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Publié par François Gervais

Créé par un décret du 21 janvier 1939, le centre de rassemblement de Rieucros, en Lozère, héberge << des étrangers de toutes nationalités indésirables en France, qui n'ont pu déférer à la mesure d'éloignement dont ils ont fait l'objet >>.

Une circulaire du 10 janvier 1941 transforme Rieucros en << Camp de concentration >> (désignation officielle utilisée par les autorités de Vichy).

En fait, il s'agit d'un camp répréssif.

 

Situé à trois kilomètres de Mende, le camp occupe un versant de montagne boisée. Il comprend deux bâtiments en pierre, l'un pour l'administration et l'autre pour le logement des familles du personnel, et quatorze baraquements en bois.

 

A son ouverture en 1939, le centre reçoit des républicains espagnols, des antinazis allemands, ainsi que des membres des Brigades internationales. En octobre de la même année, ceux-ci sont transférés au camp du Vernet et emplacés par des femmes allemandes émigrées, arrêtées à Paris en tant que ressortissantes ennemies.

 

Rieucros devient ainsi le premier camp d'internement pour femmes en France, où séjourneront des suspectes au point de vue national, des condamnées de droit commun, des femmes professant des opinions extrémistes et de très nombreuses Juives. Vingt-cinq nationalités différentes vivent au camp: des Françaises, des Espagnoles, des Russes, des Polonaises, quelques Belges, etc.

 

Les femmes dorment dans des baraquements mal chauffés et mal éclairés. Elles disposent de paillasses posées sur des châlis superposés. Très vite, les conditions d'hygiène deviennent catastrophiques: on estime à 600 le nombre d'internées en 1941 (pour une capacité d'accueil de 100 détenues). En outre, le camp manque d'eau (surtout l'été), la nourriture se fait rare, tandis que les hivers froids et humides le transforment en bourbier. Même s'il existe une infirmerie, elle ne peut soigner les cas graves: les malades doivent alors être hospitalisées à Mende, à Montpellier ou à Nîmes.

 

Si les femmes bénéficient de la liberté de se promener sur les 42 hectares du camp, aucune autorisation de sortie ne leur est accordée. En dehors de l'épluchage des légumes et du nettoyage des baraques, elles ne sont pas astreintes à un travail. Pour tuer l'ennui, les internées réalisent des travaux de couture, fabriquent des paniers, etc. Le temp libre est occupé par des activités intellectuelles (cours, préparation de pièces de théâtre, lectures, etc.). Elles ont enfin la possibilité d'écrire deux fois par semaine et de recevoir lettres et colis.

 

A la dissolution du camp, le 13 février 1942, certaines internées seront transférées à Brens (Tarn) tandis que d'autres seront déportées...

 

Aujourd'hui, si les baraquements en bois n'existent plus, en revanche les deux maisons en pierre sont toujours là, ainsi que les piliers supportant l'ancien portail métallique et un bas-relief sculpté sur un rocher par un interné.

 

Une association pour le souvenir de Rieucros a été fondée en 1965. Elle organise chaque année une cérémonie du souvenir lors du dimanche le plus proche du 16 juillet, ainsi que des conférences. En 2001, Metchtild Gilzmer, historienne allemande, est venue en Lozère pour présenter son livre << Camp de femmes: chronique d'internées, Rieucros et Brens, 1939-1944 >>.

 

Un jumelage franco-allemand a vu le jour, réunissant les élèves du lycée Chaptal de Mende et ceux du lycée français de Berlin. Au mois de mai 2002, ces derniers se sont rendus en Lozère afin d'effectuer un travail de recherche et de mémoire sur leur passé commun dans ce même département. Leurs homologues lozériens se sont rendus à leur tour à Berlin avec le même objectif culturel.

 

Pour un développement plus précis et vécu, je vous recommande vivement la consultation du site de l'association "Souvenir: à la mémoire des femmes de Rieucros" link

 

Les Chemins de la Mémoire / n° 113

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Deshours Mado 01/07/2010 18:19



Je viens de découvrir votre site.


Je fais partir d'une association Pour le Souvenir de Rieucros dont le site (qui sera refait l'an prochain) est www.camp-rieucros.com. Site que vous pouvez ajouter à votre article. Nous inaugurons
le 16 octobre 2010 un chemin de mémoire sur le lieu du camp.