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Publié par François Gervais


Soutenir le choc était une folie. Mais les 465 maquisards ont revendiqué l'honneur de mener ce combat contre 7 000 soldats de la 157e Gebirgsjäger-division (Chasseurs de montagne) de la Wehrmacht, et 1 200 miliciens. Ils sont allés jusqu'au bout de leur courage et de leur devoir.

1. LE CONTEXTE HISTORIQUE

Le rappel chronologique des événements du Plateau des Glières ne peut suffire à comprendre ce qui s'est passé. Tant que les maquisards avaient été sur le Plateau, leur engagement avait été si fort que les raisons de leur combat leur paraissaient évidentes. Ils étaient le <<premier coin de France libérée>> comme l'avait dit Tom Morel. Ils avaient fait le serment de <<vivre libre ou mourir>>. Avec un enthousiasme, ils ont mené, sans faiblir, le combat de la liberté contre l'oppression.

Mais, après la guerre, certains ont parlé de Glières comme d'un <<massacre>> inutile. Glières n'a pas échappé aux controverses que la période d'après-guerre, avec ses querelles politiciennes, a fait naître sur le compte de la Résistance.

Alors pourquoi Glières ? Pourquoi a-t-on déclenché cette opération quatre mois avant le Débarquement et pourquoi n'a-t-on pas fait évacuer le Plateau avant l'arrivée de l'Armée Allemande ? La mission de Glières n'a jamais été <<d'affronter directement les Allemands>>. L'expression est, hélas ! d'André Malraux, dans le discours qu'il prononce, en 1973, lors de l'inauguration du Monument à la Résistance, sur le Plateau. Ce grand romancier a su magnifiquement glorifier le courage des combattants, comparant Glières au combat des Termopyles. Mais il n'avait pas pris le temps de lire la documentation historique qui lui avait été remise.

A l'origine, Glières est une simple opération de parachutage, avec une différence qui va peser lourd: son envergure. Rappelons qu'au cours de l'année 1943, le département de la Haute-Savoie a reçu plus d'une quinzaine de parachutages. Mais ce sont chaque fois des opérations menées par un très petit nombre d'avions, deux ou trois. Chacun de ces avions ne pouvant transporter que deux tonnes d'armes (quinze containers), on mesure combien il était nécessaire, pour armer quelques milliers de maquisards, de choisir un terrain de parachutage adapté à de grosses opérations. A cause de la neige qui ne permet pas de faire des allers-retours rapides entre les vallées et les lieux de largage, il faut utiliser une seule grande plate-forme de parachutage qui puisse être tenue pour la durée des opérations. Ce sera le Plateau des Glières.

Tout commence le 27 janvier lorsque Londres décide les parachutages destinés à armer les 2 350 hommes recensés par la mission préparatoire commune du BCRA et du SOE venue à l'automne en Haute-Savoie. Le 31 janvier, l'Armée Secrète fait monter sur le Plateau l'effectif minimum pour recevoir les largages. Ceux-ci ne peuvent arriver qu'avec le clair de lune. La pleine lune est le 10 février. Mais la neige n'a pas cessé de tomber. Le ciel ne se dégage partiellement que le 14. Un premier largage a lieu la nuit suivante. Or dès le 7 février, les forces de l'ordre, amenées en renfort en Haute-Savoie par le gouvernement de Vichy pour la mise en état de siège du département, ont commencé à ceinturer le Plateau. Le 12 février, elles mènent une première opération contre les maquisards qui leur infligent des pertes. Désormais il n'est plus possible de redescendre sans forcer les barrages. Et il faut attendre les parachutages annoncés. Ils n'arriveront qu'avec la pleine lune suivante: le 10 mars. Entretemps, les hommes du Plateau vont devoir défendre le site de largage. Tom Morel dispose de 300 hommes, tenir le Plateau ne présente pas de difficulté majeure face aux troupes de Vichy. D'ailleurs celles-ci ne réussiront jamais à y prendre pied même au moment de l'attaque allemande finale.

Pourtant plus le temps passe, plus le risque de voir arriver les forces allemandes augmente. Or, ce que ne savent pas les maquisards c'est que, dès le mois de janvier, les Allemands ont donné le 12 mars comme date butoir à Vichy pour régler le problème des <<nids de terroristes>> en Haute-Savoie. Après cette date, la Wehrmacht interviendra...

