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Supprimés ou peut-être jamais inscrits dans la mémoire des Français, les prisonniers de la <<sale guerre>> d'Indochine, revenus de l'interminable et tragique embuscade de la RC4, des contre-assauts furieux de Dien Bien Phu menés à bout de force et de sang, nous avaient fait trembler de stupeur et d'émotion en surgissant des ombres de la forêt... quand les armes s'étaient tues. Décharnés, barbus, hébétés, le regard ébloui par la lumière retrouvée, ils avançaient en titubant vers la liberté retrouvée.

Un grand hebdomadaire avait alors titré son reportage: <<Le retour des soldats perdus>>. Ces revenants hirsutes, cireux, amaigris, revenaient d'un enfer inconnu, celui des camps viets. Ni barbelés, ni miradors. Mais un terrain nu entouré de jungle. Une immense prison, dense, impénétrable. Quelques paillotes effrangées. Un sol dur. Les poux, les punaises, les rats qui rongeaient les yeux et les oreilles des malades ou des blessés.

Des conditions de vie effroyables. Absence totale d'hygiène corporelle, eau rationnée, pas de savon, pas de rasoir. Carence complète d'assistance médicale. Aucun médicament. Les accès de fièvre, la dysentrie qui tordait les corps, le typhus, le scorbut, l'avitaminose. Et les morts qu'il fallait enterrer en creusant la terre avec ses mains.

Toute tentative d'évasion était vouée à l'échec. La forêt préhistorique, sombre et spongieuse, forme une immense et inexpugnable prison. Au coeur de cette incarcération végétale, ces souffrances, ces dépérissement imposés paraissaient presque supportables comparés à l'effrayante pression morale, mentale exercée par les commissaires politiques, ces moines rouges, intégristes et implacables appliquant leur nouvelle technique <<du lavage de cerveau>>.

Une psychiatrie à l'envers assortie de chantages, de punitions publiques, de promesses au compte-gouttes d'une chance de libération contre des textes condamnant les <<criminels colonialistes>>, la signature de manifestes pour la paix <<au nom du peuple français>>.

Un écrasement systématique de l'esprit qui, après avoir brisé le corps de ces hommes, épuisés de s'être tant battus, les forçait à renier tout ce qui avait fait leur force, le pays, l'armée, le système qui avait alimenté leur guerre.

Le prix d'un séjour de quelques mois dans ces camps a été terrible. 60% de pertes. Un pourcentage équivalent à celui des déportés pendant quatre ans dans les camps nazis. Rentrés en France, les rescapés de cette captivité atroce et hallucinante n'interessaient plus personne. Ignorés, suspectés, méprisés, ils se sont murés dans le silence. Pendant soixante ans. Pour quelles raisons ?

Un livre Les soldats perdus, édité par l'ANAPI, apporte une réponse claire et digne à cette question. Un livre sobre, poignant, rigoureux qui rassemble vingt-sept témoignages écrits par des anciens prisonniers de l'armée japonaise et du Vietminh. Soixante ans pour rompre un mutisme obstiné, des chiffres et des épruves que nul ne voulait évoquer.

En huit ans de guerre, le corps expéditionnaire comptait 37 000 disparus et prisonniers, français, légionnaires, africains et vietnamiens. Le Vietminh nous en a rendu... 10 800 !

Pierre Darcourt / La Voix du Combattant n° 1738 / Octobre 2008

POUR EN SAVOIR PLUS
. Le livre: Les soldats perdus. Prisonniers en Indochine 1945-1954. Mémoires. Indo Editions. 486 pages.
Ce livre rassemble 27 témoignages écrits par des anciens prisonniers de l'armée japonaise et du Vietminh. Ils y racontent le vécu d'une captivité inhumaine qui en tua deux sur trois et détruisit le troisième au fond de lui-même. Ils y montrent une réalité, celle de la vérité, toujours la même, bien qu'éclairée de façons bien différentes.


Dans notre prochain article, nous évoquerons le film DVD "Face à la Mort" qui retrace le calvaire de ces soldats perdus dans l'enfer des camps vietminh.

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