Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par François Gervais

2e partie: l'affrontement.

... Finalement, à 7 heures, les légionnaires s'installent en halte gardée près des mares de Palo Verde pour faire le café. Une corvée va chercher de l'eau, une autre allume les feux. Tout est calme. Il fait grand jour et le soleil brûle déjà de ses rayons ardents la terre mexicaine. A peine une heure s'est-elle écoulée que les sentinelles signalent un gros nuage de poussière qui monte vers le ciel en tourbillonnant. Danjou prend sa lorgnette et examine la situation: des cavaliers mexicains. Tout à coup, il crie << Aux armes ! >> Il faut battre de vitesse les 500 cavaliers du colonel Milan pour ne pas être attaqué en terrain découvert.

L'eau bout dans les gamelles et on allait y verser le café. Les hommes n'en auront malheureusement jamais le temps... Les bêtes de somme sont rechargées et, en moins de cinq minutes, la compagnie est sous les armes, fait demi-tour et s'engage dans les bois pour retrouver Camerone et en particulier l'hacienda. Ce bois s'étend à l'infini. De hautes herbes, reliées par des lianes en guirlandes, montent au-dessus des buissons. Pas de visibilité, la marche est lente et difficile. Alors, le capitaine Danjou prend la décision de se replier par la route.

Les événements s'accélèrent. La compagnie est partagée en deux sections, une sur chaque flanc, avec un officier en tête, plus une escouade d'arrière-garde à cent mètres de distance. Le capitaine et les mulets sont au centre. On marche dans cet ordre. Soudain, inévitables, les cavaliers mexicains arrivent du nord. Les légionnaires forment un carré et le feu s'engage immanquablement. Les deux mulets sont au centre du carré et, emprisonnés comme ils le sont dans le bruit, ils ruent, sautent et se cabrent. Bref, ils finissent par se sauver au triple galop emportant, au grand dam des légionnaires, leurs précieux chargement: eau, vivres et munitions... Les légionnaires n'ont pas mangé depuis la veille. Ils se trouvent donc exposés, sous un soleil de plomb, sans eau, sans vivres et avec leurs seules munitions de dotation (60 par homme soit 3 720 environ au total), au feu de l'ennemi.

Les Mexicains, quoique supérieur en nombre, ne possède pas l'expérience de combattants de nos légionnaires. Les cavaliers sont motivés, certes, mais peu à l'aise dans leur tenue composée d'un pantalon de cuir collant jusqu'au-dessous du genou, qui s'évase largement vers le sol, alourdi par des rangées de gros boutons métalliques plus décoratifs qu'utiles; d'énormes éperons aux immenses molettes traînent sous le talon et handicapent encore le combat à pied.

Ainsi affublés, ils descendent la route au petit pas et foncent sur le carré formé une seconde fois. Un feu de salve presque à bout portant renverse hommes et chevaux. Les rangs se réorganisent. L'ennemi recule. La compagnie Danjou rejoint l'hacienda à 9 heures 30 et s'installe dans le hangar sud-ouest et en défend les entrées. Pendant ce temps les Mexicains entrent dans la cour de l'hacienda par une des deux grandes portes. Déjà vient la première sommation. << Nous avons des cartouches, nous ne nous rendrons pas ! >> répond le capitaine. A 11 heures, après avoir fait jurer à ses hommes de ne pas se rendre, il s'écroule tué net d'une balle en pleine poitrine.

A 12 heures, 1 300 fantassins mexicains appelés en renfort par le colonel Milan sont sur place. Ils sont plus légèrement harnachés que les cavaliers et disposent ainsi d'une plus large capacité de manoeuvre. Leur valeur militaire est faible, ce sont pour la plupart des paysans, également sans expérience de combat. Pourtant, leur armement est redoutable: ce sont les carabines américaines Spencer & Sharp qui se chargent par la culasse et possèdent un magasin de plusieurs cartouches.

