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Publié par François Gervais


Surtout connu pour avoir commandé le Corps Expéditionnaire Français en Italie (C.E.F.I.) en 1943 et 1944, remportant avec ses divisions la victoire du Garigliano, Alphonse Juin se caractérise par son profond attachement à l'Afrique du Nord. La plus grande partie de sa carrière s'est déroulée sur l'autre rive de la Méditerranée.

Né le 16 décembre 1888 à Bône en Algérie, ce fils de gendarme, sorti major de sa promotion de Saint-Cyr, entame sa carrière au Maroc peu de temps après la signature du traité instaurant le Protectorat. Il y subit l'influence du maréchal Lyautey qui lui a <<enseigné, par son exemple, les vertus exaltantes qui doivent animer au feu un véritable officier de France.>> (1)

Au sein de la brigade marocaine du général Ditte, il combat en 1914 sur la Marne, sur l'Aisne et en Champagne. Blessé au bras droit en mars 1915 lors de la bataille de Soissons, il garde une infirmité qui l'amènera désormais à saluer de la main gauche. En avril 1917, il participe à l'offensive "Nivelle". Après les derniers combats de 1918, il est détaché à la mission militaire française auprès de l'armée américaine.

Après son stage à l'Ecole supérieure de guerre (E.S.G.) et deux ans de service en Tunisie, Juin participe à la guerre du Rif, combattant Abd-el-Krim, au même titre que le capitaine de Lattre de Tassigny, affecté au même état-major. En 1925, il accompagne en France le maréchal Lyautey, frappé d'une demi-disgrâce, et devient son confident et son disciple. Revenu au Maroc, le chef de bataillon Juin est, de 1931 à 1933, chef du cabinet militaire du résident général, le général Noguès, et prend une part active à la préparation des opérations de pacification du pays.

En 1933, il est professeur adjoint de tactique générale à l'E.S.G. et, en 1938, auditeur au Centre des hautes études militaires. Commandant la 15e division d'infanterie marocaine fin novembre 1939, c'est au sein de la 1re Armée Française qu'il combat les forces allemandes dans la trouée de Gembloux, puis à Lille. Fin mai 1940, il est fait prisonnier et vit treize mois de captivité à Königstein, avant d'être libéré en juin 1941 à la demande du général Weygand.

Nommé à des postes stratégiques (2), le général Juin est un homme clé lors des débarquements anglo-américains au Maroc et en Algérie, ainsi que lors des combats en Tunisie. Au sein des troupes alliées, il ouvre sur le Garigliano le chemin de Rome.

Nommé résident général au Maroc en 1947, son arrivée à Rabat est un retour aux sources. Il y exerce de hautes responsabilités politico-militaires et continue de suivre les affaires marocaines avec vigilance même lorsqu'il est remplacé par le général Guillaume à l'automne 1951.

Promu à la dignité de maréchal de France, puis élu à l'Académie française en 1952, chantre du Maroc colonial, Alphonse Juin est responsable de la défense de l'Europe à l'époque de la tentative de création d'une Communauté européenne de défense.

En 1960, il est en désaccord avec les orientations prises par le pouvoir politique, le fait savoir et n'a plus de responsabilités officielles.

Décédé le 27 janvier 1967, il repose dans la crypte de l'Hôtel des Invalides à Paris.

Lieutenant-colonel Alain Petitjean
Service historique de la Défense

(1) Maréchal Juin, Je suis un soldat.
(2) Au commandement des forces terrestres du Maroc, puis commandant en chef des forces terrestres et aériennes ainsi que des éléments de défense du littoral en Afrique du Nord.

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