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L'armée dont le général Franchet d'Espèrey est le commandant en chef est assez hétéroclite: huit divisions françaises, six serbes, quatre anglaises, une italienne, et neuf grecques. Anglais et Français engagent ici des troupes de leurs empires coloniaux.

Au plan de la synthèse historique, un des meilleurs guides est sûrement le commandant Christophe Gué. C'est lui qui déclare dans ses mémoires << la seule opération décisive d'envergure que les Alliés mènent de toute la guerre >>, déclenchée le 15 septembre. En face, la XIe armée allemande, en fait surtout composée de Bulgares.

L'objectif  est la prise de Gradsko sur le Vardar, et le Prilep, au nord de la boucle de la Cerna. L'objectif ultérieur étant Uskub (Skoplje). D'où vient l'audace du plan ? Pas de bataille d'usure, mais une attaque rapide à travers les montagnes séparant les deux rivières (massif de la Moglena). On parle aussi de la bataille du Dobropolje. Sceptique sur les chances d'une telle offensive, l'adversaire a dégarni les crêtes et le rapport de force est de 3 contre 1 (sur l'ensemble du front, rapport moins favorable: 650 000 contre 450 000).

La préparation d'artillerie est d'une seule journée. Des offensives secondaires accompagnent le mouvement (ex: les Anglos-Grecs dans le secteur du Vardar). La surprise joue et les unités franco-serbes progressent vite. Gradsko et Prilep sont prises le 23. La résistance a pourtant été opiniâtre. Elle est en partie dûe à la tactique retenue:
Le commandement a [...] fixé aux exécutants des zones d'action, comme s'il s'était agi d'opérations menées en plaine, si bien que certaines unités se sont épuisées à parcourir d'importants dénivelés, au lieu de modeler leur progression sur les lignes du relief. Favorisée par l'habitude de la guerre de positions, cette rigidité cause des retards dans la phase d'exploitation [...] Finalement, les Bulgares auraient pu faire échouer l'opération s'ils avaient disposé de quelques forces supplémentaires [...]

Tandis que la brigade de cavalerie de Jouinot-Gambetta (1 600 hommes) file plein nord vers Uskub  -on est quelques jours sans pouvoir la localiser-  le groupement d'infanterie Tranié poursuit sa route dans la vallée du Vardar. Uskub prise le 29 septembre, la menace d'une réaction du 62e CA bulgare se précise, mais la conclusion et l'arrivée du groupement Tranié amènent l'adversaire à capituler: 77 000 hommes et un matériel important sont capturés.

Le raid de cavalerie sur Uskub  -130 km depuis le point de départ- reste un épisode quasi mythique. il ne faut rien lui retirer. Les Chasseurs d'Afrique et les Spahis marocains sont au coeur de cette extraordinaire aventure de guerre. Cela dit, ce n'est pas la prise d'Uskub qui provoque l'armistice. Pour une simple raison de chronologie. Dans la nuit du 24 au 25 septembre, les autorités bulgares ont déposé une demande d'armistice qui s'explique par une double constatation (succès de l'offensive alliée depuis le 15, troubles dans certaines unités bulgares) et une vraie préoccupation (regrouper les troupes sur le territoire national, face aux entreprises des Serbes et des Grecs).

L'armistice est conclu le 29 septembre à Salonique. Début octobre, Hindenburg adresse au chancelier un communiqué resté célèbre: << Par suite de l'écroulement du front macédonien, il n'existe plus aucun espoir de forcer l'ennemi à faire la paix. >> L'Autriche est exposée au sud et la Roumanie, dont les Allemands tirent du pétrole, se trouve désormais sous la menace alliée.

Il n'empêche que Belgrade n'est libérée que le 1er novembre. Et surtout l'attitude du gouvernement français, hostile à une poursuite des opérations vers le Danube et vers Budapest, et les réactions nationales, voire nationalistes, des gouvernements serbes, grecs ou italiens n'allaient pas dans le sens d'une exploitation systématique de ce succès du 29 septembre.

Le départ d'unités allemandes vers le front de l'Ouest (grandes offensives de mars à juillet) a-t-il affaibli de façon significative le front macédonien face aux troupes alliées ? Sûrement. Mais le succès de Franchet d'Espèrey, s'il a été facilité par cette conjoncture, << n'aurait pas été possible sans les innovations qui furent apportées à la conduite des opérations. >> (Commandant Christophe Gué).

Il représente le seul exemple de guerre de mouvement tenté et réussi durant le premier conflit mondial.

Hubert Néant
VDC / septembre 2008

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