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Mobilisée par sa libération, la France de l'été 1944 n'avait, c'est vrai, ni le goût, ni les moyens de déclarer la guerre à l'Espagne franquiste. Il n'empêche que les 10 000 maquisards espagnols qui contribuèrent, de l'Ariège au Vercors, à chasser l'occupant méritaient un peu mieux qu'un Salud expéditif et notre sympathie apitoyée, lorsque l'on referma sur eux la frontière des Pyrénées.

Résumons les faits. En cet été sans pareil, le 14e corps de guérilléros, constitué de réfugiés républicains, disposent de détachements armés dans une trentaine de départements ! Traités comme des galeux lors de leur arrivée en 1939, les antifascistes espagnols vont rembourser au centuple, par l'impôt du sang, cette hospitalité consentie du bout des lèvres par la IIIe République, et reniée ensuite par Vichy.

Dix mille hommes ! C'est énorme pour une communauté pas encore assimilée et c'est bien peu pour vaincre l'armée du Caudillo. Mais les rescapés des camps de Gurs et d'Argelès (la "lie de la Terre" éructait la presse d'extrême droite en 1939) ont l'habitude de forcer leur chance. Le 19 octobre 1944, 3 000 d'entre eux s'infiltrent dans le Val d'Aran qui deviendra, pensent-ils, sur son versant espagnol, la première <<zone libérée>> de la future insurrection franquiste.

On ferme aussitôt la frontière derrière eux pour prévenir les protestations du dictateur, d'autant que certains ne sont pas fâchés que ces dynamiteros, aillent se faire pendre ailleurs (ou plutôt garrotter, à la mode franquiste). Ce sera un massacre !

Sur tous les points de passage, la guardia civil leur tend des embuscades, renseignée semble-t-il, par des espions passés en France ou, disent certains, <<par des sources gouvernementales françaises>>. Franco avait-il une "taupe" au Quai d'Orsay ou dans un état-major qui comptait, à coup sûr, peu de sympathisants de l'ancien Frente popular ? En réalité, ce n'était même pas nécessaire tant les guérilleros avaient annoncé depuis des semaines, leur intention d'ouvrir en Espagne un nouveau front.

Condamnée à l'échec par l'irruption de la guerre froide, cette guérilla se poursuivra cahin-caha, jusqu'à la fin des années 40. Antisoviétisme oblige, Franco sera même promu par les Américains "Sentinelle de l'Occident", et les rescapés du Val d'Aran conserveront encore trente ans dans leur cave la bouteille destinée à fêter la mort de leur persécuteur !

E.D.
Les lourds secrets de la Libération de la France / Marianne 2004

 

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