Tom Morel ignore cet ultimatum. Il est sans nouvelles de Londres. Il envisage cette hypothèse logique: évacuer le Plateau. Mais le Plateau est ceinturé par les troupes de Vichy, la Haute-Savoie est quadrillée par elles et la neige tombe partout, il faut préparer minutieusement l'opération. Il n'en aura pas le temps: il est tué le soir du 9 mars. Le matin de ce jour fatidique, arrive sur le Plateau l'officier qui assure la liaison avec la France Libre: le capitaine Rosenthal (dit Cantinier). Celui-ci transmet des consignes précises venant de Londres: Glières doit être tenu pour servir de <<tête de pont>> et recevoir des parachutages et des renforts canadiens. Effectivement, dans la nuit du 10 au 11 mars, 30 quadrimoteurs Halifax larguent 60 tonnes d'armes.

C'est Louis Jourdan qui remplace Tom Morel. Il a une première tâche: assurer la protection du Plateau contre les attaques des GMR et de la Milice, car Vichy fait tout pour gagner la partie avant l'intervention des Allemands. Il demande au commandant Clair, chef de l'Armée Secrète après le départ de Romans-Petit, de faire monter le capitaine Anjot pour assumer le commandement. Il faut aussi récupérer les containers dispersés sur plusieurs kilomètres, enfoncés dans deux mètres de neige. Les chutes ont repris de plus belle (70 cm en une nuit, le 13 mars). Les hommes sont bloqués avec des tonnes d'armes qu'ils sont trop peu nombreux pour évacuer.


Fallait-il leur donner l'ordre de quitter le Plateau et laisser les armes ? Etait-ce concevable par rapport à la mission fixée par Londres et aux enjeux qu'elle représentait pour la France Libre et pour la Résistance toute entière ? Ces questions seront débattues lors d'une réunion des responsables départementaux de l'Armée Secrète et des MUR, quelques jours après le parachutage. Cantinier refuse d'abandonner sans combattre le matériel considérable que les Anglais ont parachuté pour la première fois à un maquis français.

Il souligne que Glières est devenu un test de la capacité des maquis à se battre aux côtés des Alliés. C'est la réputation de la Résistance qui est en jeu. L'idée d'évacuer le Plateau est abandonnée à l'unanimité. Le capitaine Anjot vient prendre le commandement de Glières.

Cette décision de ne pas abandonner les armes a été souvent contestée. Mais que ce serait-il passé si le bataillon des Glières avait voulu se disperser sans combattre ? Et puis, la radio de la France Libre avait tellement exalté la force symbolique de cette première bataille de la Résistance !

Jacques Golliet
Ancien Sénateur
Président de l'Association des Glières
LVDC/n° 1694

Fin de la première partie. A suivre: le choc frontal du 26 mars

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Alain CERRI 31/07/2010 11:10



 


Si, le 27 janvier 1944, lors d’un conseil interministériel à Downing Street, auquel
sont conviés Emmanuel d’Astier et Georges Boris (procès-verbal PRO, CAB.80/78, COS(44)92(0) ; PREM.3/185/1,144-146), Winston Churchill « souhaite voir se développer [dans le sud-est de
la France] une situation comparable à celle de la Yougoslavie… » et approuve un plan de parachutage massif pour armer les maquisards, c’est le « Bloc Planning » (lieutenant-colonel
Combaux) du B.R.A.L. (Bureau de renseignements et d’action français « libre » de Londres) qui, chargé d’organiser la participation de la Résistance française au soutien du débarquement
allié, prévoit, outre les plans Vert, Violet, Bleu, Tortue/Bibendum, une action militaire de guérilla à partir de six réduits dans les montagnes françaises, conçus comme des bases d’opérations
sur les arrières des Allemands.


Ce programme, approuvé par le SOE britannique, est mis en œuvre par l’Instruction sur
l’action militaire de la Résistance française signée le 31 mars 1944 par André Manuel. (Voir CREMIEUX-BRILHAC, Jean-Louis, La France libre - De l'appel du 18 juin à la
Libération, Paris, Gallimard, 1996, chapitre 33.)


