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Publié par François Gervais



Je pourrais commencer par: il était une fois... l'Exode ! J'avais quitté Paris en août 1939.

Le mois de mai 1940 en Basse-Normandie, dix-huit heures: Le bois qui borde le village brûlait sous le bombardement. Le maire, les commerçants, les châtelains, les fermiers se préparaient à fuir, avec voitures et charettes. Restait un gros camion de passage, le camionneur devait se rendre dans le Midi; il a accepté de nous emmener, mes deux grands-mères, ma mère et moi, pour aller... plus loin. Nous avons quitté le pays vers vingt et une heures.

Après avoir roulé toute la nuit, en arrivant à Angoulême, des habitants nous ont fait arrêter pour nous proposer une tasse de café et nous annoncer que l'armistice venait d'être signé. Malgré la gentillesse de ces gens, ma famille et moi avons refusé ce café de la défaite. J'avais dix-neuf ans; avec la force de la jeunesse, j'ai fermement déclaré bien haut: c'est un échec momentané. La France a surmonté les pires situations. Quelqu'un nous sauvera.

Une musique chante dans ma tête, j'écris tout de suite la Marche de la Libération. Le 18 juin, l'appel du général de Gaulle me donnait raison. J'ai conservé cette marche de l'espoir dans mes bagages de réfugiée. De retour chez moi, dans Paris occupé, je l'ai proposée à Paul Roque, chef de la musique de la cavalerie de la Garde Républicaine. Il a fait l'arrangement militaire, mesures de tambour et clairon réglementaires. Pour la première audition, il m'a confié la baguette. Emue et tremblante, j'ai indiqué le mouvement aux soixante-dix musiciens et nous avons répété souvent, clandestinement, si l'on peut employer ce mot, pour une musique militaire...

Puis le grand jour est arrivé. La Marche de la Libération a été créée devant le général de Gaulle, pour la nuit des Alliés à l'Opéra, puis enregistrée par les musiques militaires. La signature des disques a été organisée au cours d'un cocktail dans le grand salon de l'Ecole militaire. Un livre d'or, ouvert par le général de Boissieu, contient de chaleureuses dédicaces. Le général Hettier de Boislambert, grand chancelier de l'Ordre de la Libération, me félicite et me remercie, au nom de l'Ordre de la Libération.

Homologuée par le Chef d'état-major de l'Armée, avec l'accord du chef de la musique de la Garde Républicaine, elle est inscrite au répertoire des musiques militaires "officiel 12 430". La chanson Jeanneton, la femme soldat, sur les motifs de la Marche de la Libération, dont les paroles sont également homologuées, est considérée comme la fille légitime de La Madelon, "officiel 514". La Marche de la Libération, qui est mon enfant, née pendant l'Exode, va avoir cinquante ans (cet article est paru en 1994).

Le mot magique de libération, dans le dictionnaire, signifie: libre, débarrassé d'une contrainte, délivré de la domination de l'occupation étrangère. Dans cette pensée, je remercie le général de Gaulle, que j'ai eu l'honneur de connaître. Pour ce cinquantenaire, je dédie humblement, à sa mémoire, la musique et le texte intitulés: la Marche de la Libération.

Yvette Hoyau-Morel
Armée d'aujourd'hui / Il y a cinquante ans, la libération.
n° 190 - mai 1994

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