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Les lignes qui suivent, dues au général Paul Vanuxem, conservent toute leur actualité. Elles illustrent parfaitement l'attachement dont doivent témoigner, dans les circonstances les plus périlleuses, tous ceux qui, vêtus du même uniforme et animés de la même foi, ont défendu, sous tous les cieux, notre pays et notre drapeau.

Voici la magnifique et incroyable histoire du drapeau des Anciens Combattants de Mostaganem.


C'était Tcham Kouider qui, à Mostaganem, portait le drapeau aux cérémonies patriotiques, lors des obsèques des camarades et de l'enterrement des soldats qui tombaient dans cette guerre qui n'avait pas de nom ni de loi et que l'on désigne aujourd'hui de Guerre d'Algérie.

Tcham Kouider ressentait bien tout l'honneur qui lui en revenait et n'aurait, pour rien au monde, consenti à se déssaisir de sa charge glorieuse. Lorsque le FLN le menaça de mort, il en rendit compte à son président d'association, tout simplement, en bon soldat qu'il était, mais se regimba comme sous une offense lorsqu'on lui proposa de le remplacer dans son honorifique emploi. Cela se passait vers la fin de l'année 1956... Tcham Kouider fut abattu le 14 février 1957. Sa dépouille fut portée par ses camarades. On fit un discours.

Caïd Metcha qui le remplaça fut, à son tour, l'objet de menaces de mort. Il rendit compte également à son président et, tout comme Tcham Kouider, il refusa énergiquement de renoncer à ce qu'il considérait comme un honneur, si périlleux qu'il fut... Il le paya de sa vie en étant abattu le 21 juin 1957. Bensekrame Yahia conduisit le cortège jusqu'au cimetière près des stèles blanches et, à son tour, il inclina le drapeau devant la sépulture de son prédécesseur.

Quelques jours plus tard, il fut lui-même menacé et, lui aussi, ne put accepter de se renier: il porta le drapeau au cours des cérémonies du 14 juillet... Il fut abattu le 8 août 1957. Hennouni Besseghir devint le quatrième porte-drapeau de cette année-là... il fut abattu le 5 octobre 1957. Les évènements prenaient une meilleure tournure et Haci Gache, tout raide de l'honneur qui lui était fait, ne fut abattu que le 27 août 1958. C'était pourtant au temps où il semblait qu'on apercevait le sourire de la paix et où soufflait un vent vivifiant d'espérance.

Bey Baggad lui succeda. Il fut abattu le 14 juillet 1959. Addad Ali fit comme ceux qui l'avaient précédé et, avec son humeur tranquille, quand il fut menacé, il refusa calmement de céder le poste de confiance dont il était investi. Il fut abattu le 11 septembre 1959. Son camarade Rhamouni Lakdar releva sa charge et, après tant d'autres, il fut abattu le 7 novembre 1960. Il se trouva des volontaires dans la section de Mostaganem pour briguer encore l'emploi de porte-drapeau qui revint à Belarbi Larbi.

Il advint que Belarbi Larbi n'en mourut pas... Il fut, suivant le mot administratif et blasphématoire, rapatrié. Il prit le bateau pour la France puisque la terre où il était né avait cessé d'être la France... Il emporta son drapeau.

Belarbi Larbi est en France. Il était toujours porte-drapeau il y a encore cinq ans. Il n'est pas sûr de ne pas être encore menacé. Il ne se pose pas la question de savoir ce que signifie encore le drapeau de la section des Anciens Combattants de Mostaganem, ni ce qu'il pourra advenir de son drapeau et de lui-même quand il ne sera plus de ce monde. Il est le dixième porte-drapeau de sa section a avoir risqué sa vie pour l'honneur de porter le drapeau.

Je salue son drapeau, roulé aujourd'hui dans sa gaine de cuir, si lourd du poids de tant d'âmes, de tant de foi et de tant d'amour pour la France.

Général Paul Vanuxem

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