Deux heures encore et c'est au tour du sous-lieutenant Vilain, qui a pris le commandement, de succomber au milieu de ses légionnaires, frappé d'une balle au front.

Cinq heures... qui ont passé lentement sans que le combat s'interrompe un instant. Et voilà qu'un nouveau tourment vient s'ajouter à la chaleur accablante, à la lumière ardente, à la faim, à la soif des légionnaires encore vivants. Un feu de paille est allumé par les assiégants. L'antique gîte d'étape brûle en dégageant une fumée âcre. Les charpentes vétustes s'enflamment. Le cercle, lentement, se rétrécit, qui confine le sous-lieutenant Maudet, le caporal Maine, les légionnaires Cateau, Wensel; Constantin et Léonhart dans un angle de la misérable cour, sous un hangar à demi effondré.

Le colonel Milan dicte une dernière sommation. Peine perdue ! Le soir vient, il est 18 heures... Les cartouches sont presque épuisées. Chacun en introduit une dans le canon de son arme.. Au commandement, ils déchargent leurs fusils puis bondissent, baïonnette en avant, hors de l'abri dérisoire. Une salve ennemie les cloue sur place. Le sous-lieutenant Maudet tombe malgré l'intervention du légionnaire Cateau tentant de le sauver. Il ne reste que trois hommes valides, face à la cohue furieuse qui s'apprête à les massacrer. Alors un officier mexicain, s'interpose entre la masse hurlante et les trois hommes encore debout. D'un geste il fait baisser les armes et se tournant vers eux, leur dit simplement: << Messieurs ! Rendez-vous ! >> Le caporal Maine répond fièrement: << Nous nous rendrons si vous nous promettez de soigner nos blessés et de nous laisser nos armes. >>

<< On ne refuse rien à des hommes comme vous.>> Le pacte est conclu, entre hommes, entre soldats. Le docteur Talavera, chef de bataillon de l'armée mexicaine, fait transporter non loin de là, pêle-mêle, les blessés des deux parties et les soigne sans distinction. Alors, tout le monde quitte la cour de la ferme en désordre. Partout, d'énormes plaques de sang desséché, partout le sol piétiné, les murs troués et éraflés par les balles. Ici et là des fusils brisés, des baïonnettes et des sabres tordus, des sombreros, des képis, des effets d'équipement déchirés et, sur tout cela, du sang. Puis, parmi ces débris, la main articulée du capitaine Danjou...


Le bilan est lourd, sur les 65 officiers, sous-officiers et légionnaires de la 3e compagnie, 30 moururent pendant ou après le combat dont 3 officiers, 3 sous-officiers et 2 caporaux, 16 furent blessés dont 2 sous-officiers, 1 caporal et le tambour de la compagnie, Casimir Lai, laissé pour mort et retrouvé le lendemain, sans pouvoir parler, couvert du sang de ses nombreuses blessures. Sur les 19 légionnaires pris par les mexicains tout au long du combat, 13 survivront et seront échangés, après trois mois de captivité, contre des mexicains.

Le nombre de 300 Mexicains tués et blessés est généralement admis. Une balle sur 12 a atteint son but, ce qui est tout à fait remarquable, sachant qu'actuellement il en faut des milliers pour toucher un seul homme. De plus, les mexicains ont été touchés dans la partie supérieure du corps et à la tête... Dorénavant,  ce combat sera pour tous les légionnaires, le symbole de la mission remplie jusqu'au bout et celui de la fidélité à la parole donnée. En outre, un monument fut élevé en 1892 sur l'emplacement du combat. Il porte l'inscription:

" Ils furent ici moins de soixante opposés à toute une armée, sa masse les écrasa. La vie plutôt que le courage abandonna ces soldats Français le 30 Avril 1863. A leur mémoire, la Patrie éleva ce monument. "

Depuis, lorsque les troupes mexicaines passent devant le monument, elles présentent les armes.

Képi blanc N° 600 - 05-99

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article