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A l'abri des regards des passants, sur la face cachée de la stèle de granite bleu de la Forêt-du-Temple, dans la Creuse, figure une inscription unique en France: << Emma Bujardet, morte de chagrin, 1917 >>

C'est en 1921, qu'Alexandre Bujardet crée une fondation pour participer à l'édification du monument aux morts de sa commune. Sa condition pour financer le projet: qu'apparaisse sur l'édifice non seulement les noms de ses trois fils, Fernand (mort en 1915), René (mort en 1916), Maurice (mort en 1917) et celui de son neveu Marcel (mort en 1915), mais aussi celui de son épouse, Emma.

En donnant trois fils à la France, n'a-t-elle pas, elle aussi, mérité de la patrie? Le président de l'Association des Anciens Combattants de la Creuse n'est pas d'accord, et écrit au maire de la Forêt-du-Temple pour faire connaître sa désapprobation: << Je ne pense pas que, malgré tout le mérite qui peut être attribué à la dame en question, elle puisse mériter ce titre glorieux. >> Le rituel de la commémoration ne concerne que les combattants. Mais dans la France aux 600 000 veuves, sur les 98 donateurs du village, un seul refuse finalement l'inscription, et la stèle est inaugurée le 25 mai 1922.

Aujourd'hui, la commune creusoise n'abrite plus que 151 habitants, contre 500 avant 1914. La Grande Guerre a enclenché le déclin démographique de la Creuse en la saignant à blanc: 20% des mobilisés ne sont pas rentrés, soit 40% des hommes nés entre 1891 et 1900.

Dans le village silencieux, l'inscription du nom d'Emma n'agace plus personne. Pour Evelyne Moulin, le maire de la commune (2004), le geste d'Alexandre Bujardet n'est-il pas d'abord << un témoignage d'amour, symbole de la souffrance des femmes au cours des guerres >> ?

Pour plus d'informations sur le sujet, je vous recommande de consulter un site spécifique dédié à Emma Bujardet: link

Valérie Peiffer
Le Point / Il y a 90 ans, la Grande Guerre commençait / juillet 2004 / n° 1661.

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