Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Pithiviers: le crime de Vichy

Le sort des femmes et des enfants juifs raflés en juillet 1942 à Paris et tranférés dans les camps du Loiret a été réglé par le régime de Vichy. C'est Vichy qui a décidé de la déportation de milliers d'innocents qui ne reviendront jamais.

Au bout de l'avenue de la République, se dresse la gare de la sous-préfecture du Loiret, Pithiviers. Elle fut le point de départ pour l'horreur. Le camp de cette petite ville, à 80 kilomètres de Paris, servit d'abord pour interner 1 200 juifs d'origine polonaise, après la première grande rafle dans la capitale, le 13 mai 1941. Dans le journal local, un commentaire assure: << Le Loiret se serait bien passé de ce cadeau ! >> mais la rubrique des offres d'emploi cherche 200 gardiens (entre Beaune-la-Rolande et Pithiviers, il y a 17 kilomètres) qui seront payés 930Francs par mois, nourris et logés.

 

Après le Vel' d'Hiv' (16 et 17 juillet 1942: 13 152 arrestations opérées par la police française), les 7 618 juifs raflés dans Paris sont ainsi répartis: 4 544 à Pithiviers et 3 074 à Beaune-la-Rolande. Essentiellement des femmes et des enfants (plus de 3 500) puisque les célibataires et les couples sans enfant (4 992 personnes) avaient été extraits du vieux Vélodrome pour être directement internés à Drancy. Car, les autorités allemandes (Heinz Röthke, responsable parisien du service des Affaires juives de la Gestapo) n'exigent, à la demande d'Adolf Eichmann, que la déportation << des juifs de plus de seize ans >>.

Ce sont les Français, et notamment Jean Leguay, délégué en zone occupée de René Bousquet, chef de la police de Vichy, qui ont demander à ce que les enfants fassent aussi partie des convois. En attendant la réponse de Berlin et puisque, dans l'esprit de ces bureaucrates de la mort, il ne faut surtout pas retarder le programme des trains, Jean Leguay ordonne au préfet du Loiret de séparer les mères des enfants, puisqu'elles étaient << immédiatement déportables >>.

Le crime eut lieu du 3 au 7 août 1942. Les gendarmes français firent leur travail à coup de crosse, les cris des mères devenues folles de douleur, retentissant jusqu'au centre-ville de Pithiviers. Après ces premiers convois, il restera sur place 1 800 enfants qui prendront, par vagues successives, la direction de Drancy, puis d'Auschwitz. Les derniers des 3 500 enfants du Vel' d'Hiv' quitteront Pithiviers le 16 septembre: aucun ne reviendra.

Au total, huit convois rouleront vers les camps d'extermination entre juin et septembre 1942, dont celui du 20 septembre, le n° 35, composé d'un millier d'adultes et de 163 enfants. A partir de cette date, la sous-préfecture du Loiret voit surtout des internés politiques communistes de la région parisienne remplacer petit à petit les juifs.

En 1997, la polémique sur la conduite du sous-préfet de l'époque, Michel Junot entre août 1942 et août 1943, qui a toujours affirmé << n'avoir jamais mis les pieds dans ces camps >> aura permis que l'histoire de ces deux camps du Loiret soit encore d'actualité. Mais en août 2002, il n'y avait qu'une vingtaine de personnes, dont le maire de Pithiviers, Philippe Pintaux, pour se relayer afin de lire, devant la gare désertée, la liste interminable des noms des déportés.

Hervé Cannet
1944: la région opprimée, la région libérée. La Nouvelle République hors série / 2004

Fin de la cinquième partie. A suivre, Beaune-la-Rolande: les hurlements des mères

Commenter cet article