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Voves: la grande évasion.

Situé près de Chartres, le camp de Voves commence par accueillir entre juin 1940 et fin 1941, près de 10 000 prisonniers de guerre français comme "Frontstalag". Transformé en camp de séjour surveillé, il sert à partir de janvier 1942 de réservoir d'otages aux autorités allemandes: les internés, majoritairement des militants communistes (venant de Châteaubriant, mais aussi de Rouillé, de Pithiviers, de Compiègne) sont classés, répertoriés, en attendant le bon vouloir des nazis qui les faisaient conduire soit au peloton d'exécution, soit dans les wagons pour les camps d'extermination. Mais ce camp  -qui comptera au maximum près de 2 000 internés-  sera exceptionel par la solidarité exemplaire qui va y régner. Chaque baraque y est une <<famille>> et dans l'objectif de former des cadres politiques et militaires pour la Résistance.

L'autre caractéristique de Voves, c'est d'avoir été le camp des évasions. Vingt tentatives au moins ont été recensées et 75 détenus réussirent à se faire la belle dans les circonstances les plus abracadabrantes: faux gendarmes vêtus de costumes en papier mâché; faux électriciens, etc. Le 19 février 1944, le commandement militaire clandestin de Voves décide de faire creuser un tunnel depuis la baraque des douches pour organiser une fuite collective. Un boyeau de 148 mètres situé à deux mètres de profondeur fut donc bâti dans des conditions épouvantables et dans la nuit du 5 au 6 mai, alors que les responsables avaient appris l'imminence d'un convoi de déportation, 42 prisonniers passaient ainsi sous la clôture et rejoignaient les rangs de la Résistance. En guise de représaille, les SS vont embarquer dans des wagons à bestiaux la totalité des internés et après un transit à Compiègne, les transférer à Neuengamme... d'où ne reviendra qu'une trentaine de survivants à la Libération.

Jargeau: jusqu'à Noël 1945.


Construit à la hâte en 1939 pour accueillir les évacués de la région parisienne, le camp de Jargeau (Loiret), à 600 mètres du centre-ville, servira ensuite de "Frontstalag" pour les prisonniers de guerre français. A partir du 5 mars 1941, il entame sa troisième <<carrière>>, celle de camp d'internement des tsiganes. Ils sont d'abord une centaine, venant de l'Eure, de l'Orne, et du Loir-et-Cher. Puis leur nombre ira croissant: ainsi en décembre 1941, Jargeau comptera 604 nomades et 29 prostituées; en août 1942, 458 nomades; mais au 28 mai 1945 (le Loiret a été libéré il y a plus d'un an et la fin officielle de la guerre date du 8 Mai !), ils sont encore 445 internés dont 429 nomades. Il faudra attendre la veille de Noël 1945, pour que les 104 tsiganes prisonniers soient relâchés sur les routes après... le remboursement des frais d'internement.

Le silence et l'oubli retomberont alors (comme sur tous les camps d'internement de nomades) et il faudra l'obstination de Jean-Louis Bauer, dit "Poulouche", gitan de la Vienne, qui fut interné du 15 octobre 1940 au 12 septembre 1945 dans quatre camps différents pour nomades, pour réveiller la mémoire collective. Le 7 décembre 1991  -cinquante ans après son ouverture-  une stèle sera enfin apposée près du collège Clos-Ferbois bâti après-guerre à l'emplacement du camp.

Lamotte-Beuvron: mortelle étape.

Le centre médical des Pins, un sanatorium à Lamotte-Beuvron (Loir-et-Cher) fut transformé en camp d'internement. Après les réfugiés espagnols, en octobre 1940, près de 501 personnes, essentiellement des tsiganes y sont internées avant d'être transférées au camp de Jargeau. En mars 1942, cent-douze juifs transférés du camp de Poitiers, y passèrent quelques mois emprisonnés; le 27 juillet, quatre-vingt-dix-huit d'entre eux furent ensuite conduits à Pithiviers, puis à Drancy, et enfin à Auschwitz... dont un seul survivant revint.

En juin 2000, Yvette Ferrand qui, travaillant sur la Shoah en Loir-et-Cher, mène un combat contre les <<falsificateurs de l'Histoire, pour le devoir de mémoire>> rappelait que <<l'établissement, redevenu aujourd'hui centre médical, mentionne dans sa plaquette que durant cette triste période, ses locaux furent... désaffectés>>. En fait, à partir de janvier 1943, le centre des Pins abrita les petits tuberculeux morbihannais du sanatorium de Kerpape à Ploemeur, repliés sur le Loir-et-Cher.

Hervé Cannet
1944: la région opprimée, la région libérée. La Nouvelle République hors série / 2004

Fin de la neuvième et dernière partie de l'article sur "Les camps d'internement du Centre-Ouest de la France 1939-1945"

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