Le « but [des Anglais aux Glières] était [d’autant
moins] de fixer le plus longtemps possible au moins une division d'élite ennemie pendant que les Alliés débarquaient ailleurs », comme vous l'écrivez, que la 157e division de
réserve de la Wehrmacht, dont un groupement tactique est intervenu aux Glières, était une division d’instruction et d’occupation qui n’était pas destinée à combattre les Alliés en première ligne,
et que l’envoyé du SOE dans la région, le lieutenant-colonel anglais Heslop, dit Xavier, a laissé  au capitaine français Rosenthal,
dit Cantinier, représentant de la France libre, le soin de s’occuper des Glières.


C’est cet officier français qui, début février 1944, au cours d'une réunion houleuse tenue à Annecy, a convaincu les responsables départementaux de l’A.S. et des M.U.R. de constituer, sur le plateau des Glières, une
base d'attaque contre les Allemands pour montrer aux Alliés que la Résistance, sous la direction du général de Gaulle, était capable d'actions de grande envergure (voir VISTEL,
Alban, La nuit sans ombre - Histoire des Mouvements unis de résistance, leur rôle dans la libération du Sud-Est, Paris, Fayard, 1970, page 362 : Dans son
témoignage, Jean-Paul (Guidollet), qui deviendra le chef départemental des M.U.R., rapporte que la décision fut prise lors d'une réunion tenue à Annecy début février [1944] avec
Cantinier, Anjot, Clair ; les deux thèses s'y affrontent : Cantinier soutient avec acharnement la thèse du regroupement. « L'action de guérilla, de sabotage n'était
pas suffisante. Il fallait fournir à Londres la preuve que la Résistance ne s'exprimait pas seulement en paroles, mais par des faits et qu'elle représentait une force considérable avec laquelle
les Allemands devraient compter. A contrecoeur, nous avons tous décidé de nous rallier à la position catégorique adoptée par Cantinier. En ce qui me concerne, avec le recul des années,
je me rends compte que cette grave et terrible décision était, en fait, la seule solution valable pour faire admettre par les Alliés que la Résistance intérieure était capable de combattre.
Contrairement à ce que certains ont prétendu, il ne s'agissait ni d'une décision prise à la légère ni d'une décision inspirée par des considérations d'ordre personnel, mais d'une prise de
conscience brutale des difficultés que nos représentants devaient surmonter à Londres. »).


Votre théorie du complot churchillien, sans preuves, est dénuée de tout
fondement…


 


 

 



SETNEUF 19/10/2009 10:39


Contrairement à ce que vous écrivez, l'origine de de la formation du réduit des Glières n'est pas une simple opération de parachutage, mais une opération plus complexe montée par Churchill et ses
Services spéciaux.

En fait, les Alliés, et surtout les Anglais, qui manoeuvraient avec excellence leur coriace adversaire dans le domaine de "la Guerre secrète", utilisèrent les Glières comme une opération
stratégique de "deception" (de "tromperie") pour faire de la "diversion". Le but était de fixer le plus longtemps possible, au moins une division d'élite ennemie pendant que les Alliés débarquaient
ailleurs...

Ces parachutages massifs, ici de nuit par la RAF, qui vont se révéler comme un véritable cadeau empoisonné, déclenchèrent une mobilisation exceptionnelle pour le contrôle du plateau et une prise de
risque insensée de la part des résistants. A cette période, sortir prématurément de la clandestinité à la "lutte ouverte", était une mission suicide vouée à l'échec.

Ces résistants, hommes d'expérience et de valeur (ex-cadres  du 27ème BCA) furent volontairement sacrifiés par Churchill, comme plus tard ceux du Vercors. Tout au long de la guerre, Churchill,
en véritable Machiavel, utilisera cette technique, celle de sacrifier un petit nombre de "soldats" pour en sauver un plus grand nombre,simultanément sur un autre théâtre d'opération...

Le maquis des  Glières, comme le Vercors et bien d'autres, fut habilement manœuvré en mission suicide par les Alliés dans un des épisodes de la "Guerre secrète". Aujourd'hui, il faut
se poser la question de savoir si cela en valait vraiment la peine...