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Q:
Comment avez-vous appris que vous étiez déporté à Dora ?

R:
Yves Béon: A Buchenwald, où j'étais déporté, on nous disait toujours: << Si vous devez partir d'ici, vous n'y pouvez rien, mais espérons que ce ne sera pas pour Dora. C'est le terminus >>. En mars 1944, on nous a mis dans un train. A notre arrivée, il neigeait. J'ai demandé à quelqu'un où nous étions. Il m'a dit: << A Dora >>. C'était effectivement le bout du monde !

Q: Comment se passait les journées à Dora ?

R:
Yves Béon: Les déportés passaient leur vie dans le tunnel qu'on leur faisait creuser depuis août 1943. Nous sortions une fois par mois pour l'appel. Beaucoup ne supportaient plus la lumière du jour tant leurs yeux étaient habitués à la pénombre. Jusqu'en août 1944, nous avons creusé. Les conditions de vie étaient épouvantables. Nous transportions des machines et du matériel à dos d'homme. Beaucoup sont morts.
Il y avait le travail harassant, les suies, les fumées, les poussières... Sans cesse, de nouvelles recrues arrivaient tant la mortalité était élevée. En août 1944, l'usine était terminée. Un camp fut alors construit à l'extérieur, ce qui nous permit de vivre enfin hors du tunnel. C'était devenu presque << supportable >>.

Q: Avez-vous pensé et crû que vous pourriez vous sortir de cet enfer ?

R:
Yves Béon: Les mois me paraissaient beaucoup plus longs que dans la vie normale. Il fallait tout oublier du reste de la Terre et se dire << c'est comme ça >>. Le camp se trouvait sur une colline et j'apercevais une petite ville à quelques kilomètres. Nous pouvions la regarder, ça nous faisait évidemment bondir le coeur. Mais je m'étais dit que c'était un autre monde, celui de la Terre, et que je n'y étais plus...
Beaucoup ne pouvaient pas s'y faire et sont morts. Nous ne savions rien de ce qui se passait à l'extérieur, sauf pour le Débarquement, mais on se méfiait car les fausses nouvelles circulaient. Ensuite, je n'ai rien su. J'entendais bien des avions, des explosions lointaines. Dora n'a jamais été bombardé.

Je suis resté à Dora jusqu'en avril 1945...




Planet Dora de Yves Béon / Editions Reprint 1998
288 pages avec un cahier central d'une vingtaine d'images
19,95 €




Les Chemins de la Mémoire / 138

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acharnée 13/03/2011 23:54



Yves Béon est bien décédé ceette année 2011


Il a écrit deux livres sur  son expérience concentrationnaire 


le premier planète Dora puis plus tard Retour à la vie


 


Il a aussi fait plusieurs tableaus d'inspiration cubiste


 


une messe à sa mémoire sera dite à l'église st Roch à Paris à 18H30 le 1er avril


 


Il a beaucoup oeuvré pour la mémoire de Dora aux Etats Unis, 


Grace à lui le livre d'André Sellier,histoire de Dora a été traduit et est vendu en anglais


c est un grand monsieur qui nous a quitté



Wladimir Vostrikov 13/03/2011 08:33



A l'attention de "Acharnée".


Il me semble que vous avez écrit ce message hier le 12 mars 2011. Vous ne mentionnez pas l'année du décès d'Yves Béon. Je pense qu'il s'agit de cette année 2011. Je pense que Yves Béon a eu une
fin de vie auprès de ceux qui l'aimaient. Je l'avais connu de 1969 à 1972 alors que nous travaillions à l'UNICEF à Neuilly. Il paraissait jeune et tout le monde l'aimait. Il était très attachant
et d'une grande discrétion. C'est seulement lorsque j'avais évoqué l'expérience de mon père pris à Paris en 1943 et envoyé à Loïbl Pass, un commando de Mathausen, d'où il avait réussi son évasion
avec l'accord de ses camarades de détention pour essayer de libérer le commando par les partisans yougoslaves que soudain Yves avait eu un sourire en me jettant un coup d'oeuil de son bureau et
me raconta une partie de son histoire. Il avait senti qu'il pouvait m'en parler car il était évident que je le comprenais. Je le regardais avec un grand respect et admiration. Je ne l'oublierai
jamais.


Wladimir Vostrikov 



acharnée 12/03/2011 17:25



Yves Béon nous a quitté un matin de février à Nice.


Yves Béon est né le 3 Janvier 1925 à Domalain en Ille-et-Vilaine.


 



Il est entré très tôt dans la Résistance, avec quelques autres jeunes
gens, dans une organisation locale, le Groupe Jarry. Il sera arrêté le 25 Novembre 1943. Il avait dix huit ans.


Il est parti à Buchenwald par le convoi du 27 Janvier 1944, et transféré à Dora le 13 Mars où il restera jusqu'à
l'Évacuation à Bergen Belsen. Là, il sera libéré le 15 Avril 1945



Wladimir Vostrikov 23/01/2010 16:41


Vite, vite, donnez-moi toutes les coordonnées de Yves Béon. Je connais son histoire et j'ai travaillé trois ans avec lui à l'UNICEF de 1969 à 1972

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