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Il y a un peu plus de soixante quatre ans, le 21 février 1944, Rino Della Negra tombait à l'âge de 21 ans sous les balles nazies au Mont Valérien avec ses camarades résistants du groupe Manouchian, dénoncés par la propagande allemande sur la célèbre "Affiche rouge".


Il savait tirer des deux pieds, driblait à toute vitesse, faisait trembler les filets. Rino Della Negra était un grand espoir du football, faisant en 1942 et 1943 le bonheur du Red Star à Saint-Ouen. Mais l'artiste du ballon rond fut aussi pendant la Seconde Guerre mondiale un résistant au destin tragique. Le 21 février 1944, le jeune homme tombait sous les balles nazies au Mont Valérien à Suresnes (Haut-de-Seine) comme 21 autres de ses camarades du célèbre réseau "Manouchian". Il n'avait que 21 ans.

Rino Della Negra était né dans le Pas-de-Calais de parents italiens. A l'âge de 3 ans, le petit Rino débarque à Argenteuil. <<On a été à l'école ensemble. Il était d'une gentillesse incroyable, calme, discret et très mignon>>, se souvient Gabrielle, dite Gaby, qui à 85 ans, réside toujours dans la commune du Val-d'Oise. A 14 ans, l'adolescent enfile le bleu de travail dans les usines Chausson à Asnières (Haut-de-Seine).

 

Le jeune ouvrier est aussi un footballeur de talent. Licencié dans le club phare d'Argenteuil, l'ailier droit attire l'oeil des recruteurs. <<C'était le meilleur de l'équipe. Il courait le 100 mètres en 11 secondes. Quand il avait la balle, les mecs ne le rattrapaient jamais>>, témoigne Dédé, ancien coéquipier de Della Negra.

En 1942, Rino intègre à 19 ans le onze mythique du Red Star qui vient tout juste de remporter la Coupe de France. Mais il ne pense pas qu'à sa carrière de joueur. Après la débâcle de 1940, il se veut citoyen exemplaire, refusant la collaboration. Pour lui, hors de question d'aller travailler outre-Rhin, se retrousser les manches pour le compte du STO (service du travail obligatoire).

Il préfère rejoindre une bande de partisans dirigée par le poète arménien Missak Manouchian, et multiplie sans compter les actions de sabotage contre l'occupant allemand. Comme si de rien n'était, le résistant continue de fouler la pelouse du stade Bauer. <<On ne parlait jamais de ses activités car notre entraîneur était soupçonné de collaboration. On se taisait mais on le respectait>>, explique le capitaine de l'époque Léon Foenkinos, à plus de 90 ans.

 

Le 12 novembre 1943, il est blessé lors d'une attaque de convoyeurs de fonds allemands puis capturé. Trois mois plus tard, Rino et les siens sont froidement exécutés. Dans sa propagande, l'occupant allemand couvre les murs de l'Hexagone de l'Affiche Rouge* où apparaît le visage des fusillés présentés comme de dangereux terroristes. Quelques heures avant de mourir, Rino le magnifique écrivait une lettre à son frère: <<Embrasse bien fort tous ceux que je connaissais. Envoie le bonjour et l'adieu à tout le Red Star.>>

Le 22 février 2004, le collectif des amis du Red Star, le club et la municipalité, ont honoré la mémoire de Rino Della Negra en dévoilant une plaque à sa mémoire. Sur celle-ci figure le texte suivant: En souvenir de celui qui à osé sacrifier sa vie pour que la France puisse vivre libre>>. Parmi les témoins présents, Léon Foenkinos, capitaine du Red Star dans les années 1940, ancien coéquipier de Rino. <<J'ai encore de la peine aujourd'hui. Un Italien qui défendait la France, ça, je ne l'oublierais jamais. Ce gosse était aussi promis à un bel avenir dans le football, capable d'évoluer à tous les postes avec une classe indéniable>>.

* L'Affiche rouge a inspiré le poète Louis Aragon et le chanteur Léo Ferré.


V. M.
Le Parisien Libéré (édition Seine-Saint-Denis) / 21.02.2004

Pour un développement plus poussé sur la courte vie de Rino Della Negra, je vous engage à consulter les articles qui lui sont consacré sur les deux sites (entre autres) ci-dessous:

Le club de football du Red Star 93: link
Le journal l'Humanité: link

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