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Voici le discours de M. Michel Chaput, Président de l'Union Locale des Anciens Combattants de Bagnolet, prononcé le 22 octobre dernier lors de la cérémonie en hommage aux 27 fusillés de Châteaubriant.

Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les Présidents d'Associations,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis, Chers Camarades.

En ce jour anniversaire, ayont une pensée toute particulière pour notre ami Eugène Kerbaul qui, il y a cinq ans en cet endroit, nous a beaucoup ému par son récit des évènements qu'il avait vécu lui-même à Châteaubriant.

Aujourd'hui nous commémorons le 67e anniversaire des martyrs de Châteaubriant ou nous associons ceux de Nantes et de Bordeaux. En cet automne gris de 1941 les forces fascistes Italo-Allemande dominaient l'Europe et la France était à terre. Mais en même temps s'amorça le redressement de quelques Français répondant aux appels de juin et juillet 1940 du Général de Gaulle, du Général Delestraint, d'Edmond Michelet, de Maurice Thorez et Jacques Duclos, et de bien d'autres. Ce ressaisissement était certes encore faible, mais suffisant pour alerter et inquiéter le gouvernement du Maréchal Pétain ainsi que les autorités allemandes.

A partir de la grande grève patriotique des mineurs du Nord et du Pas de Calais de mai à juin 1941, la résistance s'accrue. Malgré la dure et implacable répression de l'occupant, les déraillements des transports ferroviaires, le sectionnage des lignes électriques, le sabotage des matériels de guerre fabriqués dans les usines s'intensifiait. La lutte armée contre l'occupant et ses valets était engagée. Un vent mauvais se levait comme l'avait constaté Pétain à la radio au mois d'août 1941...

Après l'attentat contre le colonel Holtz, responsable de la kommandantur de Nantes, et d'un officier à Bordeaux, le gouvernement de la collaboration et le haut commandement allemand voulurent frapper massivement pour apeurer la population et isoler la Résistance. C'est ainsi que consciemment fut organisé le crime des otages, avec la haine de classe et l'esprit de revanche sur les dirigeants du monde du travail. Il a été retrouvé dans les archives administratives la lettre du sous Préfet de Châteaubriant, M. Lecornu, qui écrit en date du 20 octobre 1941 au responsable régional allemand. Je lis: << Comme suite à notre entretien de ce jour, j'ai l'honneur de vous confirmer que monsieur le ministre de l'Intérieur à pris contact avec le général von Stülpnagel afin de lui désigner les internés communistes les plus dangereux parmis ceux qui sont actuellement à Châteaubriant. Vous voudrez bien trouver ci-joint la liste de 60 individus fournie à ce jour >>. Comme vous pouvez le constater, le crime est signé de Pucheu, ministre de l'Intérieur du gouvernement de Vichy.

C'est ainsi que le 22 octobre 1941, furent fusillés 27 patriotes à Châteaubriant, 18 à Nantes, 5 au Mont Valérien, et le 24 octobre, 50 suplémentaires à Souges. Cette centaine de patriotes de milieux différent de conscience, étaient pour la plupart des ouvriers syndicalistes comme Jules Vercruysse, secrétaire de la fédération du textile -dont une rue de Bagnolet porte le nom. Il y avait des jeunes comme Guy Môquet et André Le Moal, tous deux âgés de 17 ans. Les plus âgés étaient Henri Barthélémy de Niort et Titus Bartoldi (58 ans). Dès le dimanche qui suivit la fusillade et malgré la terreur qui pesait sur la ville, la population de Châteaubriant et de ses environs se porta vers La Sablière. Là, une multitude de fleurs fut déposée devant les poteaux d'exécution. Déjà l'endroit était consacré. Cela devenait un autel de la patrie.

Le massacre des otages de Nantes, de Châteaubriant, du Mont Valérien et de Bordeaux indigna le monde civilisé. << Vous qui restez, soyez dignes des 27 qui vont mourir >> avait écrit sur une planche de la baraque des supliciés le jeune Guy Môquet. Le 31 octobre, à l'appel du Général de Gaulle, un hommage national fut rendu. Il se manifesta notamment par des arrets de travail dans les usines. Un immense sentiment d'admiration monta vers les victimes et leurs familles ainsi que pour tous les détenus politiques.

Soixante sept ans après les tragiques fusillades des 22 et 24 octobre 1941, les souvenirs de tous ces martyrs nous sont proches. Ils nous appellent à la méditation, leurs sacrifices n'ont pas été vains. Nous ne prétendons pas comme certaines personnes l'on déjà fait, que la Résistance a débutée à partir d'octobre 1941. Beaucoup de fusillés avaient été arrêté et interné illégalement par la police française en fin d'année 1939 et au printemps 1940, parce qu'ils s'étaient opposés à la politique de la trahison de Munich et du pacte germano-soviétique. Un autre enseignement qui me parait dominer, c'est le patriotisme de ces héros, leur amour de leur pays, de leurs proches, de leurs semblables, et pour beaucoup d'entre eux, la fidélité à leur parti.

Les martyrs de Nantes, de Châteaubriant, de Bordeaux, du Mont Valérien, et de partout ailleurs sur le sol de France, ont beaucoup fait pour la Libération, pour la victoire sur le fascisme, pour la paix, la liberté, et la fraternité avec tous les peuples. La jeunesse de France en cette période terrible de l'occupation a été pour une très grande majorité, la partie active du combat. Comme la si bien exprimé Robert Desnos dans ces vers "Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore de la splendeur du jour et de tous ses présents. Si nous ne dormons pas, c'est pour guetter l'aurore qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent".

Eh oui ! Cette pensée nous rattache aux réalités du présent. Si nous sommes restés fidèles aux souvenirs de tous nos morts, et si nous voulons être dignes de leurs messages, alors agissons fraternellement avec la jeunesse d'aujourd'hui afin de barrer la route aux nostalgiques du fascisme qui s'organisent et manifestent en Europe.

Soixante sept ans après le drame de Châteaubriant, de Nantes, de Bordeaux et du Mont Valérien, soixante trois ans après la victoire sur le nazisme, le 8 mai 1945, il est important de nous rassembler avec la jeunesse. Retrouvons et partageons les valeurs morales et civiques qui animaient les otages et tous les combattants de la nuit. L'un d'entre eux, Emile David âgé de 19 ans, écrivait dans sa dernière lettre: << Nous mourrons dans l'espoir que ceux qui restent aurons la liberté et le bien être >>.

Gloire et honneur aux martyrs de Châteaubriant, Nantes, Bordeaux et du Mont Valérien. Vive la Résistance Française. Vive la France souveraine et indépendante. Vive la fraternité et la paix.

Michel Chaput
Président de l'Union Locale des Anciens Combattants de Bagnolet

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