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Rouillé: un réservoir d'otages.

Situé à 30 kilomètres au sud de Poitiers, près de Lusignan, le camp maintient "politiques" et droits communs dans des conditions très dures. L'occupant y puise des bras pour l'édification du Mur de l'Atlantique et des martyrs qu'il fusillera.

Le 18 novembre 1941, vingt militants communistes tourangeaux sont transférés du camp de la Morellerie (Indre-et-Loire), dont les poteaux et les fils de fer vont servir à clôturer le camp de La Lande ainsi que celui de Rouillé. Ce camp spécialisé dans l'internement administratif des militants politiques a ouvert ses grilles le 6 septembre 1941 pour recevoir d'abord 150 communistes arrêtés en région parisienne.

Une vingtaine de barraques en bois installées sur un hectare et demi font face à la gare et à la voie ferrée Poitiers-Niort. Ce camp très remuant, difficile à garder, mélangera (mal) "politiques" et droits communs: en janvier 1942, on y compte 526 communistes, 60 prisonniers de droit commun et 36 trafiquants du marché noir. Les militants, comme partout, organisent une vie clandestine intellectuelle intense: conférences, cours réguliers, orchestre, chorale, mais aussi artisanat, et éducation physique. Comme le parti communiste clandestin en a donné le mot d'ordre absolu, ils refusent d'être libérés en signant une lettre d'allégence au maréchal Pétain.

Les conditions de vie sont extrèmement dures même si vont tenter de les assouplir la Croix Rouge, le docteur Cheminée qui fera évader nombre de détenus par l'Hôtel-Dieu et surtout le révérend-père Fleury, et soeur Jeanne Cherer, une religieuse mosellane des Filles de la Charité, qui prend d'énormes risques pour introduire de la nourriture.

Mais l'occupant se sert aussi du camp comme "réservoir à main d'oeuvre" pour alimenter l'Organisation Todt et le Mur de l'Atlantique tout proche, et surtout comme d'un réservoir à otages. Certains <<meneurs>> dénoncés, sont ainsi transférés à Compiègne (52, le 9 février 1942; 13 en mars; 138 en mai); le 7 mars, trois militants parisien sont emmenés par la Feldgendarmerie à la Butte de Biard, près de Poitiers, pour y être fusillés, en représailles d'attentats commis contre les Allemands. Six autres suivront le 30 avril.

Afin d'éviter tout attroupement hostile, l'occupant fera enterrer les dépouilles isolément, dans les cimetières de différentes communes avoisinantes. L'un des supliciés avait pour seul crime d'avoir été surpris à fleurir la tombe de Paul Vaillant-Couturier, premier rédacteur en chef de <<L'Humanité>>.

Pour empêcher le tranfèrement ou d'autres exécution d'otages, dans la nuit du 10 au 11 juin 1944, le camp est investi par les maquisards de FTP-Nord qui délivrent 47 détenus dont 30 "politiques". Profitant de la confusion, une vingtaine d'autres réussissent à s'enfuir. Le camp de Rouillé sera totalement vidé de ses derniers occupants le 12 juin.

Les fuyards se réfugieront dans la forêt de Saint-Sauvant pour former un embryon de maquis (le maquis Urbistondo) où, à la suite d'une dénonciation, les Allemands les encercleront et les massacreront, le 27 juin. 31 seront abattus à Vaugeton et les corps criblés de balles seront écrasés sous les roues d'un camion nazi.

C'est ici, à Biard et à Vaugeton que les deux neveux de Spartaco Fontano  -lui même fusillé comme membre du Groupe Manouchian-  Neronne et Jacques Fontano, seront fusillés.

Il y a quelques années, une école à vu le jour à l'emplacement du camp de Rouillé. Une stèle commémorative est apposée sur le mur avec le texte suivant: <<1941-1944. Sur l'emplacementde cette école se dressait un camp hitlérien de concentration. Ici, des hommes luttèrent, souffrirent et moururent pour la France et la Liberté.>>

Hervé Cannet

1944: la région opprimée, la région libérée. La Nouvelle République hors série / 2004

Fin de la septième partie. A suivre, Poitiers: des juifs et des tsiganes.

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