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Publié par François Gervais


Il ne s'agit pas là de réécrire le combat de Camerone; beaucoup l'ont déjà fait parfois même avec brio. Mais il faut donner une idée plus détaillée de ce que fut cette journée mémorable du 30 avril 1863. C'est donc aux plus jeunes que ce récit s'adresse. Cependant, si le coeur vous en dit, peut-être découvrirez-vous dans ce qui suit un aspect inconnu d'un des plus grands faits d'armes de la Légion Etrangère. Abandonnez tout, éteignez votre poste de télévision, votre radio et prenez place pour un voyage au coeur de l'action en ce jour de l'an 1863.

Le 28 mars 1863, les légionnaires du régiment étranger débarquent à Vera Cruz. Ils espèrent bien, dès leur arrivée rejoindre le quartier général et prendre part au siège de Puebla. Cependant c'est une tâche tout aussi rude, plus périlleuse même qui leur sera confiée. 120 kilomètres de la mauvaise route nationale s'étirent entre la côte et les montagnes de l'intérieur où se dresse Puebla. La sécurité de cet axe est primordiale pour la suite des opérations.

Le 29 avril 1863, le régiment étranger reçoit l'ordre de protéger un convoi se rendant de la Soledad à Cordoba. Celui-ci fait mouvement avec des pièces de siège, une grande quantité de vivres et de munitions, ainsi que des voitures du trésor contenant trois millions de francs or destinés au paiement de la solde des forces engagées devant Puebla.

La 3e compagnie du 1er bataillon a pour mission d'éclairer la marche du convoi jusqu'à Palo Verde distant de 6 lieues de leur camp basé à Chiquihuite. Le Vomito negro (fièvre jaune) fait rage et 62 hommes seulement (sous-officiers compris) seront sur les rangs, les autres sont à l'hôpital ou tremblent de fièvre sous la tente. Quant aux officiers (le capitaine Cazes et le lieutenant Guérin de Tourville), ils sont également terrassés par le vomito. Le capitaine Danjou, adjudant-major, se porte volontaire pour prendre le commandement de la compagnie. Les sous-lieutenants Maudet, porte-drapeau, et Vilain, se joignent à lui.


Le capitaine Danjou a 35 ans et est le fils d'un petit commerçant de l'Aude. Le métier des armes l'a attiré loin de son village de Chalabre. Ses brillants états de service en Crimée et en Italie lui ont valu la croix de chevalier de la Légion d'Honneur et un accident, par explosion d'une arme à feu, lui a coûté l'amputation de sa main gauche. Depuis, il porte une main articulée.

Le sous-lieutenant Clément Maudet, 34 ans, est écrivain. Il semblerait que les journées révolutionnaires de juin 1848 l'aient contraint à chercher refuge à la Légion. Il est officier depuis 3 ans.

Le sous-lieutenant Jean Vilain, tenté par l'aventure, s'est engagé à 18 ans à la Légion Etrangère. Il en a maintenant 27. Il porte la Légion d'Honneur gagnée sur les champs de bataille de Crimée et d'Italie, et vient d'accéder depuis quatre mois à l'épaulette.

Les hommes qu'ils vont commander ont des origines bien différentes, le plus jeune a à peine 18 ans et le plus vieux à déjà passé la quarantaine. Ils sont Prussiens, Bavarois, Wurtembergeois, Suisses, Belges, Danois, Français, Italiens, Espagnols, Autrichiens ou Hollandais. Quelques mois ou quelques années auparavant, ils étaient étudiant, tuilier, relieur, tisserand, forgeron, marin, employé, doreur sur bois, sellier, garçon d'hôtel, drapier ou tout simplement... militaire. Tous, attirés par goût de l'aventure ou poussés par la fatalité, étaient venus se mêler dans le même creuset. Enfin, ce sont de très bons soldats, quelques uns seulement n'ont pas connu l'épreuve difficile du feu. Anciens, ils sont le calme des vieilles troupes.

Les 65 braves quittent donc Chiquihuite le 30 avril vers une heure du matin. Ils sont armés de la carabine Minié à balle forcée (chargement par la bouche du canon) et du sabre baïonnette mais ne se doutent nullement du danger qui les attend. A pied ils auront 25 kilomètres à parcourir de nuit sur une route bordée d'un terrain couvert d'une sorte de maquis tropical très varié, la Mata. Cette Mata est très difficilement perméable, la progression y est lente et pénible, l'usage du coupe-coupe ou de tout autre objet tranchant est nécessaire; seules quelques pistes, rares, osent s'y aventurer, les possibilités de débordement sont par conséquent très limitées.

C'est sur cette route défoncée par le passage continuel des voitures à cheval et les pluies d'hiver que le capitaine Danjou poursuit sa marche et atteint, vers 2 heures du matin, Paso del Macho. Ce poste, sur le bord d'un ravin sinueux, au fond duquel coule un ruisseau, est occupé par la compagnie du capitaine Saussier. Ainsi, après quelques échanges verbaux, dans la moite tiédeur de la nuit tropicale, la petite troupe, attentive aux milles bruits de la forêt, se glisse en direction de Palo Verde.

Les légionnaires dépassent enfin Camerone, petite agglomération de huttes délabrées. Les habitations ne se composent, en effet, que de mauvais toits en chaume soutenus par deux ou trois poutres mal dégrossies et quelques branches d'arbre. Seule une maison est digne de ce nom et retient l'attention du capitaine Danjou ! C'est la trop célèbre hacienda qui servira de cadre au combat...



Fin de la première partie. A suivre: l'affrontement

Képi blanc N° 600 - 05-99

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