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C'était à Stuttgart quelques semaines après la capitulation allemande. De Lattre présente dans un grand défilé son Armée victorieuse, De Gaulle est là. Autour, quelques fonctionnaires français, des militaires aussi. Le Général parle, lève les bras à sa manière, puis se tourne vers les spectateurs. Il dit sa satisfaction, mais fait comprendre aussi que tout n'est pas fini. Chacun pense à l'affiche nouvellement placardée:

Hier Strasbourg - demain Saïgon.


L'Indochine est aux mains des Japonais. Le 9 mars, ils ont neutralisé l'armée et l'administration de l'amiral Decoux. A Langson, ils ont décapité les officiers français à la hache, c'est la fin de l'influence française. Jean Sainteny négocie avec Hô-Chi-Minh. Le général Leclerc va représenter la France aux côtés de Mac Arthur lors de la signature de la capitulation japonaise. Les Chinois envahissent le Tonkin.

La France sort de la plus terrible occupation, ruinée, mutilée, divisée. Dès 9 mars, elle en a connu beaucoup. L'Indochine est loin, la politique renaît, De Gaulle s'en va. Un Parti ,qui représente à l'époque le quart des Français, refuse l'intervention de la France. Pourtant, avec un détachement de la 2e DB, la 9e DIC en unité constituée va être dirigée vers cet Extrême-Orient après avoir été refondue en effectifs, mais pas en matériel. En effet, les Américains refuseront de le renouveler et préféreront le casser dans les plaines de la Crau et de Champagne, entre autres.

L'armée maintient ses cadres par tacite reconduction, on engage de jeunes soldats sans examen médical sérieux. On y va, paraît-il, pour une année. Maurice Thorez, alors secrétaire du Parti Communiste et ministre d'Etat, écrit sur lettre à en-tête de l'Assemblée Nationale au neveu de l'un de ses amis, Général Joinville dans la Résistance, qu'aller en Indochine rétablir l'ordre c'est faire son devoir. L'année suivante, il couvrira l'envoi d'armes aux rebelles.

C'était Strasbourg, voici Saïgon avec ses populations, avec aussi ses "Blancs" riches ou ruinés, souvent pleins de suffisance. Les commandos de Ponchardier se répandent en Cochinchine, le Pasteur débarque les troupes. La France réapparaît avec ses marins, ses coloniaux, avec Leclerc, Valluy, Massu, etc... briffés par un amiral plus religieux qu'administrateur (D'Argenlieu).

A Haïphong, le 8 mars 1946, l'Armée Française débarque face à l'hostilité des Chinois. Le 19 mars, c'est l'entrée des troupes à Hanoï dans une liesse comparable à la libération de Toulon. La conférence de Fontainebleau va échouer. Ho-Chi-Minh va rompre les relations. Le 3 août 1946, les Viets attaquent un convoi français à Bac Nhin, la guerre d'Indochine commence.

Giap déclenche une lutte sans merci qui va durer sept années et reprendre plus tard face aux USA. Les Américains vont quitter cette péninsule; cette terre belle et fertile brûlée par un combat inutile. La guerre se gagne ou se perd par le coeur des hommes. Or, ce peuple ne voulait plus de l'homme blanc et allait se livrer à l'idéologie marxiste qui va presque le détruire.

Chaque soir du 7 mai, j'ai le coeur serré en pensant à la reddition de Dien-Bien-Phu. Tant de courage, voire d'inconscience rappelle l'héroïsme de nos soldats mais aussi l'incompétence de certains généraux et gouvernements. Tant de sacrifiés en vain pour une cause qui s'avéra difficile parce que lointaine. Le général Bigeard léguera ses cendres à cette terre baignée du sang de ses paras. Nous reprendrons les relations avec ces pays. Quel sera le jugement de l'Histoire ?

De Gaulle s'en doutait-il en patronnant cette affiche ? Hier Strasbourg - demain Saïgon.

Georges Fournier / ancien de la 9e DIC
VDC/1607

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carré annie 04/10/2014 15:06

Une affiche sur la guerre d'Indochine