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Pour nos concitoyens de l'archipel Saint-Pierre-et-Miquelon, les fêtes de Noël ont une connotation bien particulières: il y a 67 ans, en ce jour de liesse, le territoire ralliait la France Libre.

Ainsi baptisé par Jacques Cartier en 1536, situé à 20 kilomètres de Terre-Neuve, cet archipel de près de 8000 habitants (4 500 en 1939) est composé des îles Miquelon et Langlade réunies par un cordon littoral, et de l'île Saint-Pierre près de laquelle émergent des îlets: Grand Colombier, île aux Pigeons, îl aux Vainqueurs, île aux Marins. Le climat y est rude et la température, suivant les saisons, va de -14° à + 20°.

Les combats qui se déroulent en France en 1940 ne laissent pas les habitants indifférents malgré l'éloignement et toutes les évolutions sont suivies avec attention. Dès le 22 juin, ils prennent position. Malgré l'attitude de l'administrateur Bournat et des notables qui se rangent aux ordres de Vichy, les anciens combattants cristallisent les sentiments d'une majorité de Saint-Pierrais en manifestant leur volonté de rallier la France Libre par des appels en direction de Londres (télégramme de soutien au général de Gaulle le 14 septembre 1940) et la tentative, avortée, d'organiser un plébiscite le 25 octobre.

Le 17 novembre 1941, les patriotes de Saint-Pierre-et-Miquelon lancent un nouvel appel à l'aide, se faisant les porte-parole de 95% de la population, dénonçant le brouillage des émissions radio de la BBC et de radio Terre-Neuve, se plaignant de la répression policière des îles. Les soucis de la France Libre ne sont pas alors spécialement tournés vers ces territoires...

Cependant, malgré une opposition des gouvernements américain, britannique et canadien pour des raisons de stratégie politique, le général de Gaulle saisit l'opportunité d'une inspection de la division de Corvette de Terre-Neuve (capitaine de Frégate Briot) par l'amiral Muselier, pour autoriser ce dernier à débarquer dans les îles. Le 23 décembre, les corvettes "Mimosa", "Alysse" et "Aconit" ainsi que le sous-marin "Surcouf" se profilent au large. Dans la nuit, 25 hommes débarquent et sans un coup de feu, en vingt minutes, prennent possession du territoire.

Dès lors, de main de maître, l'amiral Muselier agit. Pour convaincre l'opinion publique américaine toujours favorable aux attitudes démocratiques, il organise un plébiscite et propose le choix: ralliement à la France Libre ou collaboration avec les puissances de l'Axe (783 voix vont à la première proposition contre 14 à la seconde et 215 bulletins nuls). Un journaliste américain se charge de diffuser promptement le résultat. Derechef, le buste de la République est remis en place dans la salle des fêtes et une retraite aux flambeaux, aux accents de la Marseillaise, concrétise l'enthousiasme. Un mouvement populaire fait s'engager d'emblée les jeunes gens, pendant que les anciens forment une milice, pour la défense et la protection des îles.

Les industries et le commerce sont remis en marche et l'on confectionne rapidement les tenues de marins des jeunes engagés; des carburants et des vivres sont débarqués des navires, des travaux de fortification et d'aménagement pour la protection du port sont entrepris. Pour trouver des finances, des dispositions astucieuses sont prises: obligation pour les détenteurs de dollars US de les verser au Trésor, création de bureaux de change et même une surcharge sur les timbres-poste vendus à New York qui rapportera 100 000 dollars. Des émissions radio quotidiennes d'une heure à destination du Canada et des Etats-Unis sont réalisées.

L'administration est remise à l'enseigne de Vaisseau Alain Savary (qui sera ministre de l'Education Nationale de 1981 à 1984), aide de camp de l'amiral, et qui reste sur le territoire avec le commandant de Villefosse, après le départ des corvettes et de l'amiral le 13 février 1942.

Cette opération spectaculaire doit son succès à une population déjà acquise à la cause qui, en fait, s'est auto-libérée. Le coup de pouce déclencheur a été donné par l'amiral Muselier et ses hommes qui ont organisé l'après débarquement. Cet officier général eut d'ailleurs la satisfaction, à son départ, de voir quelques notables, opposants à la France Libre, exprimer le regret de leur attitude passée et d'obtenir l'unanimité des votes par le Conseil d'administration du territoire pour les mesures qu'il avait prises.

Les Chemins de la Mémoires / 113

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