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1914-1918: du monde entier, l'Empire français a envoyé en Europe 550 000 combattants, dont plus de 78 000 sont morts. Les plus gros contingents sont fournis par l'Algérie, avec 250 000 hommes, et par l'Afrique noire, avec environ 200 000. On a compté également 45 000 soldats indochinois. Les Alliés ne sont pas en reste: 90 000 Indiens ont combattu sur le front occidental, 20 000 d'entre eux y ont été tués.

En 1914 comme en 1944, les colonisés sont venus au secours de la France, et ils ont contribué à sa libération, à sa victoire. Les actualités cinématographiques ont restitué l'image de ces tirailleurs algériens qui, à la fin de l'été 1914, défilent dans la capitale et redonnent du coeur aux Parisiens.

Les milieux dirigeants vivaient sous l'impression du livre-manifeste du colonel Mangin, "La force noire", qui laissait croire que l'apport de milliers de soldats d'Afrique noire ou du Maghreb pourrait jouer un rôle décisif dans l'affrontement qui s'annonçait avec l'Allemagne. Mais les colons y voyaient une menace à terme pour leur contrôle des populations. Et Paris ne voulait rien savoir des mouvements quasi insurrectionnels existant alors en Kabylie comme dans le Constantinois.


Au Maroc, la <<pacification>> n'est pas achevée, et le général Lyautey est pris entre deux feux: ou bien il souligne que le Sultan est loyaliste  -il a déclaré la guerre à l'Allemagne-  et on ne comprend pas qu'il n'envoie pas les troupes que la métropole lui demande; ou bien il faut reconnaître que le pays n'est pas vraiment soumis, et son triomphalisme fait figure de mystification.

 Au total pour le Maghreb, les appelés furent donc moins nombreux que prévu. En 1918, Lyautey n'envoie que 25 000 Marocains sur les 88 800 attendus. C'est que l'opinion musulmane demeurait réticente, hostile même: les sympathies d'une bonne partie des populations vont à l'Empire ottoman et à Guillaume II, dont le discours de Tanger contre la présence française, en 1905, est encore dans les mémoires. A cela s'ajoute la rancoeur des tribus loyalistes devant le bilan des pertes. Dès 1914, sur 4 000 tirailleurs engagés, 800 seulement ont survécu.

<<Rien ne résiste à l'élan furieux des démons en djellaba>>, écrit Juin, alors sous les ordres du général Mangin. Voilà qui accrédite l'idée qu'on utilise ces troupes comme de la chair à canon. De fait, on compte 1 mort pour 4,32 <<indigène>> mobilisés, pour 1 sur 5,46 Français servant dans les mêmes corps de troupes. Parallèlement, des tirailleurs algériens figurèrent parmi les combattants les plus décorés.

Ce contraste rend compte d'un paradoxe: ces anciens de 1914-1918 devinrent bientôt les chantres de la colonisation. Car si au front ou à l'usine, leurs conditions de vie sont innommables, la guerre est une école d'égalité et, décorés ou pas, ils ne sont pas humiliés quotidiennement comme à la colonie. En ayant participé à la victoire, ils se transfigurent en vainqueurs. C'est plus tard, de retour au pays, une fois les promesses d'émancipation non tenues, qu'ils prennent la mesure de leur sacrifice, et que leur amertume commence à poindre. Au Maroc, à partir de 1921, la guerre du Rif réveille le nationalisme.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle fois les troupes coloniales participèrent à la victoire. Autant que les déclarations de De Gaulle à Brazzaville, la Conférence de San Francisco en 1945 réveilla les revendications de ceux qui s'étaient battus pour la France. Or celle-ci et ses gouvernements avaient oublié de remercier, négligeant de tenir les promesses de citoyenneté et d'indépendance. On sait la suite...

Marc Ferro
14-18: la Grande Guerre / Le Point /juillet 2004 / n° 1661

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Le pédagogue 16/05/2016 13:50

Le pédagogue :

Dans les colonies, dites « ex-colonies » depuis « l’indépendance dans l’interdépendance », les métropoles poursuivent leur imposture.
(l’indépendance dans l’interdépendance, c’est le statut octroyé par le système colonialo-impérialo-sioniste, et qui s’est traduit dans les colonies par la multiplication des "États" supplétifs, subordonnés avec plus ou moins de zèle, de soumission et de servilité dans l’exécution des ordres des métropoles et autres employeurs.
Ces "États" sont fondés sur l’imposture, le crime, la trahison, la tromperie, la corruption, l’injustice, la perversion, la débauche, le mensonge, le pillage, l’oppression, l’exploitation, le viol, la tyrannie, la torture, l’enfermement, la négation de l’être humain).
(On peut parler de ʺcolopolesʺ (contraction des mots "colonies" et "métropoles") afin d’illustrer les interventions des métropoles, en Afrique, et dans d’autres colonies, pour maintenir la domination et entretenir des régimes mis en place à cet effet).
En Afrique par exemple, la merde continue de gicler de partout.
Nauséabonde.
L’esclavage a fait des ravages.
Les crimes colonialistes n’ont rien épargné.
Le système colonialo-impérialo-sioniste alimente toujours, entretient, répand les ordures et la pourriture.
Les employés des colonies mis à la « tête » des « États » par les employeurs des métropoles contribuent à faire de ce continent une décharge d’immondices dans tous les domaines.
Ce qui a été appelé « l’indépendance dans l’interdépendance », n’a pas débarrassé les populations des colonies des massacres, des carnages, des destructions, des pillages, des génocides, des déportations, des enfermements, des viols, des tortures, des haines, des humiliations, des corruptions, des débauches, des horreurs et autres crimes.
La France, pour ne citer qu’elle, qui considère ce continent comme ses chiottes, saisit certaines occasions pour disserter sur les tas de droits (l’État de droit), l’étable de la loi (les tables de la loi), et autres, en maintenant les persécutions, les oppressions, les destructions, la domination.
Et au nom de ce qui est appelé « le devoir de mémoire », elle accorde une énorme importance aux commémorations d’autoglorification : flot constant de publications, de films, d’images, de conférences, de discours, de cérémonies, d’hommages, de décorations, célébrant « la grandeur universelle de la France éternelle » !
Pour ce qui est des horreurs contre des populations partout dans le monde, la France affiche l’orgueil, l’arrogance, le mépris et vante l’apport « civilisationnel » du système colonialo-impérialo-sioniste « qui continue de veiller sur les valeurs de l’humanité » !
De temps à autre, selon les besoins du moment, « les soldats indigènes » sont cités dans les « glorieux combats de la métropole » et la mort « pour la France ».
La vérité, que beaucoup continuent de travestir, est que la métropole a enrôlé, par centaines de milliers, des indigènes pour servir de chair à canon dans les massacres colonialistes et les guerres pour la défense les intérêts de la métropole.
Les colonies, leurs biens et leurs populations, font partie des intérêts des métropoles.