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Publié par François Gervais

Au cours de mes recherches et en organisant mes archives, j'ai retrouvé un numéro du Magazine municipal d'information "Bagnolet Mensuel" traitant du 60e Anniversaire de la Libération de Paris et de sa banlieue. Il y était retracé les grandes lignes du processus de Libération du territoire depuis le Débarquement de Normandie puis celui de Provence, jusqu'à la Libération de Paris. Mais le sujet principal -qui nous interesse aujourd'hui- était basé sur le témoignage de cinq personnalités bien connues sur la commune de Bagnolet. Il s'agissait de : Georges Bulliard; Humbert Braglia; André Carrel; Lucienne Meurice et Georges Valbon. J'ai été particulièrement interessé par le récit de ces cinq témoins et je me propose de reproduire à votre intention leurs témoignages tels qu'ils sont apparus dans l'édition citée ci-dessus.

François Gervais

Georges BULLIARD, 20 ans, employé de mairie, membre du Comité local de la Libération, responsable de la Commission de ravitaillement.

Avec Hautecoeur, qui était maire-adjoint avant-guerre, je m'occupais du ravitaillement. On allait chercher de la farine près des minotiers et on la livrait dans les boulangeries de Bagnolet. On procédait aux contrôles pour qu'il n'y ait pas de gaspillage, ni de marché noir...

On procédait aussi aux réquisitions de divers produits nécessaires à la bonne marche des services municipaux. Le ravitaillement était sous le contrôle du Comité local de la Libération. Cette période transitoire a duré à peu près 3 semaines. Disons que c'était un moment crucial parce que les gens étaient libérés, mais ils avaient faim. On allait chercher de la viande, les légumes, le beurre... en Normandie.

A ce moment là on ne savait pas trop où on allait. On ne savait pas si les Allemands n'allaient pas revenir !! On ne savait pas combien de temps allait durer la Libération de la France, parce que Paris libéré, ce n'était pas la France libérée !>>.

Humbert Braglia, 20 ans, résistant, chef de détachement, organisateur de la manifestation du 14 Juillet 1944 à Belleville.

A la veille de la Libération, le Comité parisien de la Libération, l'Etat-major des Francs-tireurs et Partisans, voulaient voir un peu la température de la population... le 14 Juillet était un moment propice. Une seule distraction était autorisée par les Allemands: le cinéma.

Le responsable de la manifestation, c'était "Citerne", un copain. On avait la consigne de la déclencher à 17 heures, à la sortie des séances. Et rue de Belleville, il ne manquait pas de cinéma !! On s'amène mais les rues adjacentes étaient bourrées de policiers. Comment faire ? Comment tenir la consigne ?

Je me rappelerai toujours, au coin de la rue Vincent, il y avait un vieux mendigot qui jouait de la flûte. On lui à demandé tout simplement de jouer "La Marseillaise", contre une pièce de monnaie. Alors il s'est mis à jouer et nous on a repris en choeur. Le drapeau tricolore a été déployé et puis ça été une trainée de poudre.

Les policiers nous sont tombés dessus et j'ai été embarqué. Les arrestations ont commencé, les gens ont eu peur. Un copain est monté sur une voiture et a harangué la foule et il l'a réchauffée. Alors dans la bousculade j'ai réussi à m'échapper... >>.

Lucienne Meurice, 33 ans, active dans la clandestinité parmi les femmes, membre du Comité local de la Libération.

La Libération est enfin arrivée. On s'est retrouvé un peu avant avec des gens qui n'était pas tous de notre avis... Tiens, le curé de Saint-Leu-Saint-Gilles, il nous a donné une pièce pour que le Comité local de Libération se réunisse. Il fallait le faire hein !

Le jour de la Libération, Alphonse Delavois est entré le premier à la mairie de Bagnolet. On se trouvait là puisque... c'est nous les premières, une autre copine et moi, qui l'avont embrassé. Bagnolet était libéré, mais les autres (les Allemands) tiraient encore.

Ils tiraient sur l'avenue qui va à la République. C'est comme ça que le petit René Alazard a été tué (au pont d'Iéna). Il avait 16 ans et demi, je lui ai dit:  "non reste là, reste là !", mais il est parti... >>.

Fin de la première partie. A suivre, les témoignages de Georges Valbon et d'André CarreL.

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