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Poitiers: des juifs et des tsiganes

L'un des rares camps mixtes de la France occupée, celui de la route de Limoges, comptera des prisonniers tsiganes, juifs et républicains espagnols. Il servira surtout de transit vers les camps de la mort en Allemagne et en Pologne.

Ouvert en octobre 1939 pour acceuillir les réfugiés espagnols, le camp, dès décembre 1940, va recevoir 504 tsiganes venant du Poitou, du Maine-et-Loire, de la Manche et de Gironde. Il porte alors le nom de "camp de concentration de nomades".

Les conditions de vie et de salubrité y sont effroyables (bourbier, surpeuplement, vermine, famine). En juillet 1941, il va servir de camp de transit pour les juifs vers Drancy et les chambres a gaz. Il sera l'un des rares camps mixtes de la France occupée comptant, au 1er décembre 1941, près de 800 internés (dont 452 nomades, 322 juifs et 27 Espagnols).

Les convois pour l'Allemagne vont vider les lieux en 1942: ainsi le convoi n° 8 du 18 juillet sera le seul qui ralliera directement Auschwitz avec 824 déportés du Poitou et des Pays de la Loire (648 arrestations). Mais viendront les grandes rafles du 8 au 10 octobre sur tout le Poitou-Charentes (au cours desquelles 627 juifs seront appréhendés à Poitiers, soit le tiers de la totalité des arrestations de la zone occupée), et de novembre (6 et 7), et la route de Limoges deviendra ainsi le seul camp d'internement des juifs de la région. D'avril à décembre de cette sinistre année, 1 268 juifs transitent de Poitiers vers Auschwitz, Mathausen, Sachsenhausen, Bergen-Belsen, etc.

316 au début de 1943, et 262 de janvier à août 1944. Au total, près de 1 800 personnes de confession juive seront déportées en douze transferts au départ de la Vienne (parmi lesquels de nombreux réfugiés mosellans arrivés en Poitou en 1940)... dont 502 enfants.

Pourtant, grâce à la Croix-Rouge et au dévouement du rabbin Elie Bloch et du révérend-père Fleury, près de 150 enfants purent être sauvés et hébergés dans des familles d'accueil poitevines. En ce qui concerne les tsiganes, une centaine fut déportée en janvier 1943 via Compiègne pour Buchenwald, et les 350 encore valides furent transférés à Montreuil-Bellay, fin 1943.

Le 4 janvier 1944, Poitiers devenu centre de séjour surveillé (alors qu'on continue à déporter Juifs, résistants et réfractaires) reçoit près de 300 femmes "politiques" venues des camps de La Lande, Beaune-la-Rolande et Pithiviers. Les conditions d'internement y furent, à cette période, particulièrement abominables malgré le courage et l'organisation des militantes.

Le 26 août, le R.P. Fleury, l'aumônier des camps et soeur Cherer (cette Mosellane parlant parfaitement allemand, et dont la grande cornette blanche apportait partout l'espoir), réussirent à faire vider le camp et à mettre les internés à l'abri au collège Saint-Joseph, avant l'arrivée des soldats du 950e bataillon SS hindou en débandade (dont la liste des exactions terrorisait la région).

Du 6 septembre 1944 au 31 octobre 1945, le camp servit à emprisonner les anciens de la Waffen SS, les collaborateurs et les trafiquants en attente de jugement.

Hervé Cannet
1944: la région opprimée, la région libérée. La Nouvelle République hors série / 2004

Fin de la huitième partie. A suivre pour conclure, l'évocation de trois camps:

- Voves: la grande évasion
- Jargeau: jusqu'à Noël 1945
- Lamotte-Beuvron: mortelle étape

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