre, 233 dont 122 juifs. En mars 1944, il y aura de nouvelles arrestations de masse. Alors que Douadic devient "centre CSE pour étrangers malheureux et sans ressources", il fournira quand même son lot de déportés.

A la Libération, les collabos y seront parqués jusqu'à la fermeture définitive au printemps 1945. Depuis, le camp de Douadic est redevenu ce qu'il était: une prairie.

Hervé Cannet
1944: la région opprimée, la région libérée. La Nouvelle République hors série / 2004.

Fin de la troisième partie. A suivre, Montreuil-Bellay: la mémoire tsigane.

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