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Publié par François Gervais


Seconde partie.

Après le service religieux, le colonel nous emmena à son PC et nous tint ce langage, dont je me souviens mot pour mot: << Vous êtes les nouveaux engagés, vous venez de rejoindre le 2e Dragons, dont les escadrons sont au contact des unités allemandes. Je veux que dans huit jours il n'y ait aucune différence entre vous et les anciens. Où voulez-vous être affectés ? Dans les TD (Tank Destroyers) ou à la reconnaissance ? >>. Je choisis la reconnaissance et rejoignis, dans l'après-midi même, le 1er escadron du capitaine Petit, installé à Burnhaupt, en bordure de la Doller.

Je fus affecté au peloton Faure et retrouvai ainsi une extraordinaire équipes <<d'anciens>>, originaires d'Afrique du Nord, ou évadés d'Espagne, qui s'étaient déjà longuement battus à Autun et dans les Vosges. J'y fus très rapidement intégré, dans un climat de grande camaraderie. Dès le lendemain de mon arrivée, je participais à une patrouille sur les bords de la Doller. J'avais à peine un mois de service.

Bataille de Colmar, puis en mars 1945, traversée du Rhin sur le pont américain de Karlsruhe; durs combats de Weingarten, où mon auto-mitrailleuse M8, dans laquelle j'avais pris les fonctions de radio, fut <<bazookée>> et où je me retrouvai seul au milieu des éléments allemands qui avaient réussi leur contre-attaque, et repris pied dans le village; chevauchée dans la Forêt-Noire jusqu'aux bords de lac de Constance.

Le combat dit d'exploitation est une suite d'audace "à la hussarde" et de coups durs, parfois très meurtriers. Le tireur sur Jeep que j'étais devenu vécut tous ces moments avec intensité et, parfois, avec beaucoup d'émotion, surtout lorsqu'on apprenait la mort de camarades. J'écrivais régulièrement à mes parents et j'ai retrouvé cette lettre dont je me permets de citer un extrait: << C'est le sacrifice de tous ces morts qui fait, qu'aujourd'hui, nous pouvons lever la tête et fouler, victorieux, les routes de l'Allemagne...>>.

Le 8 Mai enfin, la fin des combats nous surprenait à Heiligenberg, sur les bords du lac de Constance. A l'annonce de la nouvelle, nous nous sommes levés et dans un climat d'intense émotion, nous avons chanté Les Africains en union avec tous ceux qui avaient combattu, venant d'Afrique, pour la liberté du monde. La paix était revenue, il fallait de nouveau penser aux études.

Après cette extraordinaire aventure, à l'approche de mes vingt ans, je rejoignis le camp de Coëtquidan, où se retrouvèrent ces combattants venus de tous horizons, dans un climat studieux, certes, mais difficile en raison, notamment, des conditions précaires d'installation. Le 1er décembre 1945, je sortis avec le grade de sous-lieutenant, rattaché à la promotion 1944 "Rome et Strasbourg". Après une année d'école d'application à Saumur, je rejoignis mon régiment de Dragons stationné en Autriche. Un chapitre nouveau de ma vie militaire allait commencer et me conduire, comme beaucoup d'officiers de ma génération, vers l'Extrême-Orient. Ce fut une autre aventure...

Cinquante ans après, (nous sommes en 1994), ce témoignage d'un adolescent de dix-huit ans, candidat à Saint-Cyr, illustre l'intensité de cette époque. J'ai choisi, comme tant d'autres, de participer aux combats de la Libération. Je n'ai fait que servir, en tant que citoyen conscient et responsable du destin de notre pays. J'ai eu la chance de survivre. Rendons hommage à tous ceux qui, dans la gloire de leurs vingt ans, ont fait le même choix, et sont morts pour que vive la France.

Général Jean Combette
Armée d'aujourd'hui n° 190 / Hors série / Mai 1994
Il y a cinquante ans la libération

Fin de la seconde partie


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