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Une nouvelle rubrique "Témoignages" vient d'être ajoutée au blog de l'ULAC de Bagnolet. Vous y retrouverez les souvenirs de témoins connus ou anonymes des conflits du siècle dernier. Ceux-ci, qu'ils soient cocasses, émouvants ou douloureux, reflètent parfaitement l'état d'esprit dans lequel chaque homme ou chaque femme peut se retrouver un jour face à une situation qu'il n'a pas voulu.

Aujourd'hui, nous ouvrons ce dossier avec les souvenirs de Jeanne Bohec, engagée dès 1940 à Londres dans le corps des Volontaires Féminines.


Q:
Pourquoi avoir rejoint l'Angleterre en juin 1940 ?

R:
Jeanne Bohec: J'ai eu la même motivation que tous ceux qui sont partis à Londres: je n'ai pas accepté la défaite. Je travaillais alors à Brest dans une poudrerie comme aide chimiste. Un remorqueur qui partait pour l'Angleterre m'a prise à son bord. C'était le 18 juin au soir ! Je ne savais absolument pas ce que j'allais faire là-bas. Je n'ai découvert l'existence du général de Gaulle que le 14 juillet 1940, lors d'une cérémonie à Londres. Revoir nos soldats m'a beaucoup émue. J'aurais voulu m'engager, mais les femmes n'étaient pas admises dans leurs rangs.

Q: Vous vous y êtes tout de même engagée...

R: Jeanne Bohec: Les Volontaires françaises féminines (V.F.) ont été créées en novembre 1940. J'ai signé mon engagement le 6 janvier 1941. De près de 70 fin 1940, nous étions près de 430 en août 1943. Beaucoup d'entres-nous venaient de France et plus particulièrement de Bretagne, d'autres de France outre-mer, d'Afrique, de Nouvelle-Calédonie... Nous avons suivi un entraînement militaire de six semaines. Puis on nous a affectées à des postes divers: travaux de bureau, téléphonistes, chauffeurs, tailleurs, plantons, traductrices-interprètes, cuisinières, infirmières, etc...

Q: Quel était votre travail ?

R: Jeanne Bohec:
Jusqu'au printemps 1942, j'ai travaillé comme secrétaire. Puis, grâce à mes connaissances en chimie, j'ai rejoint un laboratoire qui fabriquait des engins de sabotage destinés à la Résistance. Mais je voulais agir. Nous étions un certain nombre à vouloir regagner la France. Seulement cinq ou six d'entre nous purent le faire et je crois que j'ai été quasiment la seule à ne pas être arrêtée par les Allemands. Fin août 1943, j'ai suivi une formation poussée dans le sabotage, le parachutage et la sécurité. Après quoi, un avion m'a parachutée sur l'Orne en février 1944. Après un passage à Paris, j'ai gagné la Bretagne en train. Avec l'aide de ma précieuse bicyclette qui m'a permis de circuler rapidement, j'ai enseigné le maniement d'explosifs à des résistants. Comme j'étais une jeune femme, les Allemands ne se méfiaient pas de moi. Avant le Débarquement, j'ai participé à des actions de sabotage pour gêner le mouvement des troupes allemandes.

Q: Et le maquis de Saint-Marcel ?

R: Jeanne Bohec:
Sa mission consistait à fixer des unités allemandes en Bretagne au moment du Débarquement. L'idée était bonne mais elle ne prenait pas en compte la difficulté de tenir longtemps dans un tel endroit. Je m'occupais des parachutages. Le 18 juin 1944, le maquis a été attaqué par des forces importantes. Presque tout le monde a réussi à s'échapper. Pourtant, les Allemands ont exercé de terribles représailles sur la population environnante. J'ai pu gagner Quimper où je me suis occupée à nouveau de parachutages. Le 8 août, la ville a été libérée par les F.F.I. Après un séjour en Angleterre, je suis revenue à Paris.

Q: Quel a été le parcours des autres volontaires ?

R: Jeanne Bohec: Dès 1942, certaines sont parties pour Alger. Plusieurs d'entres elles ont participé à la Campagne d'Italie avec le C.E.F. (Corps Expéditionnaire Français). D'autres ont assuré des missions de liaison entre les armées alliées en France après le Débarquement de Provence. D'autres encore ont géré des camps de réfugiés. Enfin des Volontaires ont suivi les troupes françaises au-delà du Rhin et ont découvert l'horreur des camps de concentration.


Les Chemins de Mémoire / 138

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