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Des rues, des places, des avenues de nombreuses villes françaises portent le nom du général Delestraint. Pourtant des Français ignorent encore tout ou presque de ce soldat qui devint en 1942 le chef de l'Armée Secrète sous le pseudonyme de << Général Vidal >>. Il fut assassiné par les SS à Dachau le 19 avril 1945, dix jours avant la libération du camp. 


1/2 L'ENGAGEMENT

Né à Biache-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), le 12 mars 1879 dans une modeste famille du Nord, Charles Delestraint manifeste dès son enfance la volonté de devenir soldat. Elève sérieux, cet homme, dont l'action réfléchie est en harmonie avec ses convictions, va vivre intensément sa foi chrétienne. Sorti de Saint-Cyr en 1900, il sert dans les Chasseurs à pied et entre à l'Ecole de Guerre début 1914. Dès le début de la guerre 1914-1918, le capitaine Delestraint, à la tête de sa compagnie du 58e BCP (1) interrompt la progression d'une division saxonne, mais quelques jours plus tard, il est fait prisonnier et interné en Allemagne jusqu'en décembre 1918.

A son retour en France, officier breveté, il opte en 1923, pour l'arme nouvelle, le char de combat, convaincu de son efficacité devant le danger allemand. Lorsque, devenu colonel, il commande le 505e RCC (2) de Vannes, il prône son emploi en grandes formations et non pas en soutien de l'infanterie, mais se heurte sur ce point au haut commandement français. Promu général de brigade en 1936 à Metz, Charles Delestraint commande trois régiments de chars de combat, parmi lesquels le 507e RCC dont le colonel de Gaulle prend le commandement en 1937. En parfait accord, tous deux reprennent en détail leur conception sur l'emploi des chars en grandes unités, véritable combat qu'ils mènent jusqu'en mars 1939, date de la mise au cadre de réserve du général. Hélas, ils ne seront entendus qu'en 1940...

Rappelé en août 1939, Delestraint déploie son énergie à pousser la production des chars B1 bis. Il obtient la sortie de 20 chars par mois. Le 16 janvier 1940, seulement, sont créées les deux premières divisions cuirassées. Après l'offensive allemande du 10 mai, Delestraint, d'abord à la tête de ce qui reste de la 2e division, commande le groupement des 2e et 4e divisions cuirassées, jusqu'à l'armistice. Au cours de cette campagne, il retrouve le colonel de Gaulle, bientôt promu général de brigade, commandant la 4e DCR (3). Ils connaissent des succès, tel à Abbeville, malheureusement incomplets du fait de l'incompréhension du haut commandement trop frileux pour accepter l'engagement simultané des deux divisions.

Le général de Gaulle est appelé au gouvernement. Le groupement de chars entreprend une longue retraite, se battant cependant partout, notamment sur la Loire. La demande de l'armistice, proclamée le 17 juin par le maréchal Pétain, n'arrête pas pour autant la progression allemande et la capture de nombreuses unités françaises à laquelle, cependant, échappe le groupement de chars. Charles Delestraint qui, à Valençay, entend à la TSF l'Appel de son ancien subordonné, y adhère totalement. Lorsque les restes des deux divisions de chars se regroupent au camp de Caylus (Tarn-et-Garonne), l'esprit de Résistance est déjà né chez Delestraint. Les paroles d'adieu qu'il adresse à ses soldats en sont la preuve, quand il leur demande << de se comporter en Français, et non pas avec une mentalité de chiens battus ou d'esclaves. Si nous savons vouloir, la France ressuscitera un jour du calvaire présent >>.

Le 8 juillet, après avoir reçu la troisième étoile de général de division, il est versé à nouveau au cadre de réserve et quitte l'armée. Ne voulant pas voir les Allemands occuper le Nord, son pays, il refuse d'y retourner et se retire à Bourg-en-Bresse avec sa famille dès l'été 1940. Convaincu de la victoire finale, il organise sa résistance avec l'aide du fidèle commandant Perrette. Il rameute << ceux des Chars >>, les réunit en des journées soi-disant de commémoration entre anciens combattants, en assemblées et repas au cours desquels, toutes portes fermées, il évoque de Gaulle, l'esprit de Résistance, la reprise de la lutte et la libération certaine de la France. Ces réunions se multiplient, à Lyon, à Bourg-en-Bresse, à Lons-le-Saunier, en d'autres villes, et même à Vichy ! Des officiers et des sous-officiers se déclarent prêts à le suivre...

François-Yves Guillin
secrétaire du général Delestraint en 1942-1943

Les Chemins de la Mémoire / n° 150

(1) BCP: bataillon de chasseurs à pied.
(2) RCC: régiment de chars de combat.
(3) DCR: division cuirassée de réserve.

Fin de la première partie. A suivre: 2/2 DELESTRAINT DEVIENT <<VIDAL>>

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