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Publié par François Gervais


<< Quels ont été les rapports du général de Gaulle et de la Résistance intérieure? >> C'est la question qui avait été posée à Henri Noguères, coauteur de l'Histoire de la Résistance en France (Editions Laffont), ancien membre du Directoire des Mouvements Unis de Résistance (M.U.R.) Languedoc-Rouergue-Roussilon.

Il n'est que de lire les Mémoires de guerre du Chef des Français libres pour constater que si celui-ci s'est toujours fait << une certaine idée >> de la France, il s'est fait aussi, une certaine idée de la Résistance intérieure et des liens ayant existé entre elle et lui. Une idée qui, finalement, pour qui applique à son analyse l'objectivité de l'historien et non la subjectivité du mémorialiste, paraît bien avoir été une idée fausse.

On pourrait en simplifiant à l'extrême résumer en quelques lignes cette appréciation subjective: de Gaulle, le 18 Juin 1940, a lancé un appel auquel ont répondu des Français. Tandis que ceux d'entre eux qui le pouvaient ralliaient Londres et s'engageaient dans la France Libre, les autres, restés sur le sol national, y organisaient la résistance à l'ennemi comme de Gaulle le leur avait demandé. Ils le reconnaissaient donc tous comme leur chef et, par l'intermédiaire de ses envoyés, recevaient ses ordres qu'ils exécutaient sans les discuter.

A la vérité  -ce n'est plus aujourd'hui, sérieusement contesté par personne-, l'Appel du 18 Juin n'a eu qu'une résonance très limitée, ce qui n'altère en rien sa significatuin et ne diminue nullement le mérite de son auteur. Certes, de nombreuses citations décernées à d'authentiques combattants de la Résistance commencent traditionnellement par ces mots: << Répondant à l'appel du 18 Juin 1940... >> Bien rares sont cependant, à s'en tenir à leurs propres témoignages, les résistants qui ont entendu cet appel et dont l'engagement dans la Résistance a pris, de ce fait, le caractère d'une << réponse >>.

Pendant les semaines et les mois qui ont suivi l'annonce d'un armistice où l'on charchait vainement << honneur et dignité >>, les mouvement de la Résistance intérieure sont nés et se sont développés dans les deux zones sans que quiconque songe à attribuer ces naissances et ces développements à l'action personnelle du général de Gaulle ni même à la venue de ses envoyés. Sans doute, des hommes tels que Rémy, Saint-Jacques, Mansion, Fourcaud, d'Estiennes d'Orves, Julitte, sont-ils venus très vite en France pour y créer des réseaux. Mais ils se sont cantonnés pendant longtemps dans le travail de renseignement qui leur avait été assigné. Et lorsque certains d'entre eux sont entrés, par la suite, en rapports avec des mouvements de la Résistance intérieure, ceux-ci étaient déjà sortis de l'enfance sans l'aide d'aucun tuteur.

Qu'il s'agisse de Frenay, d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie, de Michelet, Avinin ou Jean-Pierre Lévy en zone Sud, et de Heurteaux, Ripoche, Guédon, Burgard, Blocq-Mascart, Arthuys ou Vildé en zone Nord  -sans parler des communistes de l'O.S., de la M.O.I. ou du Front National, ni des officiers de l'armée d'armistice travaillant avec le C.D.M. (camouflage de matériel) de Mollard ou les services spéciaux de Rivet et Paillole-,  aucun des hommes de la << première génération >> de la Résistance Intérieure n'a agi en fonction du général de Gaulle par référence à son appel ou en ayant le sentiment d'obéir à ses consignes. Il faudra attendre le retour en France de Jean Moulin, au début de 1942, pour voir enfin s'établir, entre la France combattante et les mouvements de résistance, de premiers liens qui resteront longtemps bien ténus. Encore la mission de Jean Moulin sera-t-elle limitée pendant plus d'un an à la seule zone << non occupée >>.

Et peut-être n'est-il pas vain de souligner que les moyens de séduction dont Jean Moulin usera à l'égard des chefs de la Résistance intérieure pour les attirer dans l'orbite de la France combattante, consisteront davantage à leur promettre atterrissages, parachutages, liaisons radio, armes et munitions, explosifs... et nerf de la guerre, qu'à les convaincre du plaisir qu'ils auront à servir sous les ordres d'un chef prestigieux. Jean Moulin sera en outre, grandement aidé dans son entreprise par les << habiletés >> diplomatiques de M. Murphy, le réalisme d'Eisenhower, les limites intellectuelles de Giraud et le spectaculaire retournement de vareuse de Darlan, toutes choses qui feront en quelques jours, d'Alger << libérée >> par les Alliés, une caricature de Vichy à la sauce américaine.

Il n'en faudra pas plus, en effet, pour que du jour au lendemain, la très grande majorité de la Résistance intérieure s'affirme gaulliste. Jean Moulin pourra dès lors, songer à constituer un Conseil National de la Résistance reconnaissant l'autorité de la France combattante et de son chef.

Henri Noguères
Historia HS n° 29. "Pour et Contre de Gaulle"

Fin de la première partie.

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