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Publié par François Gervais


Dans la soirée du 7 décembre 1942, le sous-marin britannique HMS Tuna, commandé par le lieutenant de vaisseau Richard P. Raikes, mit à l'eau cinq kayaks au large de la côte du Médoc à la hauteur de Montalivet. Le sixième, le Cachalot, endommagé lors de la manoeuvre, ne pu participer à l'opération. Deux kayaks disparurent en traversant la barre de l'estuaire. Les trois autres furent portés par la marée près du môle du Verdon et obligés de se glisser entre le môle lui-même et quatre navires ennemis à l'ancre aux môles. Peu après, l'un d'entre eux fut séparé du groupe et l'on ne le revit plus !

Les deux kayaks restants, Catfish et Crayfish, ne pouvant naviguer que de nuit et avec la marée favorable, arrivent le 11 décembre, tôt dans la matinée, face à Bassens. Vers 21 heures, ils se séparent pour exécuter la dernière phase de la mission. Les mines ventouses magnétiques, les <<Limpets>>, sont fixées sur les cibles accostées aux quais rive gauche du port de Bordeaux et Bassens. Elles explosent le 12 au matin ! Les navires Alabama, Tannenfel, Dresden, Portland ainsi que le pétrolier Cap Hadid ont leurs coques déchirées et les cales inondées. Ils sont très sévèrement touchés. Dans le cas du Desden, sous prétexte de combattre l'incendie qui se propageait, les pompiers du port, sous l'autorité de l'ingénieur Raymond Brard, alias colonel Raymond (Réseau Triangle-Phidias), aggravèrent les dégâts en l'inondant afin d'aider à le couler, ajoutant au désastre subi par les Allemands cette nuit-là !

Les quatres hommes ont seulement quelques heures pour s'enfuir de la région, détruire leurs kayaks et entreprendre à pied un long chemin de 160 km à l'intérieur des terres en France occupée pour rejoindre les réseaux d'accueil de la Résistance intérieure en Charente. Ils se hâteront de descendre la rivière jusqu'à Saint-Gènes-de-Blaye et là, les deux équipes se séparent.

Le 16 décembre, le caporal Laver et le marine Mills du Crayfish sont, hélas ! capturés après dénonciation. Ils seront fusillés ainsi que le lieutenant Mackinnon et le marine Conway, pris à La Réole alors qu'ils se dirigeaient vers l'Espagne, le 23 mars 1943. Le sergent Wallace et le marine Ewart et leur embarquation, le Coalfish considérés par leurs compagnons comme <<perdus>> en mer, ont été, en fait, arrêtés le 8 décembre et fusillés trois jours après, au château du Dehez à Blanquefort, alors siège de l'Etat-Major de la Kriegsmarine.

Quant au major Hasler et au marine Sparks, aidés par des gens de rencontre, ils réussirent à atteindre Ruffec où ils furent pris en charge par le réseau de Mary Lindell, comtesse de Milleville, alias Marie-Claire, dépendant du MI 9 britannique spécialisé dans l'aide à l'évasion outre-Pyrénées d'aviateurs et commandos alliés. Finalement, ils arrivèrent en Grande-Bretagne via le consulat anglais de Barcelone. Il convient de dire que l'opération "Frankton", militairement réussie, n'a coûté la vie à aucun Français. La mission a été remplie sans combat et sans coup de feu ! Malheureusement sur les dix hommes du commando, seuls Hasler et Sparks sont sortis indemnes de ce remarquable fait d'armes considéré comme l'un des raids les plus extraordinaires de la Seconde Guerre mondiale. Sa réussite a eu un impact considérable à la fois psychologique et matériel sur l'ennemi frappé au coeur de son invicibilité !

<< L'opération "Frankton" est certes à porter au crédit de deux hommes sortant de l'ordinaire, Lord Louis Mountbatten et le major Herbert <<Blondie>> Hasler, mais elle est exemplaire de la bravoure et de la ténacité d'hommes animés des plus hautes motivations dans l'accomplissement de leur devoir. Ils méritent de rester parmi les exemples à citer aux générations à venir pour lesquelles le goût de la liberté, le sens de l'honneur et le courage sont à conserver parmi les vertus essentielles. >> 1

1) Je souhaiterais citer François Boisnier et Raymond Muelle, co-auteurs du magnifique ouvrage Le commando de l'Impossible qui m'a guidé dans l'écriture de cet article.
Sources: Le commando de l'Impossible. Bordeaux 1942.
Fédération Française de randonnées pédestres.

Claude Le Barillier
Vice-président national
Président UNC Gironde
LVC n° 1741 01-2009

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