Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par François Gervais


<< Nous étions le 20 août 1944. La 2e Division Blindée du général Leclerc allait dans quelques jours libérer Paris. La 1re Armée française remontait la vallée du Rhône. Partout en France, la Résistance intensifiait son action.>> Ainsi débute le témoignage du général Jean Combette. Avec beaucoup de sensibilité et d'émotion, il raconte son engagement au moment où s'organise la Libération.

Quelque part, sur les hauteurs qui bordent à l'ouest la Bourgogne et qui s'entremêlent ensuite aux pittoresques vallonnements du Morvan, les maquisards du groupe "Vivant" s'étaient installés et harcelaient les colonnes allemandes qui, remontant du Sud-Ouest, s'efforçaient de rejoindre le Rhin avant les troupes du général de Lattre.

Candidat à Saint-Cyr, âgé tout juste de dix-huit ans, j'avais milité, comme une dizaine de mes camarades, dans la corniche Bournazel* du lycée Carnot de Dijon, devenue clandestine depuis l'occupation allemande. En cet été 1944, l'un des plus lourds en combats de notre histoire, il me fallait choisir: ou bien attendre  -la Bourgogne étant libérée-  que la corniche Bournazel rouvre ses portes; ou bien rejoindre la Résistance et participer aux combats de la Libération, car telle était ma vocation d'officier. Je choisis, comme beaucoup d'autres, la seconde solution, et je rejoignis le maquis du groupe "Vivant", dont le PC était installé dans la ferme de Laucy, au nord-ouest de Nolay.

J'avais fait part de ma décision à mon père -médaillé militaire, mutilé de la guerre 1914-1918-, qui m'avait répondu sans hésitation: <<Tu sais ce que tu as à faire >>. J'allais entrer ainsi dans le cheminement de l'Histoire. Je ressentis alors une grande fierté et une immense joie; fierté de porter le brassard FFI, et d'être un acteur, modeste certes, des actions menées contre les colonnes allemandes; joie de participer aux combats de la Libération après quatre ans d'occupation, joie aussi d'avoir le sentiment d'accomplir ma vocation de soldat.

Ces trois semaines de maquis furent passionnantes, bien que le recul professionnel me permette de regretter la légèreté de certaines actions menées sans souci de sûreté, et qui ont coûté la vie à de nombreux résistants. Quant à moi, ma carrière militaire faillit s'arrêter le 6 septembre 1944. Auréolé de la gloire du libérateur, je me préparais à entrer dans Beaune, lorsqu'une rafale de mitraillette Sten, lâchée par mégarde par un ami, m'entailla le mollet et me fit conduire, après un parcours difficile, jusqu'aux premiers chars de la 1re armée, installés en lisière de Volnay. Ensuite, je fus transporté à un hôpital de campagne et enfin à l'Hôtel-Dieu de Beaune. Là, mes parents, sans nouvelle depuis de nombreux jours, me virent arriver avec soulagement. L'aventure de la Résistance était terminée.

La paix n'était pas pour autant retrouvée. La France n'était pas totalement libérée, l'énorme machine de guerre allemande avait accusé un certain nombre de revers mais n'était pas encore défaite, les combats continuaient dans les Vosges et en Alsace. Dans un tel contexte, il n'était pas question de reprendre des études et de s'asseoir sur les bancs d'une classe préparatoire, en attendant studieusement la fin de la guerre. Je fus de ceux qui signèrent un engagement pour la durée de la guerre, reportant à plus tard  -si Dieu le voulait ! -  la fin de mes études.

La jambe encore enveloppée d'un pansement, je rejoignis la 1re Armée française. Après un court séjour au camp du Valdahon, où, les premiers rudiments du métier de soldat nous furent enseignés, je rejoignis, avec cinq camarades, anciens de la corniche Bournazel, le 2e régiment de Dragons. Celui-ci était alors engagé en renfort de la 3e division d'infanterie Algérienne (D.I.A.), en plaine d'Alsace, sur les bords de la poche de Colmar, où la résistance allemande s'était renforcée. C'était le 17 novembre 1944, je venais d'avoir dix-neuf ans...

Le command-car qui nous avait pris en charge au camp de Valdahon nous déposa dans un petit village d'Alsace, devant une modeste villa d'où sortit le colonel Demetz, commandant du régiment. S'arrêtant devant ce petit groupe de jeunes engagés, le colonel nous dit, après nous avoir serrer la main: << Si vous voulez aller à la messe, accompagnez-moi >>. Nous le suivîmes, fiers de l'entourer, dans cette petite église alsacienne où régnait une grande ferveur. Notre pensée était ailleurs: nous avions enfin rejoint le <<front>>, et nous allions participer à la libération de l'Alsace...

Général Jean Combette
Armée d'aujourd'hui  n° 190 / Hors série / Mai 1994
Il y a cinquante ans la libération

*Deux hypothèses existent pour expliquer l'origine de l'appellation "Corniche".

La première qui est la plus répandue, la fait remonter au "Collège Stanislas" de Paris, où fut ouverte la première classe préparatoire civile à Saint-Cyr, quelques années après la défaite de 1870. Les élèves préparant Saint-Cyr avaient en effet l'habitude de se réunir sous une corniche de la cour d'honneur, lieu qu'ils durent défendre face aux assauts d'autres élèves souhaitant se l'approprier. N'y parvenant pas, ceux-ci les auraient alors par dépit, surnommés les <<cornichons>>.

La seconde montre que l'utilisation du terme <<cornichon>> pour désigner les candidats à Saint-Cyr est en réalité antérieure à la création de la classe préparatoire du lycée "Stanislas" et viendrait du mode de conservation de ce condiment: entassés dans un bocal, surnom de l'époque de l'E.S.M.(Ecole Spéciale Militaire). L'appellation "corniche" dériverait donc tout simplement de ce surnom.

Au cours du temps, les "corniches" présentes dans les lycées civils ont acquis un statut semi-militaire, tandis que celles des lycées militaires l'étaient pleinement. Avec la diminution du nombre de candidats, les "corniches" civiles fermeront les unes après les autres dans les années 90.

Source: Vikipédia (l'Encyclopédie libre)

Fin de la première partie.

Commenter cet article