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En ce samedi des Rameaux 1918, on en était au 1 328e jour de guerre, ce qui commençait à faire beaucoup, d'autant que la situation militaire était loin d'être brillante. Depuis l'avant-veille en effet, 65 divisions d'infanterie allemandes s'étaient élancées avec succès, sur un front de sixante kilomètres s'étendant de la Scarpe à l'Oise.

Or voilà qu'à 7h 15 du matin, tomba sur Paris quai de la Seine, près du bassin de la Villette, un objet non identifié, qui ne pouvait être une bombe puisqu'aucun avion ne survolait alors la capitale, et qui se révéla en fait être un obus de 210, 220 ou 240  -les avis différaient-  tiré on ne sait d'où, par un engin fait on ne sait comment... Après qu'un second obus fût tombé rue Charles-V, dans le IVe arrondissement, le tir mystérieux continua jusqu'à la tombée de la nuit: 21 points d'impact avaient été relevés; on comptait 15 tués et 36 blessés.

La séance de la Bourse cependant n'en avait pas été perturbée pour autant, et la rubrique financière du <<Figaro>> pouvait titrer dans son numéro du dimanche 24: <<Les rentes sont fermes sous les obus>>. Et bien que le canon continuât de tirer (on déplorera encore 11 morts et 34 blessés pour 22 projectiles dénombrés), ce dimanche des Rameaux fut presque un dimanche comme les autres. L'assemblée du Jockey-Club se tint comme prévu à 15 heures; la foire à la ferraille reçut son contingent de curieux et d'amateurs, et dans les mairies, les employés eurent à faire face à la foule de ceux qui venaient retirer leurs tickets de pain: denrée qui était très rationnée depuis le début de l'année dans toutes les communes de plus de 20 000 habitants.

Tandis que les alertes aériennes étaient annoncées par les pompiers qui parcouraient les rues de Paris lancés à toute allure, et actionnant une sirène fixée à l'avant de leurs voitures, on pensa faire annoncer les "alertes-au-canon" par des agents de la circulation, jouant concuremment pour la circonstance du tambour et du sifflet. Mais comme un premier coup de canon n'en annonçait pas forcément un second, et qu'on ne fut pas long à s'apercevoir que les braves représentants de l'ordre sifflant et tambourinant prêtaient surtout à sourire, on décida trois jours plus tard que, finalement tout bien réfléchi, ce serait le canon lui-même, qui avertirait les Parisiens du danger.

Celui-ci d'ailleurs s'étant tu le mardi, le mercredi et le jeudi suivant, on crut patriotique de s'en gausser. Une chroniqueuse de mode qui signait "Rosine" dans le <<Figaro>>, ne s'écriait-elle pas: << Paris, ville du front! Loin de nous déplaire, voilà qui nous donne un peu d'orgueil à nous, femmes. Désormais, nous acceptons nos petits risques, toujours aussi coquettes, croyez-moi, sous le feu du canon que sous les bombes des avions...>>

Malheureusement, l'encre qui avait imprimé ce joli morceau de littérature était à peine sèche, que le Vendredi Saint 29 mars, <<un obus allemand lancé par une pièce à longue portée>>, tomba sur l'église Saint-Gervais et en avait crevé la toiture...

Fin de la première partie. A suivre: un déferlement de projectiles